Var. : une naturelle ouverture. (i
[\. Var. : et celle qui se pratique d'ordinaire. (i665.) 5. Var. : pour arriver à la confiance des autres. (i665.) — J. Esprit (tome I, p. 1 21) : « La sincérité est une ouverture de cœur qui tend à nous ouvrir celui de nos amis, ou une franchise habile — ou une crainte de passer pour fourbe, ou une inclination naturelle à dire ce que l'on pense, ou une ambition exquise qu'on ait une dé-
L'aversion du mensonge est souvent1 une imperceptible ambition de rendre nos témoignages considérables, et d'attirer à nos paroles2 un respect de religion3, (éd. i*.)
La vérité ne fait pas tant de bien dans le monde que ses apparences y font du mal \(éd. i*.)
Il n'y a point d'éloges qu'on ne donne à la prudence ;
férence aveugle pour nos paroles. Dans les faux sincères, la sincérité est une tromperie fine.... » — Meré déclare également (maxime 3g8) que la sincérité n'est souvent qu'une fine dissimulation. — Voyez la 5e des Réflexions diverses.
1. Var. : La vérité, qui fait les hommes véritables, est souvent. (Manuscrit.) — Souvent ne se trouve pas dans la première édition (i665) ; la seconde (1666), au lieu de souvent, a d'ordinaire.
2. Var. : ambition qu'ils ont de rendre leurs témoignages considérables, et d'attirer à leurs paroles — (Manuscrit.)
3. J. Esprit (tome I, p. io4 et io5) : « La disposition de ceux qui sont véritables dans leurs paroles est en quelques-uns une secrète ambition qu'ils ont que tout le monde ajoute foi à tout ce qu'ils disent. » — Cette pensée de la Rochefoucauld répète à peu près la précédente. — « L'aversion du mensonge, dit Vauvenargues (p. 79), est encore plus souvent, à mon avis, l'aversion d'être trompé, » et il ajoute (maxime 5a3, OEuvres, p. 44ç)) : « L'aversion contre les trompeurs ne vient ordinairement que de la crainte d'être dupe; c'est par cette raison que ceux qui manquent de sagacité s'irritent nonseulement contre les artifices de la séduction, mais encore contre la discrétion et la prudence des habiles. » — Dans sa maxime 35o, la Rochefoucauld se rencontre mieux avec Vauvenargues.
!\. Var. : que les apparences de la vérité font de mal. (i665.) — Le vrai ne fait pas tant de bien dans le monde que le vraisemblable y fait de mal. (Manuscrit.)
cependant elle ne sauroit nous assurer du moindre événement1. (ÉD. i*.)
Un habile homme doit régler2 le rang de ses intérêts, et les conduire chacun dans son ordre ; notre avidité le
i. Cette pensée est une de celles que l'auteur a le plus heureusement remaniées et réduites. — Var. : On élevé la prudence jusqu'au ciel, et il n'est sorte d'éloge qu'on ne lui donne ; elle est la règle de nos actions et de notre conduite ; elle est la maîtresse de la fortune ; elle fait le destin des empires; sans elle, on a tous les maux ; avec elle, on a tous les biens; et comme disoit autrefois un poète, quand nous avons la prudence, il ne nous manque aucune divinité (a), pour dire que nous trouvons dans la prudence tout le secours que nous demandons aux Dieux. Cependant la prudence la plus consommée ne sauroit nous assurer du plus petit effet du monde, parce que, travaillant sur une matière aussi changeante et aussi inconnue qu'est l'homme, elle ne peut exécuter sûrement aucun de ses projets ; d'où il faut conclure que toutes les louanges dont nous flattons notre prudence ne sont que des effets de notre amour-propre, qui s'applaudit en toutes choses et en toutes rencontres. (i665.) — Au manuscrit, qui est, du reste, conforme à l'édition de i665, la fin de la dernière phrase est ainsi rédigée : « elle ne peut exécuter sûrement aucun de ses projets ; Dieu seul, qui tient tous les cœurs des hommes entre ses mains, et qui, quand il veut, en accorde tous les mouvements, fait aussi réussir les choses qui en dépendent : d'où il faut conclure que toutes les louanges dont notre ignorance et notre vanité jlattent notre prudence sont autant d'injures que nous faisons à la Providence. » — Il n'y a point d'éloges qu'on ne donne à la prudence ; cependant, quelque grande qu'elle soit, elle ne sauroit nous assurer du moindre événement, parce qu'elle travaille sur l'homme, qui est le sujet du monde le plus changeant. (1666, 1671 et 1675.) — J. Esprit (tome I, p. 11) : « La prudence ne peut s'assurer de rien, parce que l'homme, qui est le sujet qu'elle considère, n'est jamais dans une même assiette, et qu'il en prend de différentes en peu de temps, par un nombre infini de causes intérieures et étrangères. » — Montaigne avait dit avant la Rochefoucauld et J. Esprit : « La fortune surpasse en règlement les règles de l'humaine prudence. » (Essais, livre I, chapitre xxxin, tome I, p. 317.)
