‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 17 sur 469 · Mémoires, p · texte numérisé non relu

Mémoires, p

4. A cette année 1642 appartient un curieux détail. En février, nous voyons Marcillac expédier d'Angoumois des vins à destination de l'Angleterre, et, prenant pour adresse : « à Monsieur Graf, » demander qu'en échange on lui envoie des chevaux et des chiens : voyez Vappendice 1 du tome III, lettre 5, p. 243.

SUR LA ROCHEFOUCAULD. xxi

Dès ce mois do décembre même, nous le trouvons à Paris, et, aux fêtes de Noël, il assiste, à Beaumont, chez M. de Harlay, à ce dîner qui fit grand bruit, et dont les convives reçurent bientôt le nom d'Importants '.

Jusqu'alors simple porteur de paroles ou de messages de femmes, il voyait son rôle grandir ; il avait trouvé l'emploi le plus propre à sa nature; car, si les affaires générales, comme dit Retz'2, ne furent jamais son fort, il avait, en revanche, la plupart dos qualités qui font ce qu'on appelait au dix-septième siècle une « personne de créance, » et par lesquelles on mène à bien une négociation particulière : des manières polies et engageantes, un grand fonds de réflexion, de la finesse, bien qu'un peu subtile, de l'insinuation, « cet esprit de pénétration et d'habileté. » dont parle Mme de Motteville 3. Aussi réussit-il, avec l'aide de Coligny, il est vrai, dans cette première campagne diplomatique, où tout fut résolu en paroles, sans conditions écrites. La Reine s'engageait par devant les deux négociateurs à réserver pour Monsieur le Prince « tous les emplois dont elle pourroit exclure Monsieur sans le porter à une rupture ouverte *. » Cette union avec les Condés ne fut pas du reste trop malaisée à conclure ; car d'abord, avec de l'argent, on pouvait tout sur le père, qui, après avoir vécu jadis

i . « Il (M, de Harlav) nous pria de lui rendre visite aux fêtes de Noël, à sa maison de Beaumont. Le président Barrillon, le prince de Marcillac, le marquis de MauJévrier, du Bourdet et Beloy, de sirèrent être de la partie, faite sans autre dessein que celui de

notre divertissement particulier Cette entrevue, quoique fort

innocente et de nulle considération, fit un éclat étrange : M. de la Rochefoucauld (le duc François V} fut le premier cjui en donna avis à M. le cardinal Mazarin, et crut que son zèle seroit fort estimé en usant de ces termes : « qu'il ne répondoit plus du prince de « Marcillac, son fiis. » (Mémoires de Montrésor, p. 352 et 353.) Quelques lignes plus bas, Montrésor s'exprime ainsi : « — Cette assemblée d'Importants (qui étoit le nom qu'il leur plaisoit nous donner). » — Voyez aussi l'Apologie, tome II, p. 447 e* 448.

2. Voyez, au tome I, p. i3, le portrait déjà cité de la Rochefoucauld, par Retz.

3. Mémoires de Mme de Motteville, tome III, p. i3o, à la date de i65o.

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