‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 444 sur 469 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

PORTRAIT DU CAKDINAL DE RETZ. (Touie I, p. 19-21 ; voyez, ci-dessus l* Avant-propos, p. 1, n et vin.)

Copie d'une rédaction inédite^ évidemment antérieure a celle qui est donnée au tome I.

Cette copie nous • «'té indiquée par M. de Boislisle, qui l'a trouvée à la Bibliothèque nationale dans le manuscrit Clairambault 11 36 [Ordre du Saint-Esprit. 26, fol. l"0). Comparée au texte insère par le cheviilier de Perrin daus la Lettre de Mme de Sévtgne du 19 juin 167a (tome III, p. 486-488), elle présente de nombreuses et très-notables différences ; c'est une peinture beaucoup moins sévère et malveillante, et qui pourrait bien être celle-là même que Mme de Sévigné avait envoyée à sa fille. Elle rend plus croyable, ce que dit la Marquise, que le Cardinal « trouva le même plaisir qu'elle à voir que c'étoit ainsi que la vérité forçoit à parler de lui, quand on ne l'aimoit guère. »

Paul de Gondy, cardinal de Retz, naquit avec beaucoup d'élévation et d'étendue desprit, et de grandeur de courage. Il eut une mémoire extraordinaire, plus de force que de politesse dans ses paroles, l'humeur facile, une docilité admirable à souffrir les plaintes et les reproches de ses amis, peu de piété, beaucoup de religion. Il parut plus ambitieux qu'il ne l'étoit en effet; la vanité seule lui a fait entreprendre de grandes choses, presque toutes opposées à sa profession ; il a suscité les plus grands désordres de l'Etat, mais il songeoit moins à occuper la place du cardinal JMazarin, qu'à lui paroître redoutable et à le faire repentir du mépris qu'il a voit tait de son entremise dans le temps des barricades. Il se servit ensuite, avec beaucoup d'habileté, des malheurs publics pour se faire cardinal ; il a souffert la prison avec fermeté et n'a dû sa liberté qu'à sa hardiesse. Sa paresse autant que sa force 'ont soutenu avec gloire dans l'obscurité d'une vie errante pendant six années. Il ne s'est jamais démis de l'archevêché de Paris qu'après la mort du cardinal Mazarin, et n'a point fait de conditions avec le Roi. Il est entré dans divers conclaves et sa conduite a toujours augmenté sa réputation. Sa pente naturelle étoit l'oisiveté; il travailloit néanmoins dans les

loa APPENDICE DU TOME I.

grandes affaires comme s'il ne pouvoit souffrir de repos, et il se reposoit quand elles étoient l finies, comme s'il ne pouvoit souffrir le travail. Il avoit une grande présence d'esprit, et il savoit tellement tourner à son avantage les occasions que la fortune lui offroit, qu'il sembloit qu'il les eût prévues et désirées. Il étoit incapable d'envie et d'avarice; il a plus emprunté de ses amis qu'un particulier ne devoit espérer de leur pouvoir rendre, néanmoins il s'est acquitté envers eux avec toute la justice et la fidélité qu'il leur devoit. Sa retraite est la plus éclatante action de sa vie, elle prouva sa foi et sa religion. Il se démit de sa dignité de cardinal ; il partagea ce qui lui restoit de bien avec ses amis, ses domestiques et les pauvres ; mais, en renonçant à tout, il demeura encore exposé à la malignité des jugements du monde, et il laissa en doute si la piété seule ou la foiblesse humaine lui a fait entreprendre un si grand dessein.

Variantes du manuscrit 323 bis de la Rnche-Gujon, fol. 5o v°.

Page 20, ligne 3 : Il a su profiter néanmoins avec habileté.

Ibidem, ligne 5 : il a souffert la prison.

Ibidem, ligne 17 : il a une présence d?esprit.

Page ai, ligne 1 : à sa réputation, c'est de savoir.

Ibidem, ligne 3 : quelque soin qu'il ait pris.

Ibidem, ligne 4 '• d'envie ni d'avarice.

Ibidem, ligne 5 : soit par vertu, ou par inapplication.

Ibidem, ligne b' : qu'un particulier ne devoit espérer.

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