de la république romaine. » {Édition de i6g
généraux, qu'il est difficile de les restreindre dans les sentences, sans leur ôter tout le sel et toute la force ; il me semble, outre cela, que l'usage nous fait voir que, sous des expressions générales, l'esprit ne laisse pas de sous-entendre de lui-même des restrictions. Par exemple, quand on dit : « Tout Paris fut au-devant du Roi; toute la cour est clans la joie, » ces façons de parler ne signifient néanmoins ' que la plus grande partie. Si vous croyez que ces raisons ne suffisent pas pour fermer la bouche aux critiques, ajoutons-y que quand on se scandalise si aisément des termes d'une censure générale, c'est à cause qu'elle nous pique trop vivement dans l'endroit le plus sensible du cœur2.
Néanmoins, il est certain que nous connoissons, vous et moi, bien des gens qui ne se scandalisent pas de celle des Réflexions*, j'entends de ceux qui ont l'hypocrisie en aversion, et qui avouent de bonne foi ce qu'ils sentent en eux-mêmes et ce qu'ils remarquent dans les autres. Mais peu de gens sont capables d'y penser, ou s'en veulent donner la peine, et si, par hasard, ils y pensent, ce n'est jamais sans se flatter. Souvenez-vous, s'il vous plaît, de la manière dont notre ami Guarini '* traite ces gens-là :
Huomo sono, e mi preggio d'esser humano ;
E teco, che sei huomo,
E ch' altro esser non puoi.
Corne huomo parlo di cosa humana, E se di cotai nome forse ti sdegni,
Guarda, garzon superbo,
Che, net dishumanarti, Non divenghi una fiera, anzi ch' un dio'A.
Voilà, Monsieur, comme il faut parler de l'orgueil de la nature
i. L'édition de i6g3 supprime néanmoins.
2. « .... c'est peut-être à cause qu'elle nous pique trop vivement et qa'el'e s'adresse trop à nous. » (Édition de i6o3.) — Voyez les maximes 5 17 et 5 ad.
3. « qui ne se scandalisent pas des Hi-flexions. y> (Edition de i6g3.)
4. Édition de 1703: a de la manière dont le poète Guarin. » — On
trouve la même variante dans l'édition d'Amelot de la Houssaye, mais avec Guarini, au lieu de Guarin. Le texte de 1705 donne ensuite les vers italiens tels qu'ils ont été imprimés en 1660; celui d'Amelot les a corrigés, comme nous le faisons nous-même dans la note suivante.
5. On lit à la marge, dans l'édition de iGGô, d'abord cette indication : Guarini, Pastor fido, act. I, scena I (vers 208-ai/i) ; puis:
Homo sum; humani nihil a me alienum puto.
(Térence, Heautontimorumenos, acte I, scène i, vers 77.)
Nous avons reproduit la citation de Guarini telle qu'elle se lit dans l'édition
humaine ; el au lieu de se fâcher1 contre le miroir qui nous fait voir nos défauts, au lieu de savoir mauvais gré à ceux qui nous les découvrent, ne vaudroit-il pas mieux nous servir îles lumières qu'ils nous donnent pour connoitre l'amour-propre et l'orgueil2, et pour nous garantir des surprises continuelles qu'ils font à notre raison ? Peut-on jamais donner assez d'aversion3 pour ces deux vices, qui furent les eau es funestes de la révolte de notre premier père, ni trop décrier ces sources malheureuses de toutes nos misères4?
Que les autres prennent donc comme ils voudront les Réflexions morales: pour moi, je les considère comme peinture8 ingénieuse de toutes les singeries du faux sage. Il me semble que, dans chaque trait, l'am<nir de la vérité lui ôte le masque et le montre tel qu'il est0. Je les regarde7 comme des leçons d'un maître qui entend parfaitement l'art de connoitre les hommes, qui démêle admirablement bien tous les rôles s qu'ils jouent dans le monde, et qui, non-seulement nous fait prendre garde aux différents caractères des personnages du
de i665, et sans changer ni la coupe des vers ni la vieille orthographe. L'auteur du Discours ciiaii sans doute de mémoire : au moins n avons-nous trouvé dans aucune édition, soi! ancienne, soit moderne, les variantes qu'il a introduites dans ce passage ; partout ces vers sont donnés de la manière suivante, sans autres différences que celles que le temps a amenées dans l'orthographe :
Uomo sono, e mi pregio D'esser' umano ; e teco, che set uomo O che più tosto esser dovresti, parlo Di cosa umana; e se di cotai nome
Forse ti sdegni, guarda
Clie nel disumanarti Non divenghi una fera, anzi che un dio.
« Je suis homme, je suis fier de l'être, et je parle d'une chose humaine à toi qui es homme aussi, ou qui plutôt devrais l'être. Que si tu dédaignes un tel titre, prends garde, en reniant l'humanité, de devenir une hrute, au lieu d'un dieu. » — L'édition de ié.g3 supprime la citation de Guarini, et la remplace ainsi par la traduction libre, ou plutôt par l'appropriation au sujet, du vers de ïerence : « Souvenez-vous, s il vous plaît, du mot de Térence : Je suis homme, et je ne prétends pas être exempt des défauts qui sont attachés à la nature humaine. »
i. a Voilà, Monsieur, comme il faut parler; et au lieu de se fâcher »
(Edition de i6g3.)
2. « .... pour connoitre notre amour-propre et notre orgueil. » (Ibidem.')