ILétait environ huit heures du soir
T1 entendait du seuil les voix de quelques orateurs qui l’annonçaient à la multitude. Tantôt ces voix ‘étaient couvertes d’applaudissements, tantôt repoussées par des termes de confiance, de colère et de dédain. « Oui, oui. — Non, non. — Écoutons Lamartine. — N'écoutons pas Lamartine. — Vive Lamartine ! — A bas Lamartine ! » Ces cris, accompagnés d'ondulations, de gestes, de trépignements, d'armes élevées par-dessus les têtes, de coups de crosses de fusil frappant le plancher, se combattaient à peu près par égale portion dans l'auditoire,
Pendant ce tumulte, Lamartine se faisait péniblement jour à travers l'entassement de la porte. Il était soulevé en avant par des bras vigoureux jusqu’au pied d’un petit escalier intérieur qui conduisait au sommet d’une estrade, espèce de tribune d’où l'on parlait au peuple. Les ténèbres de la nuit mal dissipées par quelques lueurs au centre de la salle, la vapeur des lampes allumées à ses pieds, qui épaississait l'atmosphère, la fumée des coups de feu tirés tout le jour dans les cours, et pénétrant de là par les fenêtres, l'espèce de brouillard que la transpiration fiévreuse et l’haleine haletante d’un millier d'hommes répandaient dans la salle, l'empêchaient de discerner nettement, et l'ont toujours empêché de se retracer distinctement, depuis, cette scène. Il se souvient seulement qu’il dominait une foule frémissante à ses pieds. Les visages, pâlis par l'émotion et noircis par la poudre, étaient éclairés au pied de l’estrade seulement, et tournés avec des expressions diverses de son côté. À l'exception de deux de ces visages, tous lui étaient inconnus. L'un était la figure fortement empreinte de résolution de l’ancien aide de camp de La Fayette, Sarrans, écrivain, combattant et orateur à la fois de la liberté. L'autre était celle de Coste, ancien rédacteur du journal Ze Temps, que Lamartine avait connu jadis à Rome. Ce visage apparaissait après dix ans comme un auditeur passionné d’un nouveau forum au bas de ces nouveaux rostres.
Au delà de ces premiers rangs de spectateurs debout, les lueurs s’éteignaient par degrés dans l’ombre, ne laissaient entrevoir sur le plain-pied, au fond, autour, et sur des gradins adossés au mur de la salle, que des ombres agitées et innombrables qui se mouvaient dans le crépuscule de cette demi-nuit. Seulement les sabres, les canons de fusil, les baïonnettes, réverbérant Çà et là les clartés des lampes sur le poli du métal, s’agitaient comme des gerbes de feu sur la tête de la multitude à chaque frémissement de l'auditoire.
Des cris contradictoires, fiévreux, frénétiques, sortaient à chaque motion de ces milliers de bouches. Véritable tempête
d'hommes où chaque vent d'idée parcourant la foule arrachait à chaque nouvelle vague un mugissement de voix.
Lamartine, jeté pour ainsi dire sur l’estrade comme un cap avancé au milieu de cette houle, la contemplait, incertain si elle allait le soulever ou l’engloutir. Plusieurs orateurs, se pressant autour de lui à droite et à gauche et jusque sur les degrés de cette espèce de tribune, lui disputaient du corps et de la voix la parole ; ils lançaient confusément des allocutions et des interpellations courtes et incendiaires à l'assemblée ; mais Lamartine étant parvenu, de la main et de l’épaule, à écarter ces rivaux de parole et à paraître enfin isolé et libre devant les yeux du peuple, un silence entrecoupé de murmures, de vociférations, d’apostrophes acerbes, s'établit enfin peu à peu. Il essaya de parler.
« Citoyens, s'écria-t-il de toute la portée d’une voix dont le danger de la patrie doublait l'énergie, me voici prêt à vous répondre. Pourquoi m’avez-vous appelé ?
