‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 342 sur 469 · V. Cousin supprime le reste de l'alinéa · texte numérisé non relu

V. Cousin supprime le reste de l'alinéa

MADAME DE ROHAN, ABBESSE DE MALNOUE, A MONSIEUR LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD [1674]'.

Je vous renvoie vos Maximes, Monsieur, en vous rendant2 mille et mille grâces très-humbles. Je ne les louerai point comme elles méritent d'être louées, parce que je les trouve trop au-dessus de mes louanges. Elles ont un sens si juste et si délicat, quoiqu'il soit quelquefois un peu détourné3, qu'il ne faudroit pas moins de délicatesse pour vous dire ce qu'on en pense *, qu'il vous en a fallu pour les faire. Vous avez une lumière si vive pour pénétrer le cœur de tous les hommes qu'ilsemble qu'il n'appartienne qu'à vous de donner un jugementéquitable sur le mérite ou le démérite de tous ses mouvements, avec cette différence pourtant, qu'il me semble, Monsieur, que vous avez encore mieux pénétré celui des hommes que celui des femmes; car je ne puis 3, malgré la déférence que j'ai pour vos lumières, m'empêcher de m'opposer un peu à ce que vous dites, que leur tempérament fait toute leur vertu0, puisqu'il faudroit conclure de là que leur raison leur seroit entièrement inutile. Et quand même il seroit vrai qu'elles eussent quelquefois les passions plus vives que les hommes, l'expérience fait assez voir qu'elles savent les surmonter contre leur tempé-

1. Extrait du tome XIII, in-4°, des Papiers de Conrarl, p. 1 1 83 et suivantes. — L'abbé Brotier a publié le premier cette pièce (1789, p. 1 9 1- 1 96), sous le titre de Lettre d'une dame au duc de la Rochefoucault ; Duplessis (i853, p. 291-294) et V. Cousin (Madame de Sablé, p. 168-172) l'ont reproduite après lui. Brotier n'indique pas d'où il l'a tirée; il ajoute seulement (p. 260) qu'il la croit de Mme de Rohan, abbesse de Malnoue. Ce qu'il croyait, nous en sommes sûr aujourd'hui, car c'est sous le nom de Mme de Rohan que se trouve cette remarquable lettre, copiée de la main même de Conrart, dans le précieux recueil de la bibliothèque de l'Arsenal. Nous avons suivi le texte de cette copie, en notant les leçons différentes de Brotier, de Duplessis et de V. Cousin. — Pour la date, voyez la note 6 de la page suivante. — Marie-Éléonore de Rohan, abbesse de la Trinité de Caen, puis de Malnoue, près de Paris, était fille de la célèbre duchesse de Montbazon, sœur consanguine de la non moins célèbre duchesse de Chevreuse, et nièce de Mlle de Vertus (voyez p. ij!i, note 1). Elle a laissé divers ouvrages de piété, et son Portrait écrit par elle-même, pour le recueil de Mademoiselle de Montpensier. Elle mourut à Paris, dans la communauté bénédictine du Cherche-Midi, le 8 avril 1681, à l'âge de cinquante-trois ans.

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