Rencontres au sens de « circonstances
2. Dans le manuscrit : du Agent. — Guichard Déageant de Saint-Marcellin, mort en i6?9 (selon Moréri), commis du contrôleur général, « homme d'esprit habile et de facile conscience.... que le sieur de Luynes avnit débauché, » dit Bazin dans son Histoire de France sous Louis XIII, tome I, p. 382 et 3o3. 11 eut une part active aux intrigues de la cour dans les premières années du règne.
3. Le célèbre favori de Louis XIII, Charles d'Albert, duc de Luynes (1619), connétable de France (avril 1621), né en 1378, mort en décembre 1621.
4. C'est-à-dire, « dans laquelle entrevue, et dans celte entrevue », tournure fort claire, mais à remarquer et à mettre au Lexique dans l'article de l'adverbe conjonctif On.
5. " La maréchale d'Ancre, dit Bazin (au tome cité, p. 276), goûtait fort Richelien, et le maréchal l'avait, dit-on, plusieurs fois désigné comme un habile homme qui en savait plus déjà que o tous les barbons » du vieux ministère. »
6. Emploi à noter du mot attachement et à joindre au Lexique,
sans que Monsieur de Luçon en eût connoissance1. Mais les conseils qu'il avoit donnés à M. de Luynes, et l'animosité qu'il lui avoit témoigné d'avoir contre le maréchal le conservèrent, et firent que le Roi lui commanda de continuer d'assister au Conseil2, et d'exercer sa charge de secrétaire d'Etat, comme il avoit accoutumé : si bien qu'il demeura encore quelque temps à la cour, sans que la chute du maréchal qui l'avoit avancé nuisît à sa fortune. Mais, comme il n'avoit pas pris les mêmes précautions envers les vieux ministres qu'il avoit fait auprès de M. de Luynes, M. de Villeroy 3 et M. le président Jeannin 4, qui virent par quel biais il entroit dans les affaires, firent connoître à M. de Luynes qu'il ne devoit pas attendre plus de fidélité de lui qu'ii en avoit témoigné pour le maréchal d'Ancre, et qu'il étoit nécessaire de l'éloigner, comme une personne dangereuse et qui vouloit s'établir par quelques voies que ce pût être : ce qui fit résoudre M. de Luynes à lui commander de se retirer à Avignon5. Cependant la Reine, mère du Roi, alla à Blois, et Monsieur de Luçon, qui ne pouvoit souffrir de se voir privé de toutes ses espérances, essaya de renouer avec M. de Luynes, et lui fit offrir que, s'il lui permettoit de retourner auprès de la Reine, qu'il se serviroit du pouvoir qu'il avoit sur son esprit pour lui faire chasser tous ceux qui lui étoient désagréables, et pour lui faire faire toutes les choses que M. de Luynes lui prescrirait Cette proposition fut reçue, et Monsieur de Luçon, retournant, pro-
1. C'est ce que Bazin confirme dans son Histoire (tome I, p. 299), de manière à écarter absolument tout le soupçon de cette espèce de complicité qu'on avait voulu donner à Richelieu « dans la mort du maréchal d'Ancre, sur la foi de quelques mémoires. »
2. Richelieu « ne réitéra pas, dit Bazin (ibidem, p. 2û5), la tentative de reparaître au Conseil. Après y avoir fait une fois acte de présence, il s'effaça prudemment devant les gens du nouveau pouvoir, laissant en doute s'il était maintenu ou renvoyé. » Voyez encore au même tome, p. 298-299.
3. Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, d'Alincourt, etc., né en i54a, mort en 1617, était alors secrétaire d'État. Il l'avait été sous Henri IV, Henri III, et, dès l'âge de vingt-quatre ans , sous Charles IX. L'évèque de Luçon lui avait été donné pour adjoint dans sa charge en novembre 1616: voyez Bazin, tome 1, p. 277.
4. Pierre Jeannin, né en l540, mort en 1622, président au parlement de Dijon, ancien ministre de Henri IV. La Reine mère lui avait ôté, en mai 1616, le contrôle général des finances.
5. L'ordre d'exil à Avignon est du 7 avril 1618, et postérieur de près d'un an à la retraite delà Reine mère à Blois (3 mai 1617), où Richelieu, comme il nous l'apprend /ui-mèine (Mémoires, tome l, livre viii, p. 1 7 l ) , l'accompagna. « J'en voulus avoir, dit-il, une permission expresse du Roi par écrit. » Le prélat fut rappelé et chargé d'une négociation auprès de Marie de Médicis, un an après, en avril 1619. Pour toute sa conduite après le meurtre du maréchal d'Ancre et les événements de sa vie durant la période dont il s'agit ici, voyez ses Mémoires à l'endroit cité, et l'Histoire de Bazin, au tome I, p. 3o6, 328 et 329, 341 et 342, 35i.
MORCEAUX CRUS INEDITS. 97
duisit l'affaire du Pont-de-Cé1, en suite de quoi il fut fait cardinal, et commença d'établir les fondements de la grandeur où il est parvenu2.
LE COMTE d'haBCOURt'.j (Fol. 55 r° et y" du ms.)
Le soin que la fortune a pris d'élever et d'abattre le mérite des bommes, est connu dans tous les temps, et il y a mille exemples du droit qu'elle s'est donné de mettre le prix à leurs qualités, comme les souverains mettent le prix à la monnoie, pour faire voir que sa marque leur donne le cours qu'il lui plaît4. Si elle s'est servie des talents extraordinaires de Monsieur le Prince et de M. de Turenne pour les faire admirer, il paroît qu'elle a respecté leur vertu, et que, toute injuste qu'elle est, elle n'a pu se dispenser de leur faire justice. Mais on peut dire qu'elle veut montrer toute l'étendue de son pouvoir, lorsqu'elle choisit des sujets médiocres pour les égaler aux plus grands hommes. Ceux qui ont connu le comte d'Harcourt conviendront de ce que je dis, et ils le regarderont comme un chef-d'œuvre de la fortune5, qui a voulu que la
1. Le Pont ou les Ponts-de-Cé, ville d'Anjou (Maine-et-Loire), à sept kilomètres S. E. d'Angers, sur trois îles de la Loire, que relie une série de ponts. — L'armée du Roi enleva la ville, le 7 août 1620, aux troupes de la Reine mère et des mécontents; la paix, y fut signée le i3. — Les mots : « Monsieur de Luçon.... produisit l'affaire du Pont-de-Cé, » manquent de justice et de justesse. Voyez encore, sur toute cette affaire, Bazin, tome cité5 p. 363-36g.
2. Tout ce morceau sur les commencements de Richelieu est loin d'être bienveillant et même impartialement exact. Ce n'est pas là une raison qui rende invraisemblable l'attribution que nous en croyons pouvoir faire à l'auteur des Maximes. Sans parler de son peu de penchant à croire au bien, nous voyons dans ses Mémoires qu'il avait eu fort à se plaindre du Cardinal. La vérité le force à lui rendre justice, avec admiration, dans le jugement qui en termine la première partie (tome H, p. 47 et 48) ; mais, daus le cours du récit, il applique à sa domination des mots tels qu'odieux et affreux (p. 20 et 38), et nous parle de la haine que Richelieu avait pour lui (p. 41), et lui pour l'administration de Richelieu (p. 3g).
3. Nous ajoutons ce titre. Le morceau n'en a pas dans le manuscrit. — Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, né en 160 1, mort en 1666, second fils de Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf. Pendant la plus grande partie de la Fronde, il resta fidèle à la Reine mère. Voyez au tome II, p. 176, note 3.
4- La Rochefoucauld se sert de la même comparaison dans sa maxime ncm (tome I, p. a56), qu'il a supprimée dans sa dernière édition seulement (1678) : « Les rois font des hommes comme des pièces de monnoie : ils les font valoir ce qu'ils veulent, et l'on est forcé de les recevoir selon leur cours, et non pas selon leur véritable prix. »
5. Lorsque, dans ses Mémoires, notre auteur parle du comte d'Harcourt, le nom de fortune vient aussitôt sous sa plume : voyez tome II, p. 340 et 348. Mademoiselle dit
postérité le jugeât cligne d'être compai'é dans la gloire des armes aux plus célèbres capitaines. Ils lui verront exécuter heureusement les plus difficiles et les plus glorieuses entreprises. Les succès des îles Sainte-Marguerite, de Casai, le combat de la Route, le siège de Turin, les batailles gagnées en Catalogue1, une si longue suite de victoires étonneront les siècles à venir. La gloire du comte d Harcourt sera en balance avec celle de Monsieur le Prince et de M. de Turenne8, malgré les distances que la nature a mises entre eux; elle aura un même rang dans l'histoire, et on n'osera refuser à son mérite ce que l'on sait présentement qui n est du qu a sa seule fortune.
A ces morceaux nous joignons, comme appendice à notre tome III, i™ partie, une lettre intéressante de la Rochefoucauld à Mlle de Scudéry. Cette lettre, dont l'original autographe appartenait à Rochebilière, a été publiée tout récemment par M. Pauly, à la suite de la réimpression de l'édition hollandaise des Maximes de 16^4 (Paris, Damascène Morgand, i883). M. Pauly a bien voulu nous permettre, et nous l'en remercions ici, de la reproduire d'après son texte.
Pour dater cette lettre, il y aurait à résoudre deux ou trois problèmes pour lesquels nous ne pouvons offrir que des conjectures fort douteuses. Quels sont et de quel temps ces bienfaits du R.oi au sujet desquels Mlle de Scudéry a écrit la lettre de remerciaient dont elle parle? L'éloge que la Rochefoucauld fait de cette lettre et pour l'intelligence duquel il faudrait avoir la pièce même sous les yeux et savoir en quelles circonstances elle fut écrite, ne parait point aisément applicable à celle que Rathery a insérée dans son recueil des Lettres de Mlle de Scudéry (p. 287-289), et qu'il date avec vraisemblance d'octobre i663. D'autre part, nous ne trouvons nulle
de lui [Mémoires, tome I, p. 3 1 8) : « Le comte d'Harcourt.... est le plus heureux et le plus brave homme du monde. »
1. Sur la victoire des îles Sainte-Marguerite (24 mars- 16 mai l63-), celle de Casai (29 avril 16I0), la prise de Turin (10 mai à 22 septembre 1640), les victoires en Catalogue (juin à octobre 1645), voyez ■.''Histoire de Bazin, tom.;s II, p. 431, et III, ]>. 48-32, 307 et 3o8; et les Mémoires de Mnntglat, p. rïS-ôg, 96-100, et ij3- 174. Dans ces mêmes Mémoires de Montglat (p 85 et 86) est le récit du combat de la Route (22 novembre i63g) , qui tire son nom du passage ainsi appelé, <t où le comte d'Harcourt, contre toute apparence, battit les Espagnols, » dans sa retraite de Quiers ou Chieri, ville de Piémont, à dix kilomètres S. E. de Turin.
2. Il y a un rapprochement semblable du comte d'Harcourt avec Turenne d.ini une lettre, de 1675, de Mme de Sévigné à Bussy Rabutin et dans la réponse de celui-ci (tome IV des Lettres de Mme île Sévigné, p. 1 1 et 41-42) ; mais ils sont loin, de même Lue « la postérité, » de les mettre <t en balance >.