CLXXI1I
Il y a diverses sortes de curiosité : l'une d'intérêt, qui nous porte à désirer d'apprendre ce qui nous peut être utile; et l'autre d'orgueil, qui vient du désir de savoir ce que les autres ignorent3, (éd. i*.)
i. Var. : Toutes les vertus se perdent — (i665.) — Voyez les maximes 187, 253 et 275. — Comparaison très-fausse, dit la Harpe (tome VII, p. 264) : « Tous les fleuves tendent à la mer, et la vertu ne tend point à Vintérêt, si ce n'est celui d'être bien avec soi et avec les autres, et ce n'est pas ce qu'on entend ordinairement par intérêt. Il serait plus vrai de dire que la vertu s'arrête souvent, quand elle rencontre Vintérêt dans son chemin ; c'est là sa véritable épreuve : si la vertu est faible, elle recule; si elle est forte, Vintérêt se range devant elle, et lui fait passage. »
2. L'annotateur contemporain trouve cette réflexion fausse, attendu que « l'ennui ne fait pas jouer tant de ressorts que l'intérêt. »
3. Var. : La curiosité n'est pas, comme l'on croit, un simple amour de la nouveauté : il y en aune d'intérêt, qui fait que nous voulons savoir les choses pour nous en prévaloir ; il y en a une autre d'orgueil, qui nous donne envie d'être au-dessus de ceux qui ignorent les choses, et de n'être pas au-dessus de ceux qui les savent. (i665.) — Plutarque en reconnaît une autre, celle « de sçauoir les tares et imperfections d'autruv, qui est un vice ordinairement conioint auec enuie et malignité. » (De la Curiosité, chapitre 1, traduction d'Amyot.)
Il vaut mieux employer notre esprit à supporter les infortunes qui nous arrivent qu'à prévoir celles qui nous peuvent arriver \ (éd. i*.)
La constance en amour est une inconstance perpétuelle, qui fait que notre cœur s'attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons2, donnant tantôt la préférence à l'une, tantôt à l'autre : de sorte que cette constance n'est qu'une inconstance arrêtée3 et renfermée dans un même sujet, (éd. i*.)
i. Var. : son esprit à supporter les infortunes qui arrivent
qu'à pénétrer celles qui peuvent arriver, (i 665.) — Voyez la maxime 168. — Cicéron (de Natura Deorum, livre III, chapitre vi) : Ne utile quidem est scire quid futurum sit ; miserum est enim nihil projicientem angi. « On ne gagne rien à savoir ce qui doit arriver ; car c'est une misère de se tourmenter en vain. » — Sénèque (épître xcvm) : Calamilosus est animas futuri anxius. « Malheureux est l'esprit qui se tourmente de l'avenir. » — Le même (ibidem) : Plus dolet quam necesse est, qui ante dolet quam necesse sit. « Qui s'afflige d'avance, s'afflige trop. » — Quintilien (de Institutione oratoria. livre I, chapitre xu, u) : Minus afficit sensus fatigalio quam cogilatio. « La souffrance même nous accable moins que la pensée de la souffrance. » — J. J. Rousseau (Emile, livre II) : « La prévoyance qui nous porte sans cesse au delà de nous, et souvent nous place où nous n'arriverons point, voilà la véritable source de nos misères. »
2. Pascal (Pensées, article V, 17) : « On n'aime jamais personne, mais seulement des qualités. »
3. Var. : n'est que notre inconstance arrêtée. (Manuscrit.) — L'abbé de la Roche estime avec raison que cette réflexion est un peu tirée, et la Harpe (tome VII, p. 264) la déclare bonne « pour une chanson ou un madrigal. » — Vauvenargues dit avec plus de décision (maxime ^55, Œuvres, p. £77) : « La constance est la chimère de l'amour. »
Il y a deux sortes de constance en amour: l'une vient1 de ce que l'on trouve sans cesse dans la personne que l'on aime2 de nouveaux sujets d'aimer3, et l'autre vient de ce que l'on se fait4 un honneur d'être constant5.
(ÉD. I*
La persévérance n'est digne ni de blâme, ni de louange, parce qu'elle n'est que la durée des goûts et des sentiments, qu'on ne s'ôte et qu'on ne se donne point6. (ÉD. i.)
GLXXVIII
Ce qui nous fait aimer les nouvelles connoissances 7 n'est pas tant la lassitude que nous avons des vieilles, ou le plaisir de changer, que le dégoût de n'être pas* assez admirés de ceux qui nous connoissent trop, et l'espérance de l'être davantage de ceux qui ne nous connoissent pas tant9, (éd. i*.)
i. Var. : La durée de l'amour, et ce qu'on appelle ordinairement la constance, sont deux sortes de choses bien différentes : la première vient (Manuscrit.)
2. Le manuscrit et l'édition de i665 ajoutent ici : « comme dans une source inépuisable. »
3. Le commencement de cette réflexion n'est que la répétition de la précédente.
\. Var. : de ce qu'on se fait. (1666, 167 1 et 1675.)