En forme corrige dans les formes
SUR LA ROCHEFOUCAULD. xci
et avec quelle joie il recevrait l'honneur qu'ils lui veulent faire, s'il s'en croyoit digne1.
Mme de la Fayette avait, dit le manuscrit, ajouté ces mots sur l'adresse : « Il vous iroit remercier sans qu'il a la goutte. » En outre, au bas du feuillet portant ces deux copies, on lit ceci : « Dans ses notes manuscrites, Huet parle de cette démarche faite, au nom de plusieurs de ses confrères, auprès de l'auteur des Maximes, et il ajoute : « M. de la Rochefoucauld refusa a toujours de prendre place à l'Académie, parce qu'il était ti- « mide et craignoit de parler en public2. »
L'année suivante, 1680, s'annonça mal pour le duc et pour son amie. Celle-ci, en proie à de cruelles souffrances, ne quitte plus le lit, cherchant à se soutenir à l'aide du fameux bouillon de vipère tant prisé au dix- septième siècle3. Son âme cependant est toujours sereine : « C'est assez que d'être, » disaitelle, se résignant à son état maladif. La Rochefoucauld, de plus en plus goutteux, en est réduit aux empiriques : il a recours au frère Ange, religieux qui passait pour faire des cures merveilleuses; puis il s'adresse au médecin anglais Talbot4.
1. Correspondance de Huet, 3 volumes in-4°, Ms. Fr. i5 188, tome I, p. 34-
a. Voyez l'autobiographie latine de Huet, publiée sous le titre de Commentarius de rébus ad eum pertinentibus (Amsterdam, 17 18, p. 3i7), et la traduction française, sous le titre de Mémoires, de M. Ch. Nisard(i853, in-8°, p. iq5 et 196).
3. Voyez au tome III, p. 1 55, i56 ; et Mme de Sévignê, lettre du 20 octobre 1679, tome VI, p. 58.
4. Ce médecin, dont le vrai nom était Tabor, avait, l'année précédente, guéri le Dauphin d'une fièvre quarte, au moyen d'un remède nouveau, le quinquina infusé dans du vin. Louis XIV lui acheta son secret et le rendit public. Mme de Sévigné, dans sa lettre du i3 mars à laquelle nous renvoyons ci-dessous, montre (p. 3 10) Gourville s'opposant à ce qu'on emploie pour son ancien maître le remède ordonné par « l'Anglois » (voyez Yappendice vin, p. cxv). — Ajoutons, dès à présent, que si Gourville ne parle qu'une fois et très-incidemment (p. 460) de la mort de la Rochefoucauld, cela tient à ce que ses Mémoires ont, de 1677 à 1681, une lacune certaine. Nous le voyons, dans une autre lettre de Mme de Sévigné (26 mars 1680, tome VI, p. 3a8), couronner, en cette triste et dernière occasion, « tous ses fidèles services... ; il est esti-
xgii NOTICE BIOGRAPHIQUE
Leurs remèdes ne lui réussissent pas mieux que n'avaient fait les eaux de Barèges ; il devient évident, dès le mois de mars, que sa goutte remonte ' . Le 1 5 , Mme de Sévigné écrit à Mme de Grignan2 : « Je crains bien que nous ne perdions cette fois M. de la Rochefoucauld ; sa fièvre a continué ; il a reçu hier Notre-Seigneur ; mais son état est une chose digne d'admiration : il est fort bien disposé pour sa conscience, voilà qui est fait. » Ce dernier mot est comme un cri de soulagement chez la marquise ; il trahit le genre de souci qui préoccupait l'entourage du duc ; on avait eu peur évidemment que ce philosophe, que Port-Royal avait en vain assiégé de toutes parts, ne mourût dans l'endurcissement de l'impénitence. Il n'en fut rien ; ce fut Bossuet qui lui administra les sacrements et recueillit son dernier soupir. « Il voulut expirer entre ses bras, dit le cardinal de Bausset dans son Histoire de Bossuet (tome II, p. 12), et être soutenu, dans ce grand combat de la vie et de la mort, par cet homme qui savait si bien parler de l'éternité à ceux à qui le temps est prêt à échapper. » Nous savons par Bourdelot, un des médecins qui l'assistèrent, que, jusqu'à la fin, du moins jusqu'à l'agonie même (voyez la page suivante), il garda sa connaissance3. Le corps fut présenté à Saint-Sulpice et porté de là chez les Cordeliers de Verteuil en Poitou4. Il quitta ce monde dans la nuit du 16 au 17 mars 1680, juste au second anniversaire de la publication de la Princesse de Clèves, et presque une année après Mme de Longueville, cjui s'était éteinte aux Carmélites le 10 avril 16795. Avant de mourir, il fit brûler tous ses papiers. « Il a bien fait, écrit à Bussy Rabutin le marquis de Trichâteau le Ier avril 16806,
mable et adorable par ce côté-là de son cœur, au delà, dit-elle, de ce que j'ai jamais vu : il faut m'en croire. »
1. Lettre de Mme de Sévigné du i3 mars 1680, tome VI, p. 307.