Lettre du 12 avril 1680, ibidem, p
xciv NOTICE BIOGRAPHIQUE, ETC.
temps, « si bon aux autres1, » ne pouvait qu'augmenter sa tristesse. Elle vécut treize années encore, d'une vie toute languissante, tournée vers la religion, et mourut le 3 juin i6g32.
J. Gourdault.
i. Lettre du 22 mars 1680, tome VI, p. 324.
2. L'impression de cette Notice était entièrement achevée quand a paru, dans la Revue des Deux Mondes du i5 septembre 1880, à l'occasion d'une récente découverte faite dans les Archives d'Etat de Turin, une retouche du portrait de Mme de la Fayette, une nouvelle étude sur son caractère, qui nous la montre entretenant activement une correspondance diplomatique, çà et là frivole par le sujet, çà et là peu édifiante, qui étonne sous sa plume, et la continuant l'année même de la mort de la Rochefoucauld. Nous ne pouvons nier que la lecture de ces lettres ne modifie en partie l'idée qu'on aimait à se faire de leur auteur, mais nous ne crovons pas qu'on puisse induire de cette trouvaille que ses regrets de la perte de son ami n'aient pas été vifs et profonds et qu'elle ne soit pas demeurée fidèle à sa douleur.
Au reste, le changement que ces lettres de Turin apportent à l'appréciation qui a eu cours jusqu'ici est-il vraiment tout à fait inattendu ? Que nous apprennent-elles surtout ? Que Mme de la Fayette fut et demeura, plus longtemps qu'on ne l'eût cru, agissante, affairée, qu'elle poussait loin, trop loin, le désir de plaire, le besoin d'influence, l'amour des hautes, puissantes et utiles liaisons. Ses contemporains, ses amis ignoraient-ils absolument ce trait de son caractère, cet emploi de son activité ? Sans reparler de Gourville, mécontent et blessé, donc témoin suspect0, pesons ce que Mme de Sévigné écrit à Mme de Grignan, dans sa lettre du 26 février 1690'', c'est-à-dire dix ans après la mort de la Rochefoucauld : « Voyez, dit-elle, comme Mme de la Fayette se trouve riche en amis de tous côtés et de toutes conditions : elle a cent bras, elle atteint partout ; ses enfants savent bien qu'en dire, et la remercient tous les jours de s'être formé un esprit si liant ; c'est une obligation qu'elle a à M. de la Rochefoucauld, dont sa famille s'est bien trouvée. »
Ne suffit-il pas de forcer et grossir un peu ces coups de pinceau pour cesser d'être surpris de ce qu'il y a d'entregent, de facilité complaisante, peu scrupuleuse même, dans ce commerce épistolaire, dans ces relations entretenues en haut lieu ?
a Voyez ci-dessus, p. lxxvii, note 2, et p. lxixi. 6 Lettres de Mme de Sévigné, tome IX, p. 476.
(Voyez p. u et note 3.)