‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 248 sur 469 · II. DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

II. DE LA SOCIÉTÉ

Mon dessein n'est pas de parler de l'amitié en parlant de la société ; bien qu'elles aient quelque rapport, elles sont néanmoins très-différentes : la première a plus d'élévation et de dignité 3, et le plus grand mérite de l'autre, c'est de lui ressembler. Je ne parlerai donc présentement que du commerce particulier que les honnêtes gens doivent avoir ensemble.

11 seroit inutile de dire combien la société est nécessaire aux hommes : tous la désirent et tous la cherchent, mais peu se servent des moyens de la rendre agréable et de la faire durer. Chacun veut trouver son plaisir et ses avantages aux dépens des autres ; on se préfère toujours à ceux avec qui on se propose de vivre4, et on leur fait presque toujours sentir cette préférence ; c'est ce qui trouble et qui détruit'' la société. Il faudroit du moins savoir cacher ce désir de préférence, puisqu'il est trop naturel en nous pour nous en pouvoir défaire ; il faudroit faire son plaisir de celui des autres, ménager leur amour-propre, et ne le blesser jamais.

L'esprit a beaucoup de part à un si grand ouvrage, mais il ne suffit pas seul pour nous conduire dans les

i. « Aura de lueur. » (Edition de M. de Barthélémy.) — A la ligne précédente, la même édition donne la couleur, au lieu de les couleurs.

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