a. Var. : doit savoir régler. (i665.)
(a) Nullum numen abest, si sit prudentia —
(Juvénal, satire x, vers 365 var.')
ET MAXIMES MORALES. 5g
trouble souvent, en nous faisant courir à tant de choses à la fois, que pour désirer trop les moins importantes, on manque les plus considérables '. (éd. i*.)
La bonne grâce est au corps ce que le bon sens est à l'esprit5, (éd. 2.)
LWIII
Il est difficile de définir l'amour : ce qu'on en peut
1. Var. : ... les moins importantes, nous ne les faisons pas assezservir à obtenir les plus considérables. (i665.) — Sénèque (épitre xl) :
.Xihil ordinatum est. quod prœcipitatur et properat. « Rien de ce
qu'on hâte et précipite ne saurait être bien ordonné. »
2. L'annotateur contemporain fait observer, non sans raison, que le corrélatif de la bonne grâce du corps serait plutôt la délicatesse de l'esprit ; mais il est juste d'ajouter qu'au temps de la Rochefoucauld, l'expression bon sens avait une signification plus étendue que du nôtre ; elle signifiait parfois le bon biais, la bonne et délicate façon de prendre les choses, et c'est apparemment dans cette dernière acception que l'auteur l'a employée. Quoi qu'il en soit, Gorbinelli, qui avait fait des remarques sur une centaine de maximes de la Rochefoucauld, n'entendait pas celle-ci (Lettres de Mme de Sévigné, tome V, p. 5oo) ; il ne voyait pas quel rapport il peut y avoir « entre bonne grâce et bon sens; » par contre, Bussy Rabutin la défendait (ibidem, p. 5 12). Quant à Vauvenargues, dans une première rédaction de sa Critique des Maximes de la Rochefoucauld, il qualifiait cette pensée de juste et lumineuse comparaison; mais, en y regardant de plus près, il arriva bientôt à cette conclusion tout opposée (Œuvres, p. 80) : « Cette comparaison ne me paroit ni claire, ni juste. Un esprit sage peut manquer de grâce, comme il est possible qu'un homme, bien fait d'ailleurs, n'ait pas un maintien agréable, ou une démarche légère. » — Vient enfin la Harpe ; mais ce n'est pas sa remarque (tome VII, p. 268) qui éclaircira la question. « Cela ne serait-il pas plus vrai, dit-il, du goût que du bon sens ? Ce n'est pas que le premier ne suppose l'autre ; mais le bon sens tout seul ne donne point l'idée de la grâce, et le goût donne au bon sens une délicatesse d'expression, qui est pour l'esprit ce qu'est pour le corps l'aisance et la justesse des mouvements. »
6o RÉFLEXIONS OU SENTENCES
dire1 est que, dans l'âme, c'est une passion de régner; dans les esprits, c'est une sympathie; et dans le corps, ce n'est qu'une envie cachée et délicate de posséder ce que l'on aime2 après beaucoup de mystères, (éd. i*.)
i. Var. : Il est malaisé de définir l'amour : tout ce qu'on peut dire. (i665.)
