Les whigs étaient le parti libéral anglais
bien ! nous voulons être les whigs de la révolution de Juillet ! (Exclamations au centre.) l
Oui, et plus encore! nous voulons être les whigs de la démocratie moderne, et des progrès de la liberté et de l'esprit humain dans tout l’univers. (A gauche : Très bien ! très bien !)
Je sais que vous déclarez ces hommes impossibles. Oui, ils sont et ils seront impossibles, en effet, tant que le pouvoir serait au prix du désaveu de leurs doctrines et des grands principes auxquels ils ont dévoué leur vie. Savez-vous ce que c’est que de déclarer ces hommes impossibles ? C’est dire que les gouvernements libres sont eux-mêmes des impossibilités ; c’est déclarer que la Révolution de 80 est un crime; que la monarchie démocratique est une utopie ; que les réformes politiques sont une chimère ; et que toute amélioration profonde de la condition des sociétés est un rêve. S'il y avait des hommes assez hardis pour le dire, qu’ils le fassent ! le pays jugerait entre eux et nous.
Non, ces hommes impossibles seront inévitablement un jour nécessaires. Ils oseront fonder le gouvernement, non plus sur la base étroite d’une classe quelconque, mais sur la large base d’une nation tout entière. Ils sauront coïntéresser tous les citoyens, toutes les classes du peuple à l’existence d’un gouvernement qui prendra son appui sur tous ces intérêts et sur tous ces droits. Voilà ce que nous devons préparer pour les jours difficiles ; ce sont là des forces, et non des dangers.
C’est pour cela, Messieurs, que je crois devoir m'éloigner, quoique avec peine, de ces hommes honorables avec lesquels j'ai combattu dans quelques circonstances, et du milieu desquels j'emporte tant de regrets et tant d’estime, pour me placer désormais et pour toujours, jusqu’au triomphe de nos principes communs, du côté de l’opposition. (Acclamations et mouvements divers.)
Je dis que je vais me ranger sur le terrain de l’opposition, et j'ai le droit de le dire, puisque j’y retrouve tous les principes que j'ai professés avec elle dans toutes les grandes lois organiques et libérales, et dans toutes les grandes affaires extérieures de mon pays, me réservant seulement ce que tout homme d’honneur se réserve naturellement ici dans tous les partis : l’indépendance de ma conscience, la liberté de mon vote et de mes convictions dans toutes ces questions, et surtout dans ces questions d’affaires étrangères qui impliquent la vie ou la mort du pays, et qui ont été l’objet des études spéciales de ma vie publique. Oui, l’opposition peut compter en moi un de ses plus constants et de ses plus fermes auxiliaires. (A gauche : Très bien ! très bien ! Violents murmures au centre.)
Ces murmures réitérés me disent ce que je sais ; c’est qu’il y a de pénibles heures, de pénibles années peut-être, à traverser entre des amis anciens qu’on afflige et des amis nouveaux qui peuvent douter de vous, de votre désintéressement, de votre constance. (A gauche : Non ! non ! Vive agitation.)
Oui, il y a des interprétations, des insinuations, des calomnies à braver. Je les brave toutes d’avance, et ma vie y répondra. Je dédaignerais d’y répondre autrement. Peu m'importent ces difficultés d’une situation politique ! Les situations politiques grandissent sous les difficultés mêmes, quand c'est la conscience qui force à les braver ! Que m'importe ce que l’on pensera de moi! que m'importe à quel rang je combattrai, pourvu que je combatte pour la cause que je porte dans mon cœur depuis que je pense, pour la cause populaire, pour la cause non des passions du peuple, mais de ses intérêts et de ses droits légitimes ! Dieu et les hommes ne nous demanderont pas avec qui, à quel rang nous avons combattu, mais pour qui nous avons combattu. Eh bien ! je ne pense qu'à la cause, et non aux difficultés ou aux récompenses ; et s’il se forme, s’il existe un parti qui, comme je l’ai dit, recueille les vérités politiques du pays, du peuple et du temps, j'en suis ! C’est là que la nation doit nous trouver et que l’histoire doit trouver nos noms ! /Applaudissements à gauche.)
La vertu difficile, la vertu rare de ce temps, c’est l’abnégation. Eh bien ! nous en aurons sous les yeux les exemples.
Il y a un grand mot, un grand et beau cri qui sortit un jour d’une assemblée nationale de notre pays à une de ces crises où l'âme d’un peuple tout entier paraît s'élever au-dessus d’ellemême, et semble, peur ainsi dire, s'échapper par une seule voix : c'est ce cri que vous connaissez tous : Périssent nos mémoires, pourvu que nos idées triomphent !
Eh bien ! ce cri sera le mot d'ordre de ma vie politique, comme c’est celui de l’opposition ; c’est celui qui nous ralliera toujours autour de cette grande cause pour laquelle il est beau de vaincre, pour laquelle il est beau de souffrir et beau encore de succomber. (A gauche : Très bien |)
Je conclus en deux mots,
Convaincu que le Gouvernement s’égare de plus en plus, que Ja pensée du règne tout entier se trompe {Applaudissements) ; convaincu que le gouvernement s'éloigne de jour en jour, depuis 1834, de son principe et des conséquences qui devaient en découler pour le bien-être intérieur et la force extérieure de mon
pays ; convaincu que tous les pas que la France a faits depuis.
huit ans sont des pas en arrière, et non pas des pas en avant;
convaincu que l'heure des complaisances est passée... (Applaudissemenis à gauche), qu’elles seraient funestes, j’apporte ici mon vote consciencieux contre l'adresse, contre l'esprit qui l’a rédigée, contre l'esprit du Gouvernement qui l’accepte, et que je combattrai avec douleur, mais avec fermeté, dans le
passé, dans le présent, et peut-être dans l'avenir. (Mouvements divers.)