V. Cousin, Madame de Sablé, 3e édition, p
2. Ses amis se plaignent souvent soit de son silence, soit de n'être pas admis auprès d'elle : voyez, au tome III, les lettres, 66, 69, 78, 79.
3. Les portefeuilles manuscrits du docteur Vallant (Bibliothèque nationale, Fr. 17 o44-i7 057), qui fut, on le sait, le médecin et le secrétaire de Mme de Sablé, sont pleins de détails curieux à cet égard. La marquise tenait école de cuisine et de drogueries fines ; elle échangeait avec ses amis toutes sortes de secrets culinaires et de recettes pharmaceutiques; tantôt il s'agit d'un hydromel, « aussi bon, dit Vallant, que le meilleur vin d'Espagne, » tantôt d'une pommade, d'une pâte, d'une marmelade, ou d'une omelette singulièrement compliquée ; on trouve aussi des instructions sur la façon de mariner le mieux possible un aloyau ou une poitrine de mouton ; puis un mémoire en deux pages in-folio, « sur les moyens de tenir le ventre libre, » etc. Voyez lesdits portefeuilles, entre autres, tome IV, fol. 171, 177, 3i7 ; tome IX, fol. 80, 29g, 3o4. — Or la
SUR LA ROCHEFOUCAULD. lxix
point trempé dans la Fronde1 ; c'était, avant tout, un esprit sain, exempt de chimères, sans inclinations héroïques et d'un équilibre parfait ; une puriste, du reste : à cela seul on s'apercevait qu'elle avait jadis fréquenté l'hôtel de Rambouillet. Qui donc n'y avait point fait son stage de belles-lettres? Mme de Sévigné elle-même ne se souvenait-elle pas en souriant d'avoir été une précieuse ? Le salon de Mme de Sablé offrait donc le charme d'un coin neutre, d'un terrain de conciliation, où le mérite personnel était tout. Dans ce milieu choisi, la Rochefoucauld, sans v penser, pour ainsi dire, se fit homme de lettres.
« J'écris bien en prose, je fais bien envers2, dit-il (ci-après, p. 8) dans son Portrait fait par lui-même, dont nous parlerons tout à l'heure, et si j'étois sensible à la gloire qui vient de ce côté-là, je pense qu'avec peu de travail je pourrois m'acquérir assez de réputation. » La gloire du prosateur repose sur les plus solides fondements ; nous avions espéré pouvoir aussi donner à nos lecteurs le moyen d'apprécier sinon le poëte éminent, uumoinsl'habile versificateur. Nous savions qu'unrecueil manuscrit de pièces de vers portant le nom de la Rochefoucauld était aux mains d'un érudit qui se proposait d'en faire l'objet d'un sérieux examen ; il nous avait, nous pouvons dire, promis de publier dans notre Collection, comme annexe aux Œuvres, le fruit de son travail, accompagné des pièces qu'il jugerait authentiques. Nous avons en vain attendu plusieurs années ; nous n'avons pas même pu voir le manuscrit, savoir d'où il venait, si c'était celui où M. Charavay avait reconnu l'écriture du duc, le recueil de poésies mentionné par Cousin dans son histoire de Madame de Sablé 3 , et que M. Éd. de Rarthélemy croit être le volume C disparu, nous dit-il, de la bibliothèque de
Rochefoucauld, comme bien des goutteux, dit-on, était très-friand (voyez, dans notre tome III, p. i£8-i64, les lettres 65, 69, 70 et 7-i) ; la bête en lui, non moins que l'esprit, trouvait son compte dans l'hospitalière maison du faubourg Saint-Jacques.