2. Var. : de jouir de ce que l'on aime. (i665.) — La passion de l'amour paraît à Cicéron si légère, qu'il ne voit pas à quoi la comparer :
Totus — iste qui vuhjo appellatur amor tantœ levitatis est, ut nihil vi-
deam quod putem conferendum. (Tusculanes, livre IV, chapitre xxxn). « Pour ce qui s'appelle communément amour, c'est chose si légère que je ne vois rien à quoi je le puisse comparer. » — Dans sa maxime 638, la Rochefoucauld sera moins embarrassé que Cicéron, et comparera l'amour à la fièvre. — Vauvenargues (p. 80) : « Si l'àme est distincte du corps, si c'est, non pas le corps, comme le suppose ici l'auteur, mais l'àme, qui sent (a), on ne peut pas dire que Vamour est, dans le corps, une envie cachée et délicate de posséder ce que l'on aime. Et d'ailleurs, quel est cet amour qui ne veut posséder qu'après beaucoup de mystères ? Le duc de la Rochefoucauld avoit pris cela dans nos romans, ou parmi les Femmes savantes de Molière. » — Il serait peutêtre plus juste de dire que, dans cette maxime, le noble duc avait gardé le ton de l'hôtel de Rambouillet. — La Harpe répond à la Rochefoucauld (tome VII, p. 265 et 266) : « Je crois qu'on en peut dire (de l'amour) tout autre chose, et je doute que beaucoup de gens goûtent cette définition. On est souvent tenté de dire aux moralistes qui parlent de l'amour, comme à Burrhus :
Mais, croyez-moi, l'amour est une autre science (6).
D'abord, ce n'est point une passion de régner, car celui des deux qui aime le plus est toujours le plus gouverné. Ce n'est pas toujours une sympathie ; car il y a des amants qui n'ont entre eux aucune conformité de caractère, d'esprit, ni d'humeur, et qui ne peuvent s'accorder sur rien, si ce n'est à s'aimer.... Au reste, je pense, comme la Rochefoucauld, qu'il (l'amour*) est tres-dijficile à définir : aussi ne e définirai-je point, d'abord parce qu'il me convient d'être plus réservé que lui, et puis parce que chacun ne définit que le sien. »
(a) Vauvenargues dit dans sa maxime 545e (Œuvres, p. 45 1) : « Les plus vifs plaisirs de l'àme sont ceux qu'on attribue au corps ; car le corps ne doit point sentir, ou il est âme. »
(6) Racine, Britannicus, acte III, scène 1, vers 796.
S'il y a un amour pur et exempt du mélange de nos autres passions, c'est celui ' qui est caché au fond du cœur, et que nous ignorons nous-mêmes, (éd. i*.)
Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour où il est, ni le feindre où il n'est pasf. (éd. i.)
Il n'y a guère de gens qui ne soient honteux de s'être aimés, qnand ils ne s'aiment plus3, (éd. 5.)
i. Var. : Il n'y a point d'amour pur que celui (i665.) —
L'édition de M. de Barthélémy donne : « de mélange, » et « celle qui est cachée » — Voyez la maxime 76.
2. Pascal (Discours sur les passions de l'amour, tome II, p. 261) pense que le faux-semblant mène vite à la réalité : « L'on ne peut presque faire semblant d'aimer, que l'on ne soit bien près d'être amant. » — Mme de Sablé (maxime 80) : « L'amour a un caractère si particulier qu'on ne peut le cacher où il est, ni le feindre où il n'est pas. » — Meré (maxime 46o) : Il est impossible, quand on aime, de laisser croire que l'on hait. » — On a interprété dans le même sens ce verset du Livre des Proverbes (chapitre vi, verset 27) : Numquid potest homo abscondere ignem in sinu suo, ut vestimenta illius non ardeant? « L'homme peut-il si bien renfermer dans son sein le feu dont il brûle, que ses vêtements n'en soient brûlés ? » — Voyez les maximes 102, 108 et 55g.
3. C'est après avoir mis et commenté cette maxime dans une lettre de Julie (la Nouvelle Héloïse, 3e partie, lettre xx), que J. J. Rousseau ajoute en note : « Je serois bien surpris que Julie eût cité la Rochefoucauld en toute autre occasion ; jamais son triste livre ne sera goûté des bonnes gens. » — Voyez la 18e des Réflexions diverses.
Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu'à l'amitié1, (éd. i.)
On peut trouver des femmes qui n'ont jamais eu de galanterie, mais il est rare d'en trouver qui n'en aient jamais eu qu'une2, (éd. i*.)
Il n'y a que d'une sorte d'amour3, mais il y en a mille différentes copies, (éd. i*.)
i. Fortia d'Urban remarque, après l'abbé de la Roche, « qu'il semble que l'ancienne mythologie ait eu cette maxime en vue, quand elle a donné pour attributs à l'amour un bandeau, une torche, des flèches, un joug, des chaînes, et que Virgile (Églogue VIII, vers 43-45) le fait naître parmi les peuples les plus barbares. » — La Bruyère (du Cœur, n° 3g, tome I, p. ao5) : « L'on veut faire tout le bonheur, ou si cela ne se peut ainsi, tout le malheur de ce qu'on aime. » — Voyez les maximes ni, 3a i, et la 8e des Réflexions diverses.
2. Var. : qui n'ont jamais jail de galanterie — qui n'en aient jamais fait qu'une. (i665.) — Il y a beaucoup de femmes qui n'ont jamais fait de galanterie; mais je ne sais s'il y en a qui n'en aient jamais fait qu'une. (Manuscrit.) — Voyez les maximes 3g6, 471 et 499-
3. Var. : Il n'y a d'amour que d'une sorte. (Manuscrit.) — Voyez la maxime 77. — Vauvenargues (p. 80) : « Autre maxime de roman. L'amour prend le caractère des cœurs qu'il surmonte : il est violent, impérieux, et jaloux jusqu'à la fureur, dans quelques-uns ; il est tendre, aveugle et soumis, dans quelques autres ; il est passionné et volage, dans la plupart des hommes ; mais il lui arrive quelquefois d'être fidèle. » — Vauvenargues disait pourtant, dans une maxime. qu'il a supprimée, il est vrai (la 755e, Œuvres, p. 477) : « La constance est la chimère de l'amour. »
L'amour, aussi bien que le feu, ne peut subsister sans un mouvement continuel, et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou de craindre1, (éd. i.)
Il est du véritable amour comme de l'apparition2 des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu3, (éd. i *.)
L'amour prête son nom à un nombre infini de commerces qu'on lui attribue, et où il n'a4 non plus de part1 que le Doge à ce qui se fait6 à Venise, (éd. i*.)
i. Voyez la ge des Réf exions diverses. — Publius Syrus :
Amans, ita ut Jax, agitando ardescit magis.
« L'amant est comme le feu ; plus il s'agite, plus il brûle. » — Platon (des Lois, livre II) dit la même chose de la jeunesse, dont la nature ardente (V'-j ;o; ojsa) ne peut demeurer en repos. — Pascal (Discours sur les passions de l'amour, tome II, p. 260) : « Les âmes propres à l'amour demandent une vie d'action qui éclate en événements nouveaux La vie de tempête surprend, frappe et pénètre. » — La
Bruyère (du Cœur. n° 5, tome I, p. 199) : « Tant que l'amour dure, il subsiste de soi-même, et quelquefois par les choses qui semblent le devoir éteindre, par les caprices, par les rigueurs, par l'éloignement, par la jalousie. »
a. Yak. : Il est de l'amour comme de l'apparition. (Manuscrit et i665.)
3. Cependant, selon la maxime k^S, le véritable amour est encore moins rare que la véritable amitié. — Voyez la maxime 69.
4. Var- : qu'on lui attribue, où il n'a — (Manuscrit et i665.)
5. Var. : où il n'a souvent guère plus de part. (Manuscrit.^)
6. Var. : que le Doge en a à ce qui se fait (Manuscrit et i665.)
— Vauvenargues (p. 81) ne voit dans cette pensée qu'une « plaisanterie froide et recherchée. » — Vovez la maxime *]!\.
L'amour de la justice n'est, en la plupart des hommes1, que la crainte de souffrir l'injustice, (éd. i*.)
Le silence est le parti le plus sûr de celui qui se défie de soi-même2, (éd. i.)
i. L'édition de i665 n'a pas ce correctif : « en la plupart des hommes. » — Cette pensée est un résumé des maximes 578 et 58o. — Le cardinal d'Ossat (lettre 336, édilion de Boudot), cité par Amelot de la Houssaye : « Ceux-là même qui n'ont point connu la vraie source de la justice ont néanmoins reconnu qu'il la falloit observer, et se garder de faire tort et injure à autrui, afin de n'en recevoir point. » — J. Esprit (tome I, p. 5i3 et 5i5) : « L'équité des personnes privées.... est une crainte qu'ils ont qu'on ne leur fasse des injustices. » — a La justice des particuliers n'est qu'une adresse qui tend à mettre leur vie, leur bien et leur honneur à couvert des injures qu'on leur peut faire. » — La Harpe (tome VII, p. 261) : « Je n'en crois rien du tout : c'est le cri de la conscience, c'est un sentiment qui précède toute réflexion. Il y a mille injustices que nous ne craignons pas de souffrir, et dont la seule idée nous révolte. »
2. C'est encore là une des pensées que Vauvenargues (p. 84) trouve communes. — Stultus quoque, si tacuerit, sapiens reputabitur ; et si compressera labia sua, intelligens (Livre des Proverbes, chapitre xvii, verset 28). « Le sot lui-même, s'il se tait, sera réputé sage; et tant que ses lèvres seront closes, intelligent. » — Caton (livre I, distique 3) :
Virtutem primam esse puta compescerc linguam. « Regarde comme la première vertu de retenir la langue. »
— Publius Syrus :
Taciturnitas slulto homini pro sapienlia est. « Pour le sot le silence tient lieu de sagesse. »
— Montaigne (Essais, livre III, chapitre vm, tome III, p. 4i8) : « A combien de sottes âmes, en mon temps, a seruy vne mine froide et taciturne de tiltre de prudence et de capacité ! » — Voyez la 4e des Réflexions diverses.
Ce qui nous rend si changeants dans nos amitiés, c'est qu'il est difficile de connoître les qualités de l'âme, et facile1 de connoitre celles de l'esprit2, (éd. i*)
Nous ne pouvons rien aimer que part rapport à nous, et nous ne faisons que suivre notre goût et notre plaisir quand nous préférons nos amis à nous-mêmes ; c'est néanmoins par cette préférence seule que l'amitié peut être vraie et parfaite3, (éd. 5.)
i. Var. : c'est qu'il est aussi difficile qu'il est facile. (1666.)
2. Var. : « Ce qui rend nos inclinations si légères et si changeantes, c'est qu'il est aisé de connoître les qualités de l'esprit, et difficiletle connoître celles de l'âme. (i665.)
3. Voyez les maximes 83, a36, et la 2e des Réflexions diverses. — Saint-Evremond (Maxime, qu'on ne doit jamais manquer à ses amis. Œuvres mêlées, p. 289, Barbin, 1689) : « L'honneur, qui se déguise sous le nom d'amitié, n'est qu'un amour-propre qui sert lui-même dans la personne qu'il fait semblant de servir. » — J. Esprit (tome I,
p. 172) : « Quoiqu'il paroisse qu'il donne sa vie pour conserver
celle de son ami, il est certain pourtant qu'il meurt pour sa propre gloire — » — Duclos (tome I, p. 20^, Considérations sur les mœurs de ce siècle, chapitre vu) : — « L'inclination détermine moins qu'on ne s'imagine à obliger, quoiqu'elle y fasse trouver du plaisir ; elle est souvent subordonnée à beaucoup d'autres motifs, à des plaisirs qui l'emportent sur celui de l'amitié, quoiqu'ils ne soient pas si honnêtes. » Térence avait déjà dit (Adelphes, acte I, scène 1, vers i3 et i4) :
— Vah ! quemquamne hominem in animum inslituere, aut Parare, quod sit carius quam ipse est sibi?
« Est-il possible qu'un homme aille se proposer et se mettre en tête d'aimer quelque chose plus que soi-même ? »
IAXXII
La réconciliation avec nos ennemis1 n'est qu'un désir de rendre notre condition meilleure2, une lassitude de la guerre, et une crainte de quelque mauvais événement3.
(ÉD. I*
Ce que les hommes ont nommé amitié n'est qu'une société, qu'un ménagement réciproque d'intérêts, et qu'un échange de bons offices ; ce n'est enfin qu'un commerce où l'amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner4, (éd. i*.)
i. L'édition de i665 ajoute ici : « qui se fait au nom de la sincérité, de la douceur et de la tendresse »