‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 21 sur 469 · Lettre du 7 octobre 1676, tome V, p · texte numérisé non relu

Lettre du 7 octobre 1676, tome V, p

3. ^yez les maximes indiquées à la Table du tome I, aux mots Jalousie et Amour.

SUR LA ROCHEFOUCAULD. xxm

ne trouve pas de tels enseignements dans les badinages et les passe- temps littéraires des salons et des ruelles. Où est d'ailleurs ce prétendu renfort prêté par Mme de Longueville à L'ambition de la Rochefoucauld? A-t-il tiré plus de profit véritable de cette tendresse passionnée cpie des bienveillantes dispositions de la Reine ou de l'intérêt sans cesse agissant de Mme de Clievreuse ? Loin de l'avoir avancé auprès de Condé, cette liaison semble plutôt lui avoir nui. 11 est certain qu'elle ne plaisait pas à Monsieur le Prince, et, malgré les services dévoués et effectifs de la Rochefoucauld, il n'y eut jamais, tant que dura la Fronde, entre-celui-ci et Condé une entière communication d'esprit, ni ce qu'on appelle une intimité à cœur ouvert. Enfin ce qui, à nos yeux, malgré bien des jugements contraires, achève de détruire l'hypothèse qui prête à la Rochefoucauld de longues visées d'ambition et veut que sa liaison avec Mme de Longueville ait été affaire d'intérêt plus que de sentiment, c'est que jamais, comme nous le dirons dans un instant, il ne fut plus près de s'accommoder avec Mazarin qu'au moment même où se nouait son commerce affectueux avec la duchesse.

11 est vrai que les contemporains (nous avons déjà tout à l'heure commencé à les entendre) témoignent diversement sur ce point ; mais peut-être, en cette matière délicate, les contemporains ne sont-ils pas les plus aptes à juger. Ln des passages les plus remarquables, à tous égards, des Mémoires de Mme de Motteville, est celui où elle nous peint Mme de Longueville et parle de ses relations avec la Rochefoucauld '. 11 commence par ces lignes où, sans être nommé, le duc est trèsclairement désigné : « Son âme (de la princesse), capable des plus grands desseins et des plus fortes passions, s'étant laissé enchanter des illusions du plus haut degré de gloire et de considération auquel la fortune la pouvoit mettre, suivit, avec un peu trop de complaisance, les conseils d'un homme qui avoit beaucoup d'esprit, et qui l'avoit fort agréable ; mais, comme il avoit encore plus d'ambition, il s'étoit peut-être attaché à elle autant par le dessein de s'en servir pour se venger de la

i. Tome II, p. 3oi et 3oa ; voyez, en outre, ces mêmes Mémoires, tome I, p. 334 et 335 ; tome II, p. 270-277 ; et tome III, p. 192-194.

xxxn NOTICE BIOGRAPHIQUE

Heine, pour chasser son ministre, et venir ensuite à toutes les choses dont l'esprit humain se peut flatter, que par la seule

passion qu'il eût pour elle » La duchesse de Nemours, fdle

d'un premier mariage du duc de Longueville, et qui n'avait aucune raison de se montrer tondre pour sa belle-mère, ne laisse échapper aucune occasion de médire de celle-ci dans ses Mémoires. Elle déprécie avec une sévérité malveillante sa capacité et son caractère, et, pour la mieux rabaisser, elle prend plaisir à vanter la supériorité d'esprit de celui qui l'inspire, tout en ne lui prêtant, à lui aussi, que de méprisables vues d'intérêt1, en affirmant qu'il ne pensait qu'à lui-même etque « son compte lui tenoit d'ordinaire toujours lieu de tout2. » Elle « savoit très-mal, nous dit-elle, ce que c'étoit de politique3, » tandis que lui est « fort habile4, » est « politique3, » « d'un meilleur sens6 » qu'elle. Il la gouvernoit, la « gouvernoit absolument 7. » « Depuis qu'il cessa de la conseiller, elle parut ne savoir plus ce qu'elle faisoit 8. » La duchesse de Nemours accuse formellement Marcillac d'avoir entraîné Mme de Longueville dans la Fronde: « Ce fut la Rochefoucauld qui insinua à cette princesse tant de sentiments si creux et si faux. Comme il avoit un pouvoir fort grand sur elle, et que d'ailleurs il ne pensoit guère qu'à lui, il ne la fit entrer dans toutes les intrigues où elle se mit que pour pouvoir se mettre en état de faire ses affaires par ce moyen 9. » De ces deux jugements, de-Mmes de Motteville et de Nemours, on peut rapprocher celui de Montglat, qui assurément exagère fort l'influence politique de la Rochefoucauld, quand il nous dit dans ses Mémoires (tome II, p. 1A7), au début de la rébellion : Mme de Longueville « éloit de cette cabale, de laquelle le prince de Marcillac étoit le premier mobile. » On peut aussi comparer le témoignage de Lenet, ami particulier de notre auteur, qui affirme, d'une part (p. io,5), que la sœur de Condé « avoit une entière créance à son habileté, » et (p. ao4)

1. Voyez les Mémoires de la duchesse de Nemours, p. 422, £20 et 426, 434.

2. Ibidem, p. 426. — 3. Ibidem, p. 4o6. 4- Ibidem, p. 027. — 5. Ibidem, p. 4o6.

6. Ibidem, p. 488. — 7. Ibidem, p. 422, 527. 8. Ibidem, p. 528. — 9. Ibidem, p. 4og, 4io.

SUR LA ROCHEFOUCAULD, xnm

qu'il était « l'arbitre de tous ses mouvements; » puis, d'autre part, nous le représente (p. 2a3) « tout plein d'un désir passionné de sacrifier ses intérêts et sa vie au service de la duchesse do Longueville. » La Rochefoucauld lui-même, si nous en croyons Retz ', était loin de convenir que ce fût lui qui eût entraîné la princesse. Retz lui fait dire, dans un moment, il est vrai, où il nous le montre, après le comhat du faubourg Saint- Antoine, « très-incommodé de sa blessure et très-fatigué de la guerre civile, » qu'il n'v est « entré que malgré lui, et que si il fût revenu de Poitou deux mois devant le siège de Paris, il eût assurément empêché Mme de Longueville d'entrer dans cette misérable affaire. » Mais le Cardinal mérite-t-il grande confiance quand il parle d'un homme qui le hait, dit-il2, et qu'il paye de retour3 ? Il affecte de ne le pas prendre au sérieux : lorsque, à l'endroit précité de ses Mémoires (p. 171 et 173), il rappelle le temps où la princesse trônait à l'Hôtel de \ ille, il s'exprime, au sujet de son adorateur, d'une façon aussi légère que méprisante, se bornant à répéter un aparté, une ironique allusion à VAstrée, qu'il s'était permis, à cette époque, contre ce dernier, dans la chambre même de Mme de Longueville. Retz avait eu lui-même, dit Guy Joli4, « des sentiments fort vifs et fort tendres pour Mme de Longueville, » et « il regardoit le prince de Marcillac comme son rival. » Au reste, Guy Joli ne prête aussi à celui-ci que des motifs intéressés. Son vrai mobile, c'est l'espoir « qu'étant, comme il étoit, dans les bonnes grâces de la duchesse, il lui seroit aisé de tirer (de cette liaison) de grands avantages pour lui, quand il seroit question de traiter et de s'accommoder avec la cour5. »

Il y a presque unanimité, on le voit, sur les vues intéressées de Marcillac ; Lenet, un fidèle et constant ami, fait seul exception et parle de dévouement. Pour le degré d'habileté et d'in-

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