— Pour savoir de quel droit vous vous érigiez en gouvernement du peuple et pour connaître si nous avions affaire à des traîtres, à des tyrans, ou à des citoyens dignes de la confiance de la Révolution, répondirent quelques voix du fond de l’auditoire,
— De quel droit nous nous érigeons en gouvernement ? répliqua Lamartine en s’avançant et en se découvrant hardiment aux regards, aux armes, aux murmures, comme un homme qui se livre en se désarmant. Du droit du sang qui coule, de l'incendie qui dévore vos édifices, de la nation sans chef, du peuple sans guides, sans ordre, et demain peut-être sans pain; du droit des plus dévoués et des plus courageux citoyens, puisqu'il faut vous le dire, du droit de ceux qui livrent les premiers leur âme aux soupçons, leur sang à l’échafaud, leur tête à la vengeance des peuples ou des rois pour sauver leur nation. Nous l’enviezvous ce droit ? vous l’avez tous, prenez-le comme nous ; nous ne vous le disputons pas. Vous êtes tous dignes de vous dévouer au salut commun. Nous n’avons de titre que celui que nous prenons dans nos consciences, et dans vos dangers. Mais il faut des chefs au peuple tombé d’un gouvernement dans un interrègne. Les voix de ce peuple, vainqueur et tremblant de sa victoire au foyer même du combat, nous ont désignés, nous ont appelés par nos noms ; nous avons obéi... Voulez-vous donc prolonger un scrutin terrible et impossible au milieu du sang et du feu ? Vous en êtes les maîtres, mais le sang et le feu retomberont sur vous, et la patrie vous maudira.
— Non, non, non, s’écrièrent des voix déjà touchées et ramenées par cet abandon de tout droit légal, et par cette invocation au droit du seul dévouement.
— Si, si, répondirent d’autres voix plus obstinées. Ils n’ont pas le droit de nous gouverner. Ils ne sont pas du peuple, ils ne sortent pas des barricades. Ils sortent de cette assemblée vénale où ils ont respiré l’air empesté de la corruption. — Ils ont protesté contre la corruption, disent les uns. — Ils y ont défendu la cause du peuple, disent les autres. — Eh bien! qu'ils déclarent au moins quel gouvernement ils prétendent nous donner, s’écrient les plus modérés. Nous avons renversé la monarchie, nous avons conquis la République. Que Lamartine s'explique : veut-il ou non nous donner la République ? »
A cette interrogation répétée qui part de tous les groupes de la salle, Lamartine sourit d’un demi-sourire qui affecte de renfermer dans ses lèvres une indécision légèrement sceptique, expression de figure qui semble provoquer un auditoire à arracher un dernier secret à l'âme d’un orateur :
« La République ? citoyens, dit-il enfin avec le timbre d’une solennelle interrogation; qui est-ce qui a prononcé le mot de République ?
— Tous, tous, lui répondent des centaines de voix, et des milliers de mains agitent leurs armes en signe de volonté et de joie sur leurs têtes.
— La République, citoyens, reprend avec une gravité plus pensive et plus triste Lamartine. Savez-vous ce que vous demandez ? Savez-vous ce que c’est que le Gouvernement républicain ?
— Dites-le, dites-le, lui répond-on de toutes parts.
— La République, poursuit Lamartine, savez-vous que c’est le gouvernement de la raison de tous, et vous sentez-vous assez mûrs pour n'avoir d’autres maîtres que vous-mêmes et d’autre gouvernement que votre propre raison ?
— Oui, oui, dit le peuple.
— La République, savez-vous que c’est le gouvernement de la justice, et vous sentez-vous assez justes pour faire droit même à vos ennemis ? $
— Oui, oui, oui, redit le peuple avec un accent d’orgueil de lui-même et de conscience dans la voix.
— La République, reprend Lamartine, savez-vous que c’est le gouvernement de la vertu, et vous sentez-vous assez vertueux, assez magnanimes, assez cléments pour vous immoler aux autres, pour oublier les injures, pour ne pas envier les heureux, pour faire grâce à vos ennemis, pour désarmer vos cœurs de ces arrêts de mort, de ces proscriptions, de ces échafauds qui ont
déshonoré ce nom de république il y à un demi-siècle, et pour réconcilier la France avec ce nom aujourd’hui ? Interrogezvous, sondez-vous, et prononcez vous-mêmes votre propre arrêt ou votre propre gloire!
— Oui, oui, oui, nous nous sentons capables de toutes ces vertus, s’écrièrent dans un unanime enthousiasme ces voix devenues recueillies et presque religieuses à la voix de l’orateur.
— Vous le sentez ? vous le jurez ? vous en attestez ce Dieu qui se manifeste dans les heures comme celle-ci par le cri et par l'instinct des peuples ? répondit Lamartine avec une suspension dans l'accent comme pour attendre la réponse. »
Un tonnerre d’affirmation répond à son geste.
