‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 61 sur 469 · Lettre du i5 décembre 1673, tome III, p. 3i · texte numérisé non relu

Lettre du i5 décembre 1673, tome III, p. 3i

3. M. de la Rochefoucauld ne bouge plus de Versailles, dit en plaisantant Mme de Sévigné (20 novembre 1673, tome III, p. 283); le Roi le fait entrer et asseoir chez Mme de Montespan, pour entendre les répétitions d'un opéra (TAleeste, de Quinault et Lulli) qui passera tous les autres. » — La marquise dit cependant, peu de temps après, dans la lettre du i5 décembre citée tout à l'heure, qu'il « n'a point d'autre faveur que celle de son fils, qui est trèsbien placé. Il entra, l'autre jour, comme je vous l'ai déjà mandé, à une musique chez Mme de Montespan : on le fit asseoir ; le moyen de ne le pas faire ? cela n'est rien du tout. »

4. C'était au moins l'avis de plus d'un de ses contemporains ; il est exprimé dans cette note du Chansonnier (Bibliothèque nationale, Ms. Fr. 12 619, p. 557 et 558) : « Le duc de la Rochefoucauld vovant le prince de Marcillac, son fils, dans une espèce de faveur auprès du roi Louis XIV, tant à cause des charges de grand maître de la garde-robe de Sa Majesté qu'il avoit, et de grand veneur dont il venoit d'être pourvu, qu'à cause de la confidence du Roi qu'il avoit alors, personne n'étant mieux que lui auprès de son maître; le duc de la Rochefoucauld, dis-je, qui se sentoit un esprit supérieur, du savoir, de la capacité, beaucoup de talents, une grande naissance jointe à la dignité de duc et pair, et avec cela beaucoup d'ambition, eût peut-être été aise de profiter de la faveur de son fils pour se faire goûter au Roi, et entrer par là dans le ministère. Mais comme Michel le Tellier, chancelier de France, et François-Michel le Tellier, marquis de Louvois, son fils, secrétaire d'État au département de la guerre, étoient tous deux

SUR LA ROCHEFOUCAULD. lxxxix

mettait, il se rendait soit à Chantilly, soit, non loin de là, à Liancourt. En septembre 1676, il fait môme, en compagnie de Gourville, un voyage dans le Poitou, et il y mène, par exception, joyeux train, allant « comme un enfant, » dit Mme de Sévigné1, voir Verteuil rebâti et les lieux où il avait chassé avec tant de plaisir. Pendant ce temps, Mme de la Fayette était à Saint-Maur, avec « son mal de côté. »

ministres d'Etat, aussi bien que J.-B. Colbert, aussi secrétaire d'État et contrôleur général des finances, il falloit débusquer l'une de ces deux familles pour pouvoir entrer dans le Conseil étroit du Roi. Le duc de la Rochefoucauld avoit attaqué la première et lui rendoit tous les mauvais offices qu'il pouvoit en secret,... tant par le moyen du prince de Marcillac, qui parloit confidemment au Roi, que par toutes les autres voies qu'il pouvoit imaginer. » Voici du reste le couplet auquel est jointe cette note :

La Rochefoucauld, ce guerrier

Dans la Fronde si redoutable,

Contre la race du Tellier

En catimini fait le diable,

Et si ce matois de ligueur

Ne leur fait mal, il leur fait peur.

L'alliance dont nous parlons au paragraphe suivant rend plus qu'improbable cette sourde guerre, au moins au temps où la place l'annotateur, d'après qui elle serait postérieure à la nomination de Marcillac à la charge de grand veneur, c'est-à-dire au mois de juillet 167g, qui est l'année même où le petit-fils de notre duc épousa, en novembre, la fille de Louvois.

Un second couplet, très-méchant pour le prince de Marcillac :

A la cour il est soutenu De la ganache formidable Du gros Marcillac, devenu Homme important et fort capable,

est commenté d'une façon grossièrement désobligeante.

1. Lettre du 7 octobre 1676, tome V, p. 90. Voici ce que Gourville (Mémoires, p. 469 et £70) raconte de ce voyage : « Au commencement de septembre 1676, je fis un voyage en Angoumois avec M. de la Rochefoucauld, M. le marquis de Sillery et M. l'abbé de Quincé. Comme il y avoit longtemps que M. de la Rochefoucauld n'avoit été dans ce pays-là, il fut visité d'un grand nombre de noblesse des provinces voisines ; et, après avoir resté quelques jours à Verteuil, il alla faire une pêche dans la Charente de Mon-

xc NOTICE BIOGRAPHIQUE

L'année 167g fut marquée pour la Rochefoucauld par une belle journée. Son petit-fils François de la Roche-Guyon épousa un des grands partis de France, Madeleine-Charlotte le Tellier, fille de Louvois. Langlade avait fait ce mariage, qui fut célébré avec une grande pompe le 23 novembre1 ; le cadeau de noces du Roi fut magnifique2 : brevet de duc sur la terre de la Roche-Guyon, survivance, pour le jeune époux, des charges de grand veneur et de grand maître de la garde-robe.

Le duc eût pu goûter un autre genre de satisfaction en se faisant élire à l'Académie française. Le célèbre érudit Huet, le futur évêque d'Avranches, sous-précepteur du Dauphin depuis 1670 et membre de l'Académie depuis 1674, avait fait une démarche auprès de Mme de la Fayette pour qu'elle engageât son ami à se mettre sur les rangs. Dans sa correspondance, conservée à la Bibliothèque nationale, sont les copies de deux billets, sans date, de la comtesse, qui rappellent cette invitation et le refus qui l'accueillit :

Je m'en vais envoyer votre lettre à M. de la Rochefoucauld. Je ne vous réponds de rien : il a la goutte, et ce seroit même une excuse pour n'être pas reçu en forme3.

Du même jour.

M. de la Rochefoucauld vous est sensiblement obligé de l'envie que vous avez de l'avoir dans votre compagnie ; mais il vous supplie de vous contenter de cette bonne intention, et d'empêcher qu'on ne pense à lui. Je ne saurois assez vous dire quelle est sa reconnoissance. Il me prie de vous en assurer, et il vous conjure aussi de témoigner à tous vos Messieurs combien il leur est obligé

tignac, où l'on prit plus de cinquante belles carpes, dont la moindre avoit plus de deux pieds. J'en fis porter une bonne partie à la Rochefoucauld, où ces Messieurs allèrent coucher ; et, comme j'en étois encore capitaine, je me chargeai d'en faire les honneurs. On servit quatre tables pour le souper; mais, le lendemain, il en fallut bien davantage pour ceux qui venoient faire leur cour à M. de la Rochefoucauld. » En retournant à Paris, on s'arrêta à Basville, chez MM. de Lamoignon.

1. Lettres de Mme de Sévigné du 2/» et du 29 novembre 1679, tome VI, p. 99, io5 et 106.

a. Ibidem, p. 86, lettre, sans date de mois, de 1679.

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