Voyez ci-dessus, p. i52-i
{In lieu aux Frondeurs de se réconcilier avec la cour et de faire les projets* de la prison des Princes, qui s'exécuta* bientôt après, et qui produisit tous les maux que nous avons vus arriver depuis.
Les princes de Condé et de Conti, et le duc de Longueville furent pris le 18 janvier^. Plusieurs personnes ont dit leur en avoir donné avis; mais le prince de Condé m'a dit qu'on ne lui en avoit jamais parlé. Ce que je sais, c'est que le duc de la Rochefoucauld, voyant les différents procédés de M. d^Orléans sur le procès de l'assassinat, dit au prince de Conti le jour qu'il fut arrêté^ ou que Pabbé de la Rivière étoit gagné de la coiir^ ou qu'il étoit perdu auprès de son maître^ et qu ainsi il n'y avoit pas un moment de sûreté à la cour pour Monsieur le Prince et pour lui. Le même duc de la Rochefoucauld dit à la Moussaye, le même jour d'auparavant, que le capitaine de soa quartier lui étoit venu dire qu'on V avoit envoyé querîr de la part du Roi, et qu'étant dans la galerie du Palais-Royal, M. le Tellier lui avoit demandé si le peuple n'approuverait pas que le Roi fit quelque action éclatante pour remettre son autorité, à quoi l'autre répondit que pourvu qu^on n'arrêtât point M. le duc de Beau fort, qu'jV n'y avoit rien à quoi on ne consentit. Sur cela, le capitaine vint trouver le duc de la Rochefoucauld et lui dit qu'on vouloit perdre Monsieur le Prince, et que de la façon qu'il voyait prendre les mesures, ce devait être dans très-peu de temps. La Moussaye promit de le dire; mais Monsieur le Prince dit qu'il ne lui en a jamais parlé*. Tout le monde sut ce qui se passa dans cette action, et comme le carrosse qui conduisoit les Princes s'étant rompu entre Paris et le bois de Vincennes, ils demeurèrent quatre ou cinq heures par le chemin, leur escorte n'étant que de seize hommes. On voulut arrêter, en même temps, le duc de la Rochefoucauld et la Moussaye , et on envoya M. de la Vrillière porter un ordre à la duchesse de Longueville d'aller trouver la Reine au Palais-Royal, oii on avait dessein de la retenir. Mais le duc de la Rochefoucauld la fit résoudre de partir à l'heure même et à'aller, avec toute la diligence possible, en Normandie pour engager le parlement de Rouen et la Normandie de prendre le parti des Princes, et pour s'assurer des amis et des places du duc de Longueville et du Havre de Grâce. Le duc de la Rochefoucauld V accompagna en ce voyage ; mais cette princesse, après avoir essayé inutilement de gagner le Parlement, se retira à Dieppe, qui ne lui servit de retraite queyWques à la venue de la cour, qui la pressa de telle sorte qu'elle fut contrainte de s'embarquer et de passer en Hollande pour aller à Stenay. Le maréchal de Turenne s'y étoit retiré dès la prison des Princes. Le
I. Le projet. (i()S8-i754.) — 2, Qu'il exécuta. (1689.) 3. Voyez p, 169-171. — 4. Voyez p. 167 et 168.
/,88 APPENDICE AUX MÉiMOIRES.
duc de la Rochefoucauld partît de Dieppe cinq ou six jours devant la duchesse de Longiieville , et s'en alla dans son gouvernement de Poitou, pour y disposer les choses à la guerre, et pour essayer, avec les ducs de Bouillon, de Saint-Simon et de la Force, de renouveler les mécontentements du parlement et de la ville de Bourdeaux* , et de les obliger à prendre les intérêts de Monsieur le Prince, puisque les manifestes de la cour ne lui imputoient pas de plus grands crimes que d'avoir protégé hautement les intérêts deBourdeaux*. Pour ce qui est des raisons qui ont obligé le Cardinal à arrêter Monsieur le Prince, je suis persuadé qu'il n'y en a point eu de bonnes, et que toutes les règles de la politique étoient contre ce dessein-là, comme les événements l'ont fait voir, outre que jusque-là IMonsieur le Prince n'avoit pas même été soupçonné de la moindre pensée contre l'Etat. Je crois donc que non-seulement le Cardinal a voulu être par lu le maître de la cour, mais encore qu'il n'a pu souffrir la manière aigre et méprisante avec laquelle le prince de Condé le traitolt en public, afin de regagner dans le monde ce que leur réconciliation lui avoit ôté. Il faisoit la même chose dans les conseils particuliers pour le détruire dans l'esprit de la Reine et y prendre le poste qu'il y occupoit. Enfin, l'aigreur augmentant entre Monsieur le Prince et lui, il se hiita de le perdre pour ne lui pas donner le temps de se réconcilier avec les Frondeurs^. Il conduisit si adroitement cette affaire, que le prince* de Condé crut non-seulement que les préparatifs que l'on faisoit pour l'arrêter regardoient les Frondeurs, mais même, dans cette vue-là, il donna lui-même les ordres pour se faire conduire plus sûrement en prison^. La chose fut exécutée d'un consentement si général des peuples, que la duchesse de Longueville étant retirée, sans être connue, dans une maison particulière, pour attendre les choses nécessaires pour partir, vit allumer les feux de joie et paroitre les autres marques de la réjouissance publique pour la détention de ses frères et de son mari^.
L'autorité de la cour sembloit plus affermie que jamais par la prison des Princes et par la réconciliation des Frondeurs. La Normandie avoit reçu le Roi avec une soumission entière.^ et les places du duc de Longueville s^étoient rendues sans résistance. Le duc de Riciielieu fut chassé du Havre. La Bourgogne fit comme la Normandie. Bellegarde, le château de Dijon et Saint-Jean de Laune imitèrent les places de M. de Lon-
I. L'édition de 1662 écrit tantôt Bourdeaux et tantôt Bordeaux. 1. Voyez p. 172-174. — 3. Voyez p. 161.
4, Nous suivons le texte de 16S8; l'édition de 1662 a ce tour impossible u II conduisit adroitement cette affaire, laquelle le prince, etc. d