CCXXXIII
Ms. aut. — H y a une espèce d'hypocrisie dans les afflictions ; car, sous prétexte de pleurer une personne qui nous est chère, nous pleurons les nôtres, c'est-à-dire la diminution de notre bien, de notre plaisir, ou de notre considération. De cette manière, les morts ont l'honneur des larmes qui coulent pour les vivants. J'ai dit que c'est une espèce d'hypocrisie, parce que, par elle, l'homme se trompe seulement lui-même. Il y en aune autre, qui n'est pas si innocente, et qui impose à tout le monde : c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d'une belle et immortelle douleur. Car le temps, qui consomme tout, l'ayant consommée, elles ne laissent pas d'opiniàtrer leurs pleurs, leurs plaintes et leurs soupirs; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader, par toutes leurs actions, qu'elles égaleront la durée de leur déplaisir à leur propre vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve pour l'ordinaire dans les femmes ambitieuses, parce que, leur sexe leur fermant tous les chemins à la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et s'efforcent à se rendre célèbres par la montre d'une inconsolable douleur. Outre ce que nous avons dit, il y a encore quelques autres espèces de larmes qui coulent de certaines petites sources, et qui, par conséquent, s'écoulent incontinent : on pleure pour avoir la réputation d'être tendre; on pleure pour être pleuré, et on pleure enfin de honte de ne pas pleurer.
Ms. i663. — Conforme au manuscrit autographe, sauf ces variantes : «ou de notre considération, en la personne que nous pleurons. De cette manière, les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour ceux qui les pleurent. J'ai dit que c'étoit » ; « la durée de leurs pleurs à leur propre vie » ; « tous chemins à la gloire » ; m et se forcent à se rendre célèbres »; « d'être tendres », et la faute « afin » pour « enfin ».
Edit. 1664. — Il y a une espèce d'hypocrisie dans les afflictions; car, sous prétexte de pleurer une personne qui nous est chère, nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, de notre considération, en la personne que nous avons perdue. De cette manière les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour ceux qui les pleurent. J'ai dit que c'étoit une espèce d'hypocrisie, parce que par elle l'homme se trompe seulement lui-même. Il y en a une autre, qui n'est pas si innocente, et qui impose à tout le monde : c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d'une belle et immortelle douleur. Car le temps, qui Consomme tout, ayant consommé ce qu'elles pleurent, elles ne laissent pas d'opiniàtrer leurs pleurs, leurs plaintes, et leurs soupirs : elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader, par toutes leurs actions, qu'elles égaleront la durée de leurs pleurs à leur propre vie. Cette triste...1.
Ms. aut. — Nous ne sommes pas difficiles à consoler des disgrâces de nos amis, lorsqu'elles servent à nous faire faire quelque belle action.
I. Le texte de toute la suite de a maxime est conforme à celui du manuscrit autographe; seulement la dernière phrase • « Outre ce que... », forme une seconde maxime dans l'impression de lGG4»
Ms. i6T>3. — Conforme au manuscrit autographe, sauf ces variantes : «point difficiles »; « lorsqu'elles aident à », et « quelques belles actions. »
Ms. aut. — Qui considérera superficiellement tous les effets de la bonté qui nous fait sortir de nous-méme, et qui nous immole continuellement à l'avantage de tout le monde, sera tenté de croire que, lorsqu'elle agit, l'amour-propre s'oublie et s'abandonne lui-même, et même qu'il se laisse dépouiller et appauvrir sans s'en apercevoir, en sorte qu'il semble que la bonté soit la niaiserie et l'innocence de l'amour-propre. Cependant la bonté est en effet le plus prompt de tous les moyens dont l'amourpropre se sert pour arriver à ses lins; c'est un chemin dérobé par où il revient à lui-même plus riche et plus abondant ; c'est un désintéressement qu'il met à une furieuse usure; c'est enfin un ressort délicat avec lequel il remue, il dispose et tourne tous les hommes en sa faveur.
Ms. i663. — Conforme au manuscrit autographe, sauf ces variantes : « en sorte qu"il semble que l'amour-propre soit la dupe de la bonté. Cependant la bonté est en1 effet le plus propre de tous les moyens dont », et « avec lequel il réunit, il dispose »'-.
Edit. 16(1.4. — Conforme au manuscrit autographe, sauf ces variantes, dont trois reproduisent le texte de i663 : « tous les efforts de la bonté qui » ; « en sorte qu'il semble que l'amour-propre soit la dupe de la bonté. Cependant »; « le plus propre de tous les moyens dont », et « avec lequel il réunit, et dispose et tourne tous les hommes en sa faveur. »