« Eh bien! dit-il, c’est vous qui l’avez dit : vous serez République, si vous êtes aussi dignes de la conserver que vous avez été héroïques pour la conquérir. »
La salle, les cours, les voûtes qui descendent sous les vestibules tremblèrent de l'écho prolongé des applaudissements.
« Mais entendons-nous, reprend Lamartine, nous et vous, nous voulons la République; mais nous serions, vous et nous, indignes du nom de républicains, si nous prétendions commencer la liberté par la tyrannie, ou dérober le gouvernement dela liberté, de l'égalité, de la justice, de la religion et de la vertu, comme un larcin, dans une nuit de sédition et de confusion comme celle-ci. Nous n’avons qu’un droit, celui de déclarer notre pensée, notre volonté à nous, peuple de Paris, celui de prendre la glorieuse initiative du gouvernement de liberté amené par les siècles, et de dire au pays et au monde que nous prenons sous notre responsabilité de proclamer la République provisoire comme gouvernement du pays, mais en laissant au pays, à ses trente-six millions d’âmes qui ne sont pas ici, qui ont le même droit que nous de consentir, de préférer ou de répudier telle ou telle ferme d'institution, en leur réservant, dis-je, ce qui leur appartient, comme notre préférence nous appartient à nousmêmes, c’est-à-dire l'expression de leur volonté souveraine dans le suffrage universel, première vérité et seule base de toute république nationale.
— Oui, oui, c’est juste, répond le peuple, la France n’est pas ici. Paris est la tête, mais Paris doit guider et non opprimer les membres. Vive la République! Vive le Gouvernement provisoire! Vive Lamartine ! Que le Gouvernement provisoire nous sauve |! I1 est digne de son mandat ; en choisir un autre serait diviser
1. « Les notes de ce dialogue ont été recueillies sur place et remises textuellement à l’auteur par deux assistants, MM, Sarrans et Ernest Grégoire. » (Note de Lamartine.)
Ta
le peuple et donner des heures à la tyrannie pour son retour 1,» A ces cris, Lamartine descend triomphant de l’estrade au milieu des applaudissements unanimes. I] rétablit l’ordre, les postes, les sentinelles, les canons dans les cours ; il remonte, assuré de la confiance du peuple et de l'unité du Gouvernement provisoire, (Mémoires politiques, Livre XI, xvII à xx.)
La République et Lamartine.
Lamartine, on vient de le voir, n’était pas de ces forcénés qui voulaient la République à tout prix. Il était surtout partisan d’un ofdre généreux et large. « Ce n’est point un crime, affirma-t-il plus tard, de n’avoir pas été républicain âävant qué la République existät. »
I1 la laissa donc s’établir, prenant soin d’insister sur les responsabilités que prenait le peuple en demandant cette forme de gouvernement.
Lamartine s’est expliqué nettement et a défini la nuance de son républicanisme dans le passage suivant :
UN GOUVERNEMENT dont je n'estimais pas l’origine, mais contre lequel je ne conspirais pas, venait de s’abimer et de disparaître en trois heures, sans défense. Une heure après, surpris comme tout le monde, je crus (comme je crois encore) que le seul moyen de raffermir d’un mot le sol fondamental était de proclamer sur les ruines de cette monarchie disparue üné république de nécessité et de salut...
Jen'étais pas un républicain radical, un républicain subvéersif, un républicain chimérique, rêvant de bouleverser les fondements de la politique et de la société civile... ; j'étais un républicain improvisé, un républicain politique, un républicain conservateur de tout ce qui doit être conservé sous peine de mort dans une société : ordre, vies, religion libre, fortunes, industrie, liberté légale, respect de toutes les classes de citoyéns lés ünés envers les autres, paix des nations entre elles dans leur indépéendance réciproque et dans l'esprit de leurs traités, droit public de l’Europe.
(Cours familier de Littérature, Entretien VII [1856], $ xvr.)
1. « On m'a accusé pour ma conduite énergique au 24 février. Selon moi, on a eu tort. Il fallait me louer du parti de la République pris à temps et hardiment pris, quand il n’y avait plus de roi et que la régence était impossible, Là j'étais politique honnête et courageux, » (Mémoires politiques, XXXV, vir.)
Lamartine et le Drapeau rouge.
