du beau monde. » (Edition de i6g
3. Dans l'édition de i6g3, le commencement de ce passage est ainsi développé : « C'est d'un des plus beaux esprits de l'antiquité dont parle cet auteur; aussi, dans le petit nombre des favoris du Prince, il fut choisi pour être comme l'arbitre de la politesse et des plaisirs de sa cour. Les ouvrages qui nous restent de lai, et qui ne sont que des fragments, font voir combien l'air aisé, naturel, et comme négligé, en parlant et en écrivant, a de grâces et d'agréments, au
lieu que cette jeunesse » — Tacite parle de C. Petronius, que plusieurs
commentateurs ont identifié, comme le fait cette variante de l'édition de 1693, avec le fameux Titus Petronius Arbiter, auteur du Satiricon. Burnouf, dans une note du tome III de sa traduction (p. 55g), dit à propos de ce passage des Annales : « On peut voir dans l'Histoire de la littérature romaine, de Schœll, tome II, et dans celle de Bashr, £ 27a et suivants, les diverses conjectures des savants. Ceux qui soutiennent lidentité ont pour eux les mots de Tacite : elegantix arbiter, s'il est vrai que Pétrone ait dû son surnom à ce qu'il était chez le Prince l'arbitre des plaisirs et du goût »
4. « a toujours je ne sais quoi de contraint, de froid, de sec, de languissant, et qu'on ne trouve jamais » (Edition de 1693.)
5. « ces beautés vives, fortes, sublimes, ce don d'écrire facilement et noblement. » (Ibidem.) — L'édition de 1693 arrête la phrase à noblement, supprime les deux citations qui suivent, et passe à : « Voilà ce que je pense de l'ouvrage »
6. Ces vers, pour lesquels l'édition de i665 nous renvoie, en marge, au XVIIe chant de la Jérusalem délivrée, se trouvent au chant XVI de ce poëme, strophe x, dans la description des jardins d'Armide. Le vrai texte du second vers :
Sol naturali e gli ornamenti e i siti.
DISCOURS SUR LES MAXIMES. 35q
La nature, en formant tous les traits au hasard, Sait si bien imiter la justesse de l'art,
Que l'œil, trompé d'une douce imposture, Croit que c'est l'art qui suit l'ordre de la nature1.
Voilà ce que je pense de l'ouvrage en général; mais je vois bien que ce n'est pas assez pour vous satisfaire, et que vous voulez que je réponde plus précisément aux difficultés que vous me dites2 quo l'on vous a faites. Il me semble que la première est celle-ci : que les Réflexions détruisent toutes les vertus. On peut dire à cela que l'intention de celui qui les a écrites paroîl ■ fort éloignée de les vouloir détruire : il prétend seulement faire voir qu'il n'y en a presque point de pures dans le monde, et que, dans la plupart de nos actions, il y a un mélange d'erreur et de vérité, de perfection et d'imperfection, de vice et de vertu ; il regarde le cœur de l'homme corrompu, attaqué de l'orgueil et de l'amour-propre *■, et environné de mauvais exemples, comme le commandant d'une ville assiégée 3 à qui l'argent a manqué : il fait de la monnoie de cuir et de carton; cette monnoie a la figure de la bonne, on la débite pour le même prix, mais ce n'est que la misère et le besoin qui lui donnent cours parmi les assiégés. De même, la plupart des actions des hommes que le monde prend pour des vertus n'en ont bien souvent que l'image et la ressemblance ; elles ne laissent pas néanmoins d'avoir leur mérite et d'être dignes, en quelque sorte, de notre estime, étant très difficile d'en avoir humainement de meilleures6. Mais quand il seroit vrai qu'il croiroit qu'il n'y en auroit aucune de véritable " dans l'homme, en le considérant dans un état purement naturel8, il ne seroit pas le
i . Nous avons vainement cherché l'auteur de ces vers assez bien tournés, et qui rendent assez exactement la pensée, sinon les mots du Tasse. Seraient-ils de l'auteur même du Discours? On pourrait le croire, s'ils n'étaient supprimés dans l'édition de i6g3. En tout cas, voici la traduction littérale du passage italien : « Vous diriez, tant la recherche se mêle à un certain air négligé, que les ornements et les points de vue sont tout à fait naturels. C'est comme un art de la nature que son imitatrice a reproduit en se jouant. »