POUR M. L. D. D. L. R
Un homme qui s'aimoit sans avoir de rivaux Passoit dans son esprit pour le plus beau du monde. Il accusoit toujours les miroirs d'être faux, Vivant plus que content dans son erreur profonde. Afin de le guérir, le sort officieux
Présentoit partout à ses yeux Les conseillers muets dont se servent nos dames : Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands,
Miroirs aux poches des galants,
Miroirs aux ceintures des femmes3.
Que fait notre Narcisse * ? Il se va confiner Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer, N'osant plus des miroirs éprouver l'aventure; Mais un canal, formé par une source pure,
Se trouve en ces lieux écartés ; Il s'y voit, il se fâche, et ses yeux irrités Pensent apercevoir une chimère vaine.
Il fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau ;
Mais quoi? le canal est si beau,
Qu'il ne le quitte qu'avec peine.
On voit bien où je veux venir.
Je parle à tous, et cette erreur extrême
i . Livre I, fable xi.
2. Telle est la seconde ligne de titre dans toutes les éditions qui ont été publiées du vivant de la Fontaine, et dont la première est de 1668. Ces initiales et le derniers vers de la fable désignaient assez clairement l'auteur des Maximes.
3. Voyez la Place royale de Corneille, acte II, scène n, après le vers 377. k. Voyez, plus loin, la Réponse à l' Amour-propre, par le marquis de Saint-
Aulaire, p. 4i2.
4oo APPENDICE.
Est un mal que chacun se plait d'entretenir. Notre âme, c'est cet homme amoureux de lui-même; Tant de miroirs, ce sont les sottises d'autrui, Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes ; Et quant au canal, c'est celui Que chacun sait : le livre des Maximes.