Le 25 février, l'Hôtel de Ville de Paris, où le Gouvernement provisoire tenait séance, fut assiégé par des bandes de terroristes armés « qui avaient arboré le drapeau rouge et prétendaient l’imposer au Gouvernement ».
UNE HORDE furieuse d'environ quatre à cinq mille hommes paraissant sortir des faubourgs les plus reculés et les plus indigents de Paris, mêlés à quelques groupes mieux vêtus et mieux armés, franchit vers deux heures les rampes de toutes les cours de l'hôtel, inonda les salles, força les résistances et s’engouffra avec des cris de mort, des cliquetis d'armes, et des coups de feu partis au hasard, jusque dans une espèce de portique élevé au milieu d’un escalier étroit sur lequel débouchent les couloirs de service qui protégeaient de ce côté l'asile du Gouvernement.
Lagrange! les cheveux épars, deux pistolets à la ceinture, le geste exalté, dominant la foule par sa haute taille, le tumulte Par sa voix semblable au hurlement des masses, s’agitait en: vain au milieu de ses amis de la veille, de ses exagérateurs du lendemain, pour satisfaire et pour contenir à la fois l’élan de cette foule enivrée d'enthousiasme, de victoire, d’impatience, de soupçons, de tumulte et de vin. La voix presque inarticulée de Lagrange excitait autant de frénésie par l’accent qu'elle voulait en apaiser par l'intention. Ballotté comme un mât de vaisseau, de groupe en groupe, ilétait porté de l’escalier au couloir, de la porte aux fenêtres, jetant d’en haut à la multitude dans la cour des bras tendus, des saluts de tête, et des allocutions suppliantes emportées par le vent ou éteintes dans le mugissement des étages inférieurs et dans le bruit des coups de feu. Une faible porte qui pouvait à peine laisser passer deux hommes de front servait de diguc à la foule arrêtée par son propre poids. Lamartine, soulevé par les bras et sur les épaules de quelques bons citoyens, s’y précipita. 11 la franchit précédé seulement de son nom, et se retrouva de nouveau en lutte avec les flots les plus tumultueux et les plus écumeux de la sédition.
En vain les hommes les plus rapprochés de lui jetaient-ils son nom à la multitude, en vain l'élevaient-ils par moments sur leurs bras enlacés pour faire contempler sa figure au peuple et pour obtenir silence au moins de la curiosité. La fluctuation de
1. Jeune ouvrier choisi par les insurgés pour parler en leur nom, 11 venait d'être fait «gouverneur de l'Hôtel de Ville »,
cette houle, les cris, les chocs, les retentissements des crosses contre les murs, la voix de Lagrange entrecoupant d’allocutions rauques les courts silences de la multitude, rendaient toute attitude et toute parole impossibles. Englouti, étouffé, refoulé contre la porte fermée derrière lui, il ne restait à Lamartine qu’à lais-
ser passer sur SON COrps l'irruption aveugle et sourde, et le dra-
peau rouge qu’on élevait sur sa tête comme le pavillon vainqueur sur le Gouvernement rendu.
A la fin, quelques hommes dévoués parvinrent à traîner jusqu’à lui un débris de chaise de paille sur laquelle il monta, comme sur une tribune chancelante que soutenaient les mains de ses amis. À son aspect, au calme de sa figure qu’il s’efforçait à rendre d'autant plus impassible qu'il avait plus de passions à réfréner, à la patience de ses gestes, aux cris des bons citoyens implorant le silence pour lui, la foule, dont un spectacle nouveau commande toujours l'attention, commença à se grouper en auditoire et à éteindre peu à peu ses rumeurs.
Lamartine commença plusieurs fois à parler ; mais à chaque tentative heureuse pour faire dominer son regard, son bras et sa voix sur le tumulte, la voix de Lagrange, haranguant de son côté un autre peuple par la fenêtre, faisait remonter dans la salle des éclats gutturaux, des lambeaux de discours et ces hurlements de foule qui étouffaient les paroles et l’action de Lamartine et qui allaient faire triompher la sédition par la confusion. . On calma enfin Lagrange, on l’arracha de sa tribune ; il alla porter la persuasion dans d’autres parties de l'édifice, et Lamar-
tine, dont le parti grossissait avec le péril, put enfin se faire .
entendre de ses amis et de ses ennemis.
Il calma d’abord ce peuple par un