Maxime
La Rochefoucauld, i a5
rament, de sorte que, quand nous consentirons que vous mettiez de l'égalité entre les deux sexes, nous ne vous ferons pas d'injustice pour nous faire grâce. 11 est même bien plus ordinaire aux femmes de s'opposer à leur tempérament qu'aux hommes, lorsqu'elles l'ont mauvais, parce que la bienséance et la honte les y forceroient J , quand même leur vertu et leur raison ne les y obligeroient pas. Voici2 les trois de vos Maximes que j'aime le mieux et qui m'ont le plus charmée :
« Il ne faudroit point être jaloux quand on nous donne sujet de l'être : il n'y a que les personnes qui évitent de donner de la jalousie qui soient dignes qu'on en ait pour elles3. »
« La fortune fait paroître nos vertus et nos vices comme la lumière fait paroître les objets 4. «
« La violence qu'on se fait pour demeurer fidèle à ce qu'on aime ne vaut guère mieux qu'une infidélité5. »
Je vous avoue, Monsieur, que, quoique vos Maximes soient trèsbelles, ces trois-là me paroissent incomparables, et qu'on ne sait à qui donner le prix, ou au sens ou à l'expression. Mais comme vous m'avez engagée àvous parler franchement, trouvez bon que jevousdise que je n'entends pas bien votre première maxime6, où vous dites : « L'accent du pays où on est né demeure dans l'esprit et dans le cœur comme dans le langage. » Je crois que cela est fort bien et fort juste; mais je ne connois point ces accents qui demeurent dans l'esprit et dans le cœur1. Je crois que c'est ma faute de ne les entendre ni de ne les pas sentir, et cette maxime me fait connoître ce que vous dites dans la quatrième, que les occasions nous font connoître aux autres et à nous-mêmes*.
Cette autre maxime, où vous dites que l'on perd quelquefois des personnes qu'on regrette plus qu'on n'en est affligé, et d'autres dont on est affligé quelque temps et qu'on ne regrette guère9, n'est pas à mon usage ;
i. Dans la maxime 220, la Rochefoucauld convient lui-même que la honle fait souvent la vertu des femmes.