Dans l'édition de Suard : « leurs excès
2. La ae édition (1666) donne habilités. Voyez, ci-dessus, la 3e note de la page 83.
3. Vab. : Les crimes deviennent innocents, et même glorieux, par leur nombre et par leur excès ; de là vient que les voleries publiques sont des habiletés, et que les massacres de provinces entières sont des conquêtes. (Manuscrit.) — Duplessis (p. 266) pense que la Rochefoucauld a retranché cette réflexion « sans doute comme tout à fait exagérée, et peut-être comme un peu hardie sous le règne d'un roi qui aimait assez la guerre et les conquêtes. » C'est prêter à l'auteur un scrupule bien tardif, car il a maintenu cette pensée dans ses quatre premières éditions, et ne l'a retranchée qu'en 1678, alors que les conquêtes de Louis XIV étaient faites. — Vauvenargues répond ainsi à la Rochefoucauld (p. 82) : « Il est faux que l'éclat ou l'excès du crime le rendent innocent ou glorieux : un de nos meilleurs rois (Henri IV), assassiné au milieu de ses gardes et de son peuple, a couvert le nom du meurtrier d'un éternel opprobre. Ce ne sont donc pas les grands crimes qui rendent un homme illustre; ce sont ceux qui demandent, dans l'exécution, de grands talents et un génie élevé ; tel est l'attentat de Cromwell. »
4. Rapprochez des maximes i84, 327, 383, 442, 554, et de la 5e des Réflexions diverses.
5. Voyez la maxime 189. — Charron (de la Sagesse, livre I, chapitre xxxvn) : « L'homme ne peut estre, quand bien il voudroit, du tout bon ny du tout meschant. »
6. Vab.: de commettre des crimes (et, plus loin) aisément (au lieu
de facilement). (Manuscrit.) — Meré (maxime 43 1) : « Plus l'homme est bon, moins il soupçonne les autres de mé'hanceté. »
MAXIMES SUPPRIMÉES. 25g
DCXII
La pompe des enterrements regarde plus la vanité des vivants que l'honneur des morts1. (i665, n° ccxm.)
DCXIII
Quelque incertitude et quelque variété qui paroisse dans le monde, on y remarque néanmoins un certain enchaînement secret et un ordre réglé de tout temps par la Providence, qui fait que chaque chose marche en son rang et suit le cours de sa destinée2, (i 665, n° ccxxv.)
DGXIV
L'intrépidité doit soutenir le cœur dans les conjurations, au lieu que la seule valeur lui fournit toute la fermeté qui lui est nécessaire dans les périls de la guerre3. (i665, n° ccxxxi.)
i. Rapprochez de la maxime 233.
2. C'est le mot célèbre de Fénelon , dans son Sermon de l'Epiphanie : « L'homme s'agite, mais Dieu le mène. » — Plusieurs commentateurs se sont demandé pourquoi la Rochefoucauld a mis au rebut cette pensée, dont le fond et la forme sont également irréprochables; on peut dire avec Brotier (p. 253 et 254) et avec Duplessis (p. 266) qu'une réflexion religieuse, presque chrétienne, devait lui paraître trop isolée dans un livre qui ne traite des hommes qu'au point de vue du monde; mais la vraie raison, je crois, c'est qu'il a dû s'apercevoir que cette maxime était en contradiction flagrante avec nombre d'autres, auxquelles il tenait davantage, et où il soutient que nos passions, nos humeurs, et surtout le hasard, disposent de la vie humaine.
3. Peut-être l'auteur a-t-il supprimé cette pensée parce qu'elle avait le tort de rappeler les conjurations de la Fronde, auxquelles il avait pris une si grande part, et qu'il aimait mieux oublier dès la seconde édition (1666), alors que son fils était déjà en veine de faveur auprès de Louis XIV. Dans tous les cas, on peut croire que cette maxime, comme tant d'autres, n'est qu'un retour de la Rochefoucauld sur lui-même ; car s'il avait, dans les périls de la guerre, une valeur reconnue par tous, même par ses ennemis, il avait dans les conjurations une hésitation dont Retz l'accuse formellement (voyez le Portrait de la Rochefoucauld par le cardinal de Retz, ci-dessus, p. i3.) — Dans le manuscrit, cette pensée s'ajoutait à la dernière phrase de la maxime que l'auteur a maintenue sous le n° 217.
La. Rochefoucauld, i 17
DCXV
Ceux qui voudroient définir la victoire par sa naissance ' seroient tentés, comme les poètes, de l'appeler la fille du Ciel, puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre. En effet, elle est produite par une inGnité d'actions, qui, au lieu de l'avoir pour but, regardent seulement les intérêts particuliers de ceux qui les font, puisque tous ceux qui composent une armée, allant à leur propre gloire et à leur élévation, procurent2 un bien si grand et si général 3. (i665, n° ccxxxn.)
DCXVI
On ne peut répondre de son courage quand on n'a jamais été dans le péril4. (i665, n° ccxxxvi.)
DCXVII
On donne plus aisément des bornes à sa reconnoissance qu'à ses espérances et à ses désirs3. (i665*, n° ccxli. — 1666, 1671 et 1675, n° ccxxvn.)