‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 304 sur 469 · Point agréables. » (Édition de M. de Barthélémy · texte numérisé non relu

Point agréables. » (Édition de M. de Barthélémy

La. Rochefoucauld, i 22

34o RÉFLEXIONS DIVERSES.

et le prince d'Orange même, rebuté par les difficultés de ce dessein, ne pensoit plus à le faire réussir. Le roi d'Angleterre, étroitement lié au roi de France, consentoit à ses conquêtes, lorsque les intérêts du grand trésorier d'Angleterre1, et la crainte d'être attaqué par le Parlement, lui ont fait chercher sa sûreté particulière, en disposant le Roi, son maître, à s'unir avec le prince d'Orange2, par le mariage delà princesse d'Yorck, et à faire déclarer l'Angleterre contre la France, pour la protection des Pays-Bas. Ce changement du roi d'Angleterre a été si prompt et si secret, que le duc d'Yorck Tignoroit encore deux jours devant le mariage de sa fille, et personne ne se pouvoit persuader que le roi d'Angleterre, qui avoit hasardé dix ans3 sa vie et sa couronne pour demeurer attaché à la France, pût renoncer, en un moment 4, à tout ce qu'il en espéroit, pour suivre le sentiment de son ministre. Le prince d'Orange, de son côté, qui avoit tant d'intérêt de se faire un chemin pour être un jour roi d'Angleterre, négligeoit ce mariage, qui le rendoit héritier présomptif du royaume5; il bornoit ses desseins à affermir son autorité en Hollande, malgré les mauvais succès de ses

i. Clifford (Thomas). D'abord contrôleur et trésorier de la maison du Roi, il fut nommé grand trésorier d'Angleterre ; c'était la récompense de son adresse, car il avait trouvé le moyen de procurer au prodigue Charles II un million cinq cent mille livres sterling, dit-on, sans le concours du Parlement. Il faisait partie du fameux ministère dit de la Cabal.

2. « Lui eut fait chercher sa sécurité particulière — à s'unir au prince d'Orange. » (Edition de M. de Barthélémy.)

3. A la page précédente, lignes 3 et 18, l'auteur avait dit six ans. [\. « Pat en un moment renoncer, « et deux lignes plus loin : « Le

prince d'Orange, qui de son côté avoit « (Édition de M. de Barthélémy.)

5. On sait que Guillaume d'Orange n'eut pas la patience d'attendre que la couronne d'Angleterre lui revînt de -Iroit, et qu'il en déposséda son beau-père, Jacques II, en iôSo1.

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dernières campagnes, et1 il s'appliquoit à se rendre aussi absolu dans les autres provinces de cet État qu'il le croyoit être dans la Zélande2; mais il s'aperçut bientôt qu'il devoit prendre d'autres mesures, et une aventure ridicule lui fit mieux connoîtreJ l'état où il étoit dans son pays, qu'il ne le vovoit par ses propres lumières. Un crieur public vendoit des meubles à un encan où beaucoup de monde s'assembla ; il mit en vente un atlas, et voyant que personne ne l'enchérissoit, il dit au peuple que ce livre étoit néanmoins plus rare qu'on ne pensoit, et que les cartes en étoient si exactes, que la rivière dont M. le prince d'Orange n'avoit eu aucune connoissance, lorsqu'il perdit la bataille de Cassel;, y étoit fidèlement marquée. Cette raillerie, qui fut reçue avec un applaudissement universel, a été un des plus puissants motifs5 qui ont obligé le prince d'Orange à rechercher de nouveau6 l'alliance de l'Angleterre, pour contenir la Hollande, et pour joindre tant de puissances contre nous. Il semble néanmoins que ceux qui ont désiré ce mariage, et ceux qui y ont été contraires 7, n'ont pas connu leurs intérêts : le grand trésorier d'Angleterre a voulu adoucir le Parlement et se garantir d'en

i. Ici et trois lignes plus bas, avant « et une aventure ridicule, » l'édition de M. de Barthélémy coupe la phrase, pour en commencer une autre.

2. Une des sept Provinces Unies dont se composait alors la Hollande ; les princes d'Orange en étaient gouverneurs.

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