‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 41 sur 469 · Mémoires de Gourville, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Gourville, p

ini NOTICE BIOGRAPHIQUE

nérale et le discrédit. Des héros de la veille, les uns se sont aussitôt rangés aux côtés du monarque, les autres, les plus compromis, ont d'abord reçu l'ordre d'aller dans leurs terres, et les esprits comme les temps sont si bien changés, que ces mêmes seigneurs qui naguère, au moindre froissement d'amour-propre, pensaient punir le pouvoir en se retirant avec hauteur dans leurs gouvernements ou leurs fiefs, se regardent à présent comme trop punis d'y rester ; aussi ont-ils hâte d'être pardonnes, de revenir à la source des faveurs, de quêter un regard du maître, de se trouver, dit le fabuliste,

Au coucher, au lever, à ces heures

Que l'on sait être les meilleures1.

Le prince de Condé est rentré en France depuis deux ans; il a désavoué le passé devant le Roi, qui lui a fait bon accueil, se bornant à lui dire fièrement : « Mon cousin, après les grands services que vous avez rendus à ma couronne, je n'ai garde de me ressouvenir d'un mal qui n'a apporté de dommage qu'à vous-même2. » Monsieur le Prince n'a plus cette morgue hautaine et ce ton de raillerie blessant qui avaient rebuté jadis jusqu'à ses amis les plus chauds. Il s'efface devant le Roi et les ministres; au Conseil, où son rang lui donne place, c'est à peine s'il émet une opinion, et surtout s'il ose la soutenir, à moins de la savoir approuvée3.

i. La Fontaine, livre VII, fable xn : l'Homme qui court après la Fortune et l'Homme qui l'attend dans son Ut, vers 3g et l\o.

2. Histoire de Louis de Bourbon, prince de Condé, par Pierre Coste, dans les Archives curieuses de l'Histoire de France, 2de série, tome VIII, p. a5o. — Cette histoire, imprimée, pour la première fois, à Amsterdam, en 1692, est suivie d'une série de portraits des hauts personnages du temps.

3. La duchesse de Châtillon, une ancienne amie des mauvais jours, lui ayant reproché une fois de ne pas tenir son rang, il lui répondit : « Madame, je n'ignore pas ce que vous venez de me représenter, et assurément je n'ai pas besoin qu'on m'invite à faire valoir l'autorité qui est due à ma naissance ; j'y serois assez porté de moi-môme, si le Roi étoit moins jaloux de son pouvoir et moins heureux qu'il n'est ; mais aussi, Madame, si vous connoissiez son humeur comme je la connois, vous me parleriez d'une autre manière que vous ne faites. » (Pierre Coste, ibidem, p. a5i.)

SUR LA ROCHEFOUCAULD. i.xi.i

En son particulier, Condé continue, suivant l'expression de Sully, le bon ménage de son père. « Il prend connoissance exacte de tout ce qui se passe dans sa maison, et, après la grande alliance qu'il a faite de son fds unique avec une princesse de la famille Palatine, il ne pense plus qu'à leur amasser de quoi fournir à l'illustre dépense qui se fait dans cette relatante maison ' .

Le duc d'Orléans, cet autre héros de la Fronde, est mort (1660) à 1 âge de cinquante-deux ans, dans une fervente contrition du passé2. Retiré à Blois et continuant de suivre les sentiments et les goûts de ceux qui étaient auprès de lui, il s'était modestement attaché à la botanique et à la connaissance des médailles : « occupations peu convenables à un prince, » ajoute naïvement l'auteur de Y Histoire de Condé3.

Le prince de Contv, marié à une nièce de Mazarin, ne se montre pas moins doux et moins débonnaire; il a seulement conservé de sa jeunesse des goûts qui rappellent son premier état d'homme d'Église. « Il est très-savant en toute sorte de sciences, et s'est fait admirer publiquement dans la plus célèbre assemblée de l'Académie par son grand esprit et pour sa capacité à traiter des plus hautes matières de la théologie*. » Il publiera sous son propre nom, dans quelques années (1667), un livre des plus édifiants sur les Devoirs des grands. Surtout l'auteur contemporain ne tarit pas sur la vertu et la salutaire influence de sa femme : « Par elle, il a sauvé la vie à un million de personnes pendant la famine, et a contribué au salut de plusieurs âmes qu'elle a attirées à l'odeur de la vertu ; si bien que ce prince et cette princesse sont aujourd'hui les vrais miroirs de la piété dans la grandeur et dans les richesses \ » Voilà certes un genre de gloire auquel n'avait point visé tout d'abord l'adorateur de Mlle de Chevreuse, le lieutenant de la Fronde en Guyenne.

Mme de Longueville, de son côté, étonne le monde par son

1. Archives curieuses de l'Histoire de France, les Portraits de la cour, au tome cité, p. 38g.

2. Voyez les Mémoires de Mme de Motteville, tome IV, p. 178-180.

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