Var. : La haine qu'on a pour (i
l'amour de la faveur. Le dépit de ne la pas posséder se console et s'adoucit par le mépris que l'on témoigne de ceux qui la possèdent ; et nous leur refusons nos hommages l, ne pouvant pas leur cter ce qui leur attire ceux de tout le monde2, (éd. i*.)
Pour s'établir dans le monde, on fait tout ce que l'on peut pour y paroître établi3, (éd. i.)
Quoique les hommes se flattent de leurs grandes actions, elles ne sont pas souvent les effets d'un grand dessein, mais des effets du hasard', (éd. i*.)
i . Var. : se console et s'adoucit un peu par le mépris de ceux qui
la possèdent : c'est enfin une secrcte envie de la détruire, qui fait que nous leur ôtons nos propres hommages — (i665.) — — l'amour de la faveur ; c'est aussi la rage de n'avoir pas la faveur, qui se console et s'adoucit par le mépris des favoris ; c'est aussi une secrète envie, etc. (Manuscrit.)
2. Amelot de la Houssaye applique cette réflexion aux Guises ; Aimé-Martin (p. 43) au cardinal de Retz et à la Rochefoucauld luimême ; il aurait pu y joindre à peu près tous les Frondeurs.
3. La Rochefoucauld dit du duc de Beaufort, dans ses Mémoires, que ce prince cherchait à « établir sa faveur par l'opinion qu'il affectoit de donner qu'elle étoit déjà tout établie. » — Duclos (tome I, p. 167, Considérations sur les mœurs de ce siècle, chapitre vu) : « Quand on se propose la considération pour objet, on emploie communément son crédit pour le faire connoître et lui donner de l'éclat. La seule réputation d'en avoir est un des plus sûrs moyens de l'affermir, de l'étendre, et même de le procurer. » — Voyez les notes des maximes 90 et 129.
k- La ire édition (i655) donnait cette pensée sous une forme
plus particulière, où l'allusion à Richelieu et à Mazarin était transpa-
ente : « Quoique la grandeur des ministres se flatte de celle de leurs
Il semble que nos actions aient des étoiles heureuses ou malheureuses, à qui elles doivent une grande partie l de la louange et du blâme qu'on leur donne 2. (éd. i*.)
Il n'y a point d'accidents si malheureux dont les habiles gens ne tirent quelque avantage, ni de si heureux que les imprudents ne puissent tourner à leur préjudice3.
(ÉD. I*
actions, elles sont bien souvent les effets du hasard ou de quelque petit dessein. » ■ — Charron (de la Sagesse, livre I, chapitre xxxvm) : « La plupart de nos actions ne sont que saillies et boutées poussées par quelques occasions ; ce ne sont que pièces rapportées. » — Cette réflexion et la suivante, communes selon Vauvenargues (p. 84), répètent à peu près les maximes 53, 6o et 160; de plus, elles paraissent contredire la 5ge, où l'auteur admet qu'il y a des gens assez habiles pour tirer avantage des accidents même les plus malheureux. — Voyez aussi la 17e des Réflexions diverses.
1. Var. : — des étoiles heureuses ou malheureuses, aussi bien que nous, d'où dépend une grande partie (Manuscrit et i665.)
2. Voyez les maximes i53, i65, 38o, 4/0, et la i4e des Réflexions diverses.
3. Var. : On pourroit dire qu'il n'y a point d'heureux ni de malheureux accidents, parce que les habiles gens savent profiter des mauvais, et que les imprudents tournent bien souvent à leur préjudice les plus avantageux. (Manuscrit.) — Amelot de la Houssaye cite, à propos de cette maxime, le cardinal d'Ossat, négociant à Rome l'absolution d'Henri IV : « Dieu me fit la grâce, écrivait-il à son maître, que je ne tardai guère à me résoudre ; et ce que la fortune sembloit me présenter de la main gauche, je le pris de la droite, en usant de cette traverse en sorte que non-seulement elle ne nuisit de rien à votre service, mais, au contraire, qu'elle y aida et servit autant que si, de propos délibéré, elle y eût été dressée et destinée. »
La fortune tourne tout à l'avantage de ceux qu'elle favorise1, (éd. i*.)
Le bonheur et le malheur des hommes ne dépend pas moins de leur humeur que de îa fortune2, (éd. 2.)
La sincérité est une ouverture3 de cœur. On la trouve en fort peu de gens, et celle que l'on voit d'ordinaire4 n'est qu'une fine dissimulation, pour attirer la confiance des autres5, (éd. i*.)
1. Var. : La fortune ne laisse rien perdre pour les hommes heureux . (i665.) — Tacite dit en parlant de Cérialis (Histoires, livre V, chapitre xxi) : Aderat fortuna, etiam ubi artes defuissent. « La fortune le servait, même au défaut de l'art. » — Mme de Sévigné écrit de môme à sa fille (tome VI, p. 121) : « N'est-il pas vrai, ma fille, que tout tourne à bien pour ceux qui sont heureux ?» — La Bruyère (de la Cour, n° 90, tome I, p. 334) : « Etes-vous en faveur, tout manège est bon, vous ne faites point de fautes, tous les chemins vous mènent au terme. » — Publius Syrus avait déjà dit :
Fortuna quo se, eodem et inclinât favor.
« La faveur publique incline du même côté que la fortune. » — Cette maxime 60 est encore une de celles que Vauvcnargues trouve commune.
2. Cette pensée n'est qu'nne répétition des 45e et (ir]e, et elle semble contredire la 3a3e, qui fait tout dépendre de la fortune.