‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 171 sur 237 · A MADEMOISELLE DE SILLERY · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE SILLERY

Paix! chut! lisez ma lettre tout bas; prenez garde que personne ne vous la voie lire; les murailles parlent. N'en dites mot à âme vivante ; ma sœur mourroit de mort subite si elle savoit le malheur qui est arrivé. Vraiment I c'est bien pis que le Chevalier, c'est bien pis que si ses filles avoient fait faux bond, que si elle Tavoit fait elle-même : Dieu me pardonne, et elle aussi !

Enfin que vous dirai-je? Paris va abîmer Mais par

où abîmera-t-il.»* Vous croyez sans doute que c'est par le Marais du Temple' : point du tout, ma mie; c'est

Lettre 112. — Nous ne savons où se trouve l'original de cette lettre, que nous donnons d'après le texte du Petit Magasin des Dames, 1806, p. III ; elle a été reproduite dans les éditions de 1818, p. 335, de 1835, p. 475, et de 1869, p. 3^9, ainsi que par Cousin, dans Madame de Sablé, p. 53 1. Elle est adressée par notre auteur à sa nièce, fille du marquis Louis Brûlart de Sillery : vovez ci-dessus, p. 176, la note préliminaire de la lettre 83, où nous aA'ons fait, au sujet de l'authenticité, des réserves qu'il convient, croyons-nous, de répéter ici.

I. Il Y avait, entre le faubourg Saint-Martin et le faubourg du Temple, un terrain marécageux, qui donnait son nom à la rue des Marais, dite autrefois « des Marais du Temple, » laquelle, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, n'était encore bordée que d'un petit nombre de constructions.

l'oserai-je prononcer? Taisez-vous, bouchez toutes les fenêtres, éteignez les bougies, fermez les yeux, lisez à

tâtons C'est par le faubourg Saint-Jacques. Nous

sommes tous perdus. L'eussiez-vous cru ? Par le faubourg Saint-Jacques M Quel faubourg, grand Dieu! A qui se fiera-t-on ? Mais par qui le crime a-t-il été commis? Un disciple de Baron', un ami de la vérité, un demi-père de l'Eglise, P — D. H. P. a été trouvé couché entre deux draps, non-seulement avec une femme, mais avec deux, dont l'une étoit sa cousine germaine, et l'autre sa pénitente. Toutes les bonnes âmes ont quitté le quartier, et l'on croit qu'on va raser le faubourg.

Il3. A LA MARQUISE d'hUXELLES*.

Je serois ravi de vous pouvoir croire, mais je n'ai

a. Les couvents étaient nombreux dans le faubourg Saint-Jacques, et beaucoup de laïques pieux y habitaient.

3. C'est-à-dire un dominicain. Vincent Baron, né en i6o4, mourut en 167^. Entré dans l'ordre de Saint-Dominique, il fut élu, en 1667, prieur de la maison du noviciat, fondée, en vertu de lettres patentes de lôSa, dans le faubovirg Saint-Germain, et auprès de laquelle fut bâtie plus tard l'église de Saint-Thomas d'Aquin.

Lettre ii3. — • D'après une copie conservée à la Bibliothèque de l'Arsenal, Belles-lettres françaises. n° 8202 (ancien SGg), i vol. in-^", fol. 3 et 4- Il est impossible de deviner à quel propos le libraire Barbin est ici nommé et de quel livre il s'agit. Serait-ce du roman, la Princesse de CVcves. publié en 1678 ? — Au verso de la couverture du recueil manuscrit d'où nous tirons cette lettre, se lit cette note écrite et signée par le marquis de Jarzé : « Ce livre m'a été laissé par testament par [Marie] de Baillcul, marquise d'Huxelles, morte au mois de mai (avril) 171 2 (voyez la fin de la note i), qui m'honoroit de son amitié depuis vingt ans, et dont le mérite a été reconnu de tout ce qu'il y a eu de plus honnêtes gens à la cour pendant qu'elle a vécu. A Paris, ce 12* juin mil sept cent douze.

« Jarzé. »

1. Marie de ou plutôt le Baillcul, fille du président de ce nom,

garde : je sais que Ton vous a rendu ses devoirs, et je le sais comme un jaloux qui craint qu'on n'y ait pas manqué. Je vous sacrifierai Mme de Chavigny", quand vous voudrez. La victime n'est pas jeune, mais excusez, le sacrificateur ne l'est pas aussi. Je n'ai pas entendu parler de Barbin ni de livre. Je sais que la faute vient de lui, et vous êtes la plus spirituelle et la meilleure amie du monde. C'est dommage que vous ne soyez que cela.

llll. A MADEMOISELLE DAUMALE*.

Vertœil, le 4 de décembre.

Hélas ! je croyois que vous étiez au milieu des pompes et des félicités de la cour, et je n'ai rien su de l'état où vous avez été. Personne assurément n'a osé me l'apprendre. Cette excuse est bonne pour me justifier au-

avait épousé, en février i644, François de Brichanteau, marquis cin Nangis, puis, en secondes noces, le 5 octobre de l'année suivante, Louis-Chalon du Blé, marquis d'Huxelles, lieutenant général des armées, qui mourut en i658, au moment où il venait d'obtenir le brevet de maréchal de France. La marquise, qui passait pour être très-galante et avait été fort distinguée par le surintendant Foucquet, était en correspondance avec un grand nombre des personnages les plus considérables de son temps. Elle mourut le 29 avril 1712, âgée de quatre-vingt-six ans.

"î. Probablement Anne Phélvpeaux, veuve, depuis i652, du comte de Chavigny, morte le 3 janvier 1694, à l'âge de quatrevingt-un ans.

Lettre ii;i. — Portefeuilles de Vallant. tome II, fol. 181 et 182, autographe. Deux feuillets in-4" ; un seul cachet conservé ; au dos : « Rochefouc. à Mlle d'Aumale. « Publiée dans les éditions de 1818, p. 223, de 1825, p. 404, de 1869, p. 3i4, et dans Madame de Sablé, p. 507. Cette lettre, comme en avertit V. Cousin, avait disparu des Portefeuilles de Vallant. Elle a été récemment restituée et remise à sa place.

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