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2. Mémoires, p. 233-235. Voyez aussi le court résumé intitulé livre second, dans l'édition Michaud des Mémoires de Lenet (p. 52i- 525) ; les Mémoires de Mme de Motteville, tome III, p. 3o5 ; et ciaprès, à Yappendice v, 5° (p. cvn), le texte de l'ordre, du 10 février i65i, envoyé « à M. de Bar pour lui dire de laisser parler à Messieurs les Princes les sieurs duc de la Rochefoucauld, président Viole et Arnaud. »
xlviii NOTICE BIOGRAPHIQUE
Le règne de Mazarin semblait donc à jamais fini, quand les Princes rentrèrent à Pans, le 16 février 1 65 1 , au milieu des acclamations de ce même peuple, qui, un an auparavant, avait fêté par des feux de joie leur arrestation. Si Gondé avait été alors un habile politique, il eût profité du premier moment de surprise pour enlever toute autorité à la Régente, incapable de gouverner par elle-même. Mais, en ce cas, la direction des affaires revenait de droit « au duc d'Orléans, qui étoit entre les mains des Frondeurs, dont Monsieur le Prince, dit la Rochefoucauld, ne vouloit pas dépendre1. » Condé préféra donc laisser à la Reine son titre et ses pouvoirs, crovant qu'il lui suffirait de maintenir son alliance avec Monsieur et les Frondeurs pour forcer la cour à compter avec lui. Certes, si cette union des Princes et de la Fronde eût duré, la cour aurait couru grand risque de ne jamais reprendre barres sur ses adversaires; mais, tandis que Mazarin, de sa retraite de Brûhl, près de Cologne, continue de gouverner par messages la Reine et l'Etat, Condé trouve moyen de se fâcher avec tout le monde, et de rejeter les Frondeurs du côté de la Régente, en rompant, sans aucun égard, le mariage de Conty et de Mlle de Chevreuse2, base principale du traité d'union. En vain, le duc de la Rochefoucauld, pour qui la faction et les factieux commençaient sans doute à perdre de leur attrait, s'ingénie, essaye de nouvelles combinaisons pour restaurer tant bien que mal les affaires de Condé auprès de la cour et du Cardinal : il acquiert la triste certitude qu'il s'est engagé, à la suite des Princes, dans une impasse véritable, d'où le point d'honneur lui défend de sortir à reculons. D'ailleurs cet arrangement, ce replâtrage, qu'il cherchait, Mme de Longueville n'en voulait point. La paix, c'était, pour elle, le retour en Normandie, près de ce mari dont elle avait peur, qui la rappelait avec des instances pleines de menaces. La guerre seule pouvait la sauver3 : elle résolut que de nouveau la guerre éclaterait.
i . Mémoires, p. 2^o.
2. Voyez les Mémoires de Relz, tome III, p. 296 et 297, et ceux de Mme de Motleville. tome III, p. 33o et 33 1.
3. Mémoires de Mme de Motleville, tome III, p. 3gi et /J45. Comparez ceux de Montglat, tome II, p. 3oi.
SUR LA ROCHEFOUCAULD. xlix
Nous voilà de plus en plus loin des débuts de l'illustre duchesse. Si la Rochefoucauld a donné le premier coup de fouet à cette nature audacieuse et remuante, il n'a pas gardé bride en main pour la retenir ou l'exciter à son gré ; naguère, en i65o, quand il signait à Bourg son accommodement, la lière princesse demeurait à Stenay, inexpugnable ; à présent, tandis que Monsieur le Prince lui-même hésite à jeter le gant une seconde fois, tandis que nous le voyons quitter, un moment, Paris pour se retirer à Saint-Maur, puis revenir anxieux de Saint-Maur à Paris, c'est sa sœur qui, prenant toute l'initiative, précipite les choses ; c'est elle qui répète, envers et contre tous, le cri forcené des Ligueurs dans la Satire Mènippèe : Guerra ! Guerra ! Ni Bouillon, ni la Rochefoucauld, qui, selon le mot de Matha rapporté par Retz1, « faisoit tous les matins
une brouillerie, et tous les soirs travaillait à un rabien-
nement (raccommodement), » ne sont à la hauteur de cette constance féminine, bien que le même Retz nous parle encore (juillet i65i) du « pouvoir absolu » que le duc avait sur l'esprit de Mme de Longueville2. Les Mémoires de ce dernier contiennent, à cette occasion, un passage fort remarquable, rempli de philosophie et de vérité, et où plus d'une maxime se trouve en germe. Bouillon et lui, nous dit-il, « venoient d'éprouver à combien de peines et de difficultés insurmontables on s'expose pour soutenir une guerre civile contre la présence du Roi ; ils savoient de quelle infidélité de ses amis on est menacé lorsque la cour y attache des récompenses et qu'elle fournit le prétexte de rentrer dans son devoir ; ils connoissoient la foiblesse des Espagnols, combien vaines et trompeuses sont leurs promesses, et que leur vrai intérêt n'étoit pas que Monsieur le Prince ou le Cardinal se rendit maître des affaires, mais seulement de fomenter le désordre entre eux pour se prévaloir de nos divisions3. » Pour un homme qui avait déjà traité avec l'Espagne, et qui devait bientôt se rendre coupable de récidive, c'était montrer beaucoup de sagesse dans le raisonnement pour en mettre ensuite bien peu dans les actes : l'histoire est pleine de ces contradictions.
i. Mémoires de Retz, tome III, p. 36i.