‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 441 sur 469 · MORCEAUX CRUS INÉDITS · texte numérisé non relu

MORCEAUX CRUS INÉDITS

avec quelque aigreur qu'il s'étonnoit de le voir passer si promplement d'un sentiment à un autre tout contraire : à quoi Monsieur de Luçon répondit ces propres paroles, que les nouvelles rencontres1 demandent de nouveaux conseils. Mais jugeant bien par là qu'il avoit déplu au maréchal, il résolut de chercher les moyens de le perdre ; et un jour que Déageant2 l'étoit allé trouver pour lui faire signer quelques expéditions, il lui dit qu'il avoit une affaire importante à communiquer à M. de Luynes 3, et qu'il souhaitoit de l'entretenir. Le lendemain, M. de Luynes et lui se virent, où * Monsieur de Luçon lui dit que le maréchal d'Ancre étoit résolu de le perdre , et que le seul moyen de se garantir d'être opprimé par un si puissant ennemi étoit de le prévenir. Ce discours surprit, beaucoup M. de Luynes, qui avoit déjà pris cette résolution, ne sachant si ce conseil qui lui étoit donné par une créature du maréchal 5 n'étoit point un piège pour le surprendre et pour lui faire découvrir ses sentiments. Néanmoins Monsieur de Luçon lui fit paroître tant de zèle pour le service du Roi et un si grand attachement 6 à la ruine du maréchal, qu'il disoit être le plus grand ennemi de l'État, que M. de Luynes, persuadé de sa sincérité, fut sur le point de lui découvrir son dessein, et de lui communiquer le projet qu'il avoit fait de tuer le maréchal ; mais, s'étant retenu alors de lui en parler, il dit à Déageant la conversation qu'ils avoient eue ensemble et l'envie qu'il avoit de lui faire part de son secret : ce que Déageant désapprouva entièrement, et lui fit voir que ce seroit donner un moyen infaillible à Monsieur de Luçon de se réconcilier, à ses dépens, avec le maréchal, et de se joindre plus étroitement que jamais avec lui, en lui découvrant une affaire de cette conséquence : de sorte que la chose s'exécuta, et le maréchal d'Ancre fut tué,

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