Ibidem, p. 3gi et
lxiv NOTICE BIOGRAPHIQUE
esprit de pénitence ; elle a prouvé d'abord en revenant auprès de son mari, que nul sacritice, si pénible qu'il fût, ne coûtait à son repentir. Cette année même, 1662, elle vient de faire sa confession générale à M. Singlin '. Elle mettra autant d'ardeur à donner à Dieu la seconde moitié de sa vie qu'elle en a mis à donner aux hommes la première ; elle conduira la piété « à tambour battant2, a comme elle a jadis conduit l'amour et l'ambition, et bientôt elle méritra d'être vantée pour son austère vertu3.
Mademoiselle, dont le canon de la Bastille a tuè le mari1" et qui a refusé d'épouser le roi d'Angleterre, s'est tournée aux
belles-lettres. Son humeur est toujours « impatiente. Il est
difficile, lisons-nous dans les Portraits précités3, que son cœur altier se puisse soumettre à la domination d'un homme, quelque noble, quelque puissant qu'il puisse être. »
Retz, obligé de donner sa démission d'archevêque de Paris, s'est retiré (1662), en exil, dans sa seigneurie de Gommercy. Comme la Rochefoucauld, n'ayant pu être homme d'État, il deviendra, par pis aller, un grand écrivain.
La maison de Vendôme est venue, elle aussi, à résipiscence. Le duc César jouit d'une grande faveur; son fils aîné ne se mêle plus d'intrigues; il passe le temps fort en repos, dans son gouvernement de Provence ; la survivance de la grand' maîtrise de la navigation a été accordée au second fils de César, le fameux Beaufort ; l'ancien roi des Halles commande maintenant les vaisseaux de Sa Majesté contre les pirates de Tunis et d'Alger.
1. Voyez le Supplément au Nécrologe de l'abbaye de Notre-Dame de Port-Royal, 1 735, in-4°, p. 1 37 et suivantes, Retraite de Mme la duchesse de Longueville.
2. C'est l'expression de Henri-Louis de Loménie, comte de Brienne, dans ses Mémoires (édition de 1828, tome II, p. 24a); il ajoute méchamment (p. 243 et 244) que « M. Arnauld, son directeur, étant devenu son amant spirituel, elle en étoit folle, comme elle l'avoit été, en d'autres temps, du duc de la Rochefoucauld. »
.">. Voyez les Mémoires de Mademoiselle, tome IV, p. 271. '1. D'après le mot communément prêté à Mazarin : voyez Y. Cousin, Madame de Longueville pendant la Fronde, p. i5p,. 5. Arcliives curieuses, ibidem, p. 3o,4-
SUR LÀ ROCHEFOUCAULD. ixv
La maison de la Tour n'est pas moins obéissante ; le duc de Bouillon est mort ; son cadet, Turenne, ne songe plus qu'à battre les ennemis du Roi, qu'à rivaliser de gloire militaire avec Gondé.
Ainsi tous ces Frondeurs, repentis, résignés, ont commencé une vie nouvelle. Les équipées d'autrefois, on s'efforce de les oublier : « c'est, dit encore en parlant de Mademoiselle l'auteur des Portraits de la cour, une faute de jeunesse, à laquelle il n'y a plus de remède1. »
La Rochefoucauld, plus que nul autre, a rompu avec le passé ; il aura désormais « cette morale des honnêtes gens, » qu'il n'avait pas eue jusque-là 2 ; à l'écart des brigues comme des honneurs, il va rentrer dans sa vraie nature. Cette seconde partie de sa vie, pour être paisible, ne sera point vide; tout intime et toute retirée, elle justifiera ce mot d'un personnage du Grand Cyrus 3, que « rien n'occupe davantage qu'une longue oisiveté. »
A l'époque où le duc prenait sa retraite forcée des intrigues, la littérature n'était pas moins changée que le reste ; Corneille, Descartes, Pascal avaient rempli la première moitié du dix-septième siècle ; l'auteur du Cid, après la Fronde, est sur son déclin4 ; Descartes est mort, en Suède, depuis douze années ; quant à Pascal, il s'éteint, en 1662, à Port-Royal, où il s'était retiré dès i654. La seconde période littéraire du siècle est ouverte : Bossuet a commencé de prêcher devant Louis XIV (1662), dans la chapelle du Louvre ; il a prononcé,
1. Comparez les Mémoires du marquis de la Fare, p. i5i. — -La Rochefoucauld semble avoir exprimé toute la philosophie de ce renoncement dans sa 19e réflexion diverse : De la retraite : voyez ci-après, p. 345.