Segraisiana (1722), p
[\. Notice sur la vie et les ouvrages de Mme de la Fayette, p. vi, en tête des Œuvres, i8o\.
5. Collection des Mémoires, 2de série, tome LXIV, Notice sur Mme de la Fayette, p. 342. — Le texte de Petitot fixe bien, comme nous le disons, le commencement de la liaison à i655 ; mais, en note, une curieuse faute d'impression substitue à cette date la nôtre. i665.
i.xxvi NOTICE BIOGRAPHIQUE
comme parle la lettre, aux propos du monde ', est postérieure de dix années.
La comtesse, mariée en 1 655 , était veuve: depuis combien d'années ? nous ne le savons pas au juste ; mais le plus jeune de ses fils était né en 1609. Elle habitait rue de "Vaugirard, en face du petit Luxembourg, un charmant hôtel avec un jardin où il y avait « un jet d'eau, un petit cabinet couvert,... le plus joli petit lieu du monde pour respirer à Paris2. » Là se rencontrait une docte et spirituelle société : Huet, la Fontaine, Ménage, Mme de Sévigné, Segrais, la Rochefoucauld, parfois Monsieur le Prince, « le héros, » dont elle était « si amie, » nous dit Saint-Simon3, et qui, demeurait dans le voisinage. Mme de la Fayette avait toutes les qualités du rôle qu'elle remplit si assidûment auprès de l'auteur des Maximes : plus
1. Et ces propos ne ménageaient pas tous la vertu de la comtesse. Un contemporain, le sieur Guillard, écrit, en 1689, dans un article de ses Généalogies", que l'on a « fait de petites railleries d'elle parce qu'elle souffroit avec plaisir l'attache que le feu duc de la Rochefoucauld avoit pour elle. » La médisance est moins polie dans une chanson du temps6, où Mme de la Fayette est désignée sous le nom de la nymphe Sagiette et son ami sous celui du berger Foucault; Petitot (tome LXIV, p. 3^2, note 2) en cite quelques lignes auxquelles le nom propre très-significatif de Saucourt (Soyecourt) donne un sens fort clair et fort libre.
1. Mme de Sévigné, lettre du a4 juillet 1676, tome IV, p. 5^2. I — Mme de la Fayette était fille d'Aymar de la Vergne, maréchal rie camp. C'est lui sans doute que la Topographie historique du vieux Paris, de MM. Berty et Tisserand (région du Bourg Saint-Germain, p. 328), désigne par ce nom : « le sieur de la Vergne, » comme ayant acheté des religieuses du Calvaire, en i64o (sa fille avait alors six ans, et quatorze ou quinze quand elle le perdit), une partie d'un grand jardin faisant le coin occidental de la rue Férou. L'acte de décès de Mme de la Fayette dit bien que son hôtel, où elle mourut en 1693, était « rue de Vaugirard, proche la rue Férou » : voyez le Dictionnaire de Jal, p. 720 et 721.
3. Mémoires de Saint-Simon, édition de 1873, tome IV, p. 397. — Voyez la lettre de Mme de Sévigné du 29 juillet 1676, tome IV, p. 54g-
a Bibliothèque nationale, Fonds Gaignicres, Fr. 26187, p. 3o. Publié dans le Cabinet historique, tome IV, i858, p. 212. 6 Chansonnier, Fr. 13 63g, p. 177.
SUR LA ROCHEFOUCAULD. lxxvii
de solidité que d'éclat, plus de fond sensé que de vivacité d'esprit, une merveilleuse tendresse d'âme unie à « cette divine raison, » que Mme de Sévigné nomme ' « sa qualité principale. » Elle savait le latin presque aussi bien que Ménage et le P. Rapin, qui le lui avaient appris ; mais elle n'en faisait point parade, afin de ne pas attirer sur elle la jalousie des autres femmes. C'était, en outre, une femme d'affaires, ayant l'entente des procès2 ; son esprit était grand, mais « elle avoit, nous dit Segrais3, le jugement au-dessus de son esprit; elle aimoit le vrai en toutes choses et sans dissimulation. C'est ce qui a fait dire à M. de la Rochefoucauld qu'elle étoit vraie1, façon de parler dont il est auteur et qui est assez en usage. » ]Née en i633 ou 1 634 , elle devait, d'après ce que nous venons de dire, avoir trente-deux ou trente-trois ans quand la Rochefoucauld, âgé, lui, de cinquante-deux ou cinquante-trois, s'abrita définitivement sous son aile. Il semble toutefois que l'ancien Frondeur ait eu, à ce moment même, un vague retour et comme une secousse passagère d'ambition. Nous savons en effet5 qu'il brigua, vers i665, la charge de gouver-
i. Lettre du 3 juin i6p,3, tome X, p. 108.
2. « Mme de la Fayette, qui s'entendoit en toutes choses sans ostentation, s'entendoit aussi en procès, et ce fut elle qui empêcha que M. de la Rochefoucauld ne perdît le plus beau de ses biens, lui ayant fourni les moyens de prouver qu'ils étoient substitués. » (Segraisiana, p. 102). — Gourville, qui eut avec elle quelques aigres démêlés (voyez ci-après, p. lxxxi), notamment à propos de la capitainerie de Saint- Maur, et qui, par suite peut-être, la goûte beaucoup moins que ne fait Segrais, dit dans ses Mémoires (p. 459) qu'elle « présumoit extrêmement de son esprit, » puis ajoute malignement : « Elle passoit ordinairement deux heures de la matinée à entretenir commerce avec tous ceux qui pouvoient lui être bons à quelque chose, et à faire des reproches à ceux qui ne la voyoient pas aussi souvent qu'elle le desiroit, pour les tenir tous sous sa main, pour voir à quel usage elle les pouvoit mettre chaque jour. »