‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 198 sur 469 · Var. : de la voir. (i · texte numérisé non relu

Var. : de la voir. (i

6. Var. : mais tout homme qui la sait voir telle qu'elle est trouve que la cessation d'être comprend tout ce qu'il y a d'épouvantable. La nécessité inévitable de mourir fait toute la constance des philosophes : ils croient qu'il faut aller de bonne grâce où l'on ne se peut empêcher d'aller (voyez les maximes 23 et 46); et ne pouvant éterniser leur vie, il n'y a rien qu'ils ne fassent pour éterniser leur gloire, et pour sauver ainsi du naufrage ce qui en peut être garanti. (i665.) — Les éditions de 1666 et de 1671 portent, comme celle de i665 : « ce qui en peut être garanti ; » les deux versions donnent un sens acceptable. — Deux maximes du manuscrit de la Rocheguyon viennent à l'appui de ce passage : « Rien ne prouve tant que les philosophes ne sont pas si bien persuadés qu'ils disent que la mort n'est pas un mal, que le tourment qu'ils se donnent pour éterniser leur réputation. » — « Rien ne prouve davantage combien la mort est redoutable que la peine que les philosophes se donnent pour persuader qu'on la doit mépriser. »

ET MAXIMES MORALES. 2l3

en pensons, et espérons plus de notre tempérament que de ces foibles raisonnements qui nous font croire que nous pouvons approcher de la mort avec indifférence1. La gloire de mourir avec fermeté, l'espérance d'être regretté, le désir de laisser une belle réputation, l'assurance d'être affranchi des misères de la vie, et de ne dépendre plus des caprices de la fortune2, sont des remèdes qu'on ne doit pas rejeter; mais on ne doit pas croire aussi qu'ils soient infaillibles. Ils font3, pour nous assurer, ce qu'une simple haie fait souvent à la guerre pour assurer ceux4 qui doivent approcher d'un lieu d'où l'on tire : quand on en est éloigné, on s'imagine qu'elle peut mettre à couvert ; mais quand on en est proche, on trouve que c'est un foible secours. C'est nous flatter de croire que la mort b nous paroisse de près ce que nous en avons jugé de loin, et que nos sentiments, qui ne sont que foiblesse6, soient d'une trempe assez forte pour ne point souffrir d'atteinte par la plus rude de toutes les épreuves7. C'est aussi mal connoîtres les effets de l'amour-propre

i. Var. : et espérons plus de notre tempérament que des foibles raisonnements à l'abri desquels nous croyons pouvoir approcher de la mort avec indifférence. (i665.)

a. Var. : La gloire de mourir avec fermeté, la satisfaction d'être regretté de ses amis et de laisser une belle réputation, V espérance de ne plus souffrir de douleurs, et d'être à couvert des autres misères de la vie et des caprices de la fortune (i665.)

3. Duplessis donne à tort ils sont, et, à la ligne suivante, il omet simple devant haie.

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