Voyez la maxime 258, et la note 5 de la page précédente
3o6 RÉFLEXIONS DIVERSES.
en forme une idée véritable ; mais, à parler généralement, il y a peu de gens qui aient le goût fixe et indépendant de celui des autres : ils suivent l'exemple et la coutume, et ils en empruntent presque tout ce qu'ils ont de goût1.
Dans toutes ces différences de goûts que l'on vient2 de marquer, il est très-rare, et presque impossible, de rencontrer cette sorte de bon goût qui sait donner le prix à chaque chose 3, qui en connoît toute la valeur, et qui se porte généralement sur tout : nos connoissances sont trop bornées, et cette juste disposition des qualités 4 qui font bien juger ne se maintient d'ordinaire que sur ce qui ne nous regarde pas directement. Quand il s'agit de nous, notre goût n'a plus cette justesse si nécessaire; la préoccupation le trouble 5 ; tout ce qui a du rapport à nous paroît 6 sous une autre figure ; personne ne voit des mêmes yeux ce qui le touche et ce qui ne le touche pas7 ; notre goût est conduit alors par la pente 8 de l'amourpropre et de l'humeur, qui nous fournissent des vues nouvelles, et nous assujettissent à un nombre infini de changements et d'incertitudes ; notre goût n'est plus à nous, nous n'en disposons plus : il change sans notre consentement, et les mêmes objets nous paroissent par