‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 4)Chapitre 91 sur 616 · Pleine d'agitations · texte numérisé non relu

Pleine d'agitations

5. « Etiam mortuus imperat, puisqu'on suit encore ses ordres et ses conseils, » dit Guy Patin (Lettres, tome I, p. 98). — « Après la

La Rocuefodcauld. ir 4

5a MÉMOIRES. [164Î]

avantages qu'il leur avoit procurés, et le Roi, qui le Iiaïssoit, n'osoit cesser de suivre ses volontés. Il consentit que ce ministre disposât par son testament des i)rincipales charges et des plus importantes places du Royaume , et qu'il établît le cardinal jNlazarin chef du conseil et premier ministre * .

Cependant la santé du Roi diminuoit tous les jours; on prévovoit de grandes persécutions contre les parents et les créatures du cardmal de Richelieu, soit que la Reine eût seule la régence^, ou que ^lonsieur la partaijeàt avec elle. Le cardinal Mazarin, M. de Chavigny et ÎM. des Noyers avoient alors toute la part aux affaires, et se trouvoient, par cette raison, exposés dans un changement. M. des Novers avoit pensé le premier à se garan-

mort du Cardinal, dit la Châtre (p. 176), toute la France s'attendoit à Toir un changement entier dans les affaires; car, comme ce ministre ne subsistoit auprès du Roi que par la terreur, on crut ,que cette raison étant finie avec lui, la haine de Sa Majesté éclateroit sur tout ce qui resteroit de sa fiimille et de sa cabale. Mais

ces espérances ne durèrent pas longtemps, et on vit.... avec éton-

nement ses dernières volontés suivies. »

1. On sait quels furent les commencements de Mazarin. Né le 14 juillet 1602, à Piscina, dans les Abruzzes, il se fit recevoir docteur en droit, et fut d'abord, par occasion (1624): capitaine d'infanterie, puis secrétaire de légation du saint-siége. Attaché ensuite à Sacchetti, nonce à Milan, il entre définitivement, à l'âge de vingt-sl.v ans, dans la carrière diplomatique. En 1629, il est attaché à cette même légation pontificale dans la haute Italie ; il se voit alors à même de donner, dans les plus sérieuses négociations, des preuves de son habileté et de sa prudence. Le 29 janvier ifiSo a lieu sa première entrevue avec Richelieu, dont il gagne l'esprit et qui devine son mérite. En 1682, il est vice-légat à Avignon; en i634, nonce extraordinaire en France; en i636, il quitte le service du Pape pour se donner à Richelieu. Naturalisé Français (avril 1639), il est envoyé à Chamhérj comme ambassadeur extraordinaire, et, deux ans après, il reçoit le chapeau de cardinal ; il avait alors trenteneuf ans. Voyez la Jeunesse de Mazar'in de \' . Cousin.

2. Dans notre manuscrit D, par erreur sans doute : « eilt la seule régence ».

MÉMOIRES. [1643] 5i

tir, et il avoit donné des espérances à la Reine de disposer le Roi, par le moyen de son confesseur*, à l'établir régente. Le cardinal Mazarin et M. de Chavigny, qui avoient pris d'autres mesures pour plaire au Roi, et dans la vue qu'il pourroit guérir, lui avoient proposé de donner une déclaration qui établît un conseil nécessaire à la Reine pour borner l'autorité de sa régence et exclure ^ des affaires toutes les personnes suspectes. Bien que cette proposition parût contraire aux intérêts de la Reine , et qu'elle fût faite sans sa participation , néanmoins le Roi ne pouvoit y consentir : il ne pouvoit se résoudre à la déclarer régente , et moins encore à partager l'autorité entre elle et Monsieur. Il l'avoit toujours soupçonnée d'avoir une liaison ' avec les Espagnols *, et il ne doutoit pas qu'elle ne fût encore fomentée par Mme de Chevreuse, qui étoit passée alors d'Angleterre à Bruxelles *. D'un

1. Jacques SirmoncI, savant jésuite, qui mourut en ifiSi, âgé de quatre-vingt-douze ans. Le P. Rapin dit dans ses mémoires (tomel, p. aSo) que son ;< autorité étoit d'un poids considérable dans l'Église. » Il avait été nommé confesseur du Roi en iGSj. Colomiès, qui a écrit sa vie, imprimée dans la Bihliotliètjue cliohie (i73i), rapporte (p. 3i3) que i le Roi étant tombé malade, M. de Noyers et 3Ionsieur de Beauvais, voyant que son mal augmentoit, portèrent le P. Sirmond à proposer à Sa Majesté la corégence pour Monsieur, son frère, avec la Reine; mais cette proposition déplut si fort au Roi, qu'après l'avoir aigrement rebutée, et en avoir même dit quelque chose à la Reine, il ne voulut plus entendre son confesseur, et l'ayant fait renvoyer sous un autre prétexte, prit en sa place le P. Dinet (le 20 mars i643j. » Voyez ci-après, p. 53 et 54.

Page 1