LE LIBRAIRE AU LECTEUR
Cette cinquième édition des Réflexions morales est augmentée de plus de cent nouvelles maximes 2, et plus exacte que les quatre premières 3. L'approbation que le
1 . Cette préface est presque entièrement conforme à celle delà 4 e édition (i6~5) et elle diffère peu de celles des 2e et 3e (1666 et 1671).
a. Il y en avait 3 17 dans la ire édition (a); 3o2 seulement dans la 2e, en y comprenant la réflexion sur la mort, non numérotée dans la ire ; 34 1 dans la 3e ; 4i3 dans la 4e ; 5o4 dans la 5e.
3. Var : Cette quatrième édition des Réflexions morales est encore beaucoup plus ample et plus exacte que les trois premières. (1675.) — Voici une troisième édition des Réflexions morales, que vous trouverez plus ample et plus exacte que les deux premières. Vous pouvez en faire tel jugement que vous voudrez, je ne me mettrai point en peine de vous prévenir en leur faveur (b). Si elles sont telles que je les crois, on ne pourroit leur faire plus de tort que de se persuader qu'elles eussent besoin d'apologie. (1671.) — Mon cher lecteur, voici une seconde édition des Réflexions morales, que vous trouverez sans doute plus correcte et plus exacte en toutes façons que n'a été la première. Ainsi vous pouvez maintenant en faire tel jugement que vous voudrez, sans que je me mette en peine de tâcher à vous prévenir en leur faveur, puisque si elles sont telles que je le crois, on ne pourroit leur faire plus de tort que de se persuader qu'elles eussent besoin d'apologie. (1666.)
(a) La dernière, il est vrai, est numérotée 3 16 ; mais il y a deux maximes portant le numéro 3o2. Si l'on tenait compte de la réflexion sur la mort, qui se trouve, sans numéro, à la fin du volume, la première édition comprendrait en réalité 3 18 maximes.
(6) L'auteur lui-même a fait justice, en la supprimant, de cette boutade à la Scudéry.
3o RÉFLEXIONS MORALES.
public leur a donnée est au-dessus de ce que je puis dire en leur faveur, et si elles sont telles que je les crois, comme j'ai sujet d'en être persuadé, on ne pourroit leur faire plus de tort que de s'imaginer qu'elles eussent besoin d'apologie l. Je me contenterai de vous avertir de deux choses : l'une, que par le mot d 'intérêt, on n'entend pas toujours un intérêt de bien, mais le plus souvent un intérêt d'honneur ou de gloire ; et l'autre (qui est comme le fondement de toutes ces Réflexions'), que celui2 qui les a faites n'a considéré les hommes que dans cet état déplorable de la nature corrompue par le péché, et qu'ainsi la manière dont il parle de ce nombre infini de défauts qui se rencontrent dans leurs vertus apparentes, ne regarde point ceux que Dieu en préserve par une grâce particulière3.
Pour ce qui est de l'ordre de ces Réflexions , on n'aura pas de peine à juger4 que, comme elles sont toutes sur des matières différentes, il étoit difficile d'y en observer ; et bien qu'il y en ait plusieurs sur un même sujet, on n'a pas cru les devoir toujours'' mettre de suite, de crainte d'ennuyer le lecteur; mais on les trouvera dans la Table.
i. Aussi la Rochefoucauld a-t-il supprimé, dès la 28 édition, le long Discours apologétique (voyez ci-dessus, p. 26, note 4) ; mais il n'en reste pas moins que, pour la ire édition, il avait accepté, et sans doute sollicité, cette apologie, comme il avait sollicité de Mme de Sablé, et retouché de sa main, un article pour le Journal des Savants (voyez à l'Appendice de ce volume).
2. Var. : et l'autre, qui est la principale et comme le fondement de toutes ces Réflexions, est que celui — (1666.)
3. On l'a vu dans la préface qui précède, l'auteur, dès sa première édition, s'était mis en règle avec l'Eglise, mais sous une autre forme.
t\. Var. : vous n'aurez pas de peine à juger, mon cher lecteur — (1666.)
5. Le mot toujours n'est pas dans la 2e édition (1666), non plus que dans la 3e (1G71).
Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés l. (éd. £.)
Ce que nous prenons pour des vertus n'est souvent qu'un assemblage de diverses actions et de divers intérêts que la fortune ou notre industrie savent arranger2, et ce n'est pas toujours par valeur et par chasteté que les hommes sont vaillants et que les femmes sont chastes. (ÉD. 2*3.)
L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs*, (éd. 1.)
1. Cette maxime-épigraphe, résumé de tout le livre, ne date que de la 4e édition (1675). — Brotier {Observations sur les Maximes, p. 210) cite à ce propos Bossuct {Oraison funèbre de la princesse Palatine, tome XVIII, p. 458, édition de Versailles) : « Elle croyoit
voir partout dans ses actions un amour-propre déguisé en vertu »
2. Var. : de diverses actions que la fortune arrange comme il lui plaît. (1666 et 1671.) — La fin de la maxime : « et ce n'est pas toujours, etc., » date de la 4e édition (1675). — Rapprochez des maximes 169, 2o4, 2o5, 2i3, 2i5, 220, 333, 38o et63i. — Au lieu de cette pensée, la ire édition (1660) donnait la longue définition de l'amour-propre {maxime 563).
3. Les maximes marquées à la fin d'un astérisque sont celles que Fauteur a retouchées.