‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 249 sur 469 · Voyez la maxime 626, et la Lettre du chevalier de Meré · texte numérisé non relu

Voyez la maxime 626, et la Lettre du chevalier de Meré

3. Tel est le texte du manuscrit, au lieu d'humilité, que donnent toutes les éditions, et qui n'a pas ici de sens. — A la ligne suivante, elles ont substitué est à c'est.

h . Voyez les maximes 8 1 et 83 .

5. Dans les éditions postérieures à 1 "j3i : « et ce qui détruit. »

divers chemins qu'il faut tenir. Le rapport qui se rencontre entre les esprits ne maintiendroit pas longtemps la société, si elle n'étoit réglée et soutenue par le bon sens, par l'humeur, et par des égards qui doivent être entre les personnes qui veulent vivre ensemble1. S'il arrive quelquefois que des gens opposés d'humeur et d'esprit paroissent unis, ils tiennent sans doute par des liaisons2 étrangères, qui ne durent pas longtemps. On peut être aussi en société avec des personnes sur qui nous avons de la supériorité par la naissance ou par des qualités per- J sonnelles ; mais ceux qui ont cet avantage n'en doivent pas abuser : ils doivent rarement le faire sentir, et ne s'en servir que pour instruire les autres ; ils doivent leur faire apercevoir qu'ils ont besoin d'être conduits, et les mener par raison, en s'accommodant, autant qu'il est possible, à leurs sentiments et à leurs intérêts.

Pour rendre la société commode, il faut que chacun conserve sa liberté : il faut se voir, ou ne se voir point, sans sujétion, pour se divertir ensemble, et même s'ennuyer ensemble ; il faut se pouvoir séparer3, sans que cette séparation apporte de changement; il faut se pouvoir passer les uns des autres, si on ne veut pas s'exposer à embarrasser quelquefois, et on doit se souvenir qu'on incommode souvent, quand on croit ne pouvoir jamais incommodera II faut contribuer, autant qu'on le peut,

i. Ce passage est un heureux correctif à la maxime 87, qui n'est en réalité qu'une épigramme.

2. Au lieu de raisons que donnent toutes les éditions. — Trois lignes plus haut on y lit : « les égards, » pour : « des égards; » et vers la fin de l'alinéa : « par la raison, » au lieu de : « par raison. »

3. Les diverses éditions donnaient ainsi ce passage : « il ne faut point se voir, ou se voir sans sujétion, et pour se divertir ensemble ; il faut pouvoir se séparer..., » omettant ainsi le membre de phrase et même s'ennuyer ensemble,

t\. C'est presque textuellement la maxime nl\2.

au divertissement des personnes avec qui on veut vivre; mais il ne faut pas être toujours chargé du soin d'y contribuer. La complaisance est nécessaire dans la société, mais elle doit avoir des bornes : elle devient une servitude quand elle est excessive ; il faut du moins qu'elle paroisse libre, et qu'en suivant le sentiment de nos amis, ils soient persuadés que c'est le nôtre aussi que nous suivons.

11 faut être facile à excuser nos amis, quand leurs défauts sont nés avec eux, et qu'ils sont moindres que leurs bonnes qualités ; il faut surtout1 éviter de leur faire voir qu'on les ait remarqués2 et qu'on en soit choqué, et l'on doit essayer de faire en sorte qu'ils puissent s'en apercevoir eux-mêmes, pour leur laisser le mérite de s'en corriger.

Il y a une sorte de politesse qui est nécessaire dans le commerce des honnêtes gens : elle leur fait entendre raillerie, et elle les empêche d'être choqués et de choquer les autres par de certaines façons de parler trop sèches et trop dures, qui échappent souvent sans y penser, quand on soutient son opinion avec chaleur3.

Le commerce des honnêtes gens ne peut subsister sans une certaine sorte de confiance ; elle doit être commune entre eux ; il faut que chacun ait un air de sûreté et de

i . Les diverses éditions donnent souvent, au lieu de surtout. — A la ligne suivante, elles coupent la phrase après choqué, et en commencent une nouvelle par : « On doit, etc. »

2. Duplessis (p. 2ig) estime que « l'excellent conseil donné ici part d'un sentiment bien plus juste et bien plus conforme à la véritable amité que la maxime £io, dure pour le fond et même par la forme. » — Voyez la 18e des Réflexions diverses.

3. Dans son Portrait (ci-dessus, p. 8), l'auteur s'accuse lui-même de soutenir d'ordinaire son opinion avec trop de chaleur. Segrais dit pourtant (Mémoires, p. 170) : « M. de la Rochefoucauld ne contestait jamais. Quand quelqu'un lui avoit dit un sentiment différent du sien qu'il croyoit être bon : Monsieur, disoit-il, vous êtes de ce sentiment-là, et moi je suis d'un autre. On en demeuroit là sans se mettre en colère de part ni d'autre. »

discrétion qui ne donne jamais lieu de craindre qu'on puisse rien dire par imprudence1.

Il faut de la variété dans l'esprit : ceux qui n'ont que d'une sorte d'esprit ne peuvent pas plaire longtemps2. On peut prendre des routes diverses, n'avoir pas les mêmes vues ni3 les mêmes talents, pourvu qu'on aide au plaisir de la société, et qu'on y observe la même justesse que les différentes voix et les divers instruments doivent observer dans la musique.

Comme il est malaisé que plusieurs personnes puissent avoir les mêmes intérêts, il est nécessaire au moins, pour la douceur de la société, qu'ils n'en aient pas de contraires. On doit aller au-devant de ce qui peut plaire à ses amis, chercher les moyens de leur être utile, leur épargner des chagrins, leur faire voir qu'on les partage avec eux quand on ne peut les détourner4, les effacer insensiblement sans prétendre de les arracher tout d'un coup, et mettre en la place des objets agréables, ou du moins qui les occupent. On peut leur parler des choses qui les regardent, mais ce n'est qu'autant qu'ils le permettent, et on y doit garder beaucoup de mesure : il y a de la politesse, et quelquefois même de l'humanité, à ne pas entrer trop avant dans les replis de leur cœur ; ils ont souvent de la peine à laisser voir tout ce qu'ils en connoissent, et ils en ont encore davantage quand on pénètre ce qu'ils ne connoissent pasD. Bien que le com-

i. Voyez la 5e des Réflexions diverses.

2. C'est la maxime l\ i3. — Voyez aussi la 16e des Réflexions diverses.

3. Les éditions antérieures omettent les mots : « les mêmes vues ni. »

4. C'est un démenti, sinon général, au moins en ce qui touche l'amitié, à l'impitoyable maxime sur la pitié (a64e), et au passage du Portrait (ci-dessus, p. 9) où l'auteur déclare que la pitié « n'est bonne à rien au dedans d'une âme bien faite. »

5. Voyez la maxime 63a. — Ce passage était singulièrement altéré dans les éditions précédentes, y compris celle de 1781 ; le mot bien,

merce que les honnêtes gens ont ensemble leur donne de la familiarité, et leur fournisse un nombre infini de sujets de se parler sincèrement, personne presque n'a assez de docilité et de bon sens pour bien recevoir plusieurs avis qui sont nécessaires pour maintenir la société : on veut être averti jusqu'à un certain point, mais on ne veut pas l'être en toutes choses, et on craint de savoir toutes sortes de vérités.

Comme on doit garder des distances pour voir les objets, il en faut garder aussi pour la société : chacun a son point de vue, d'où il veut être regardé ' ; on a raison, le plus souvent, de ne vouloir pas être éclairé de trop près, et il n'y a presque point d'homme qui veuille, en toutes choses, se laisser voir tel qu'il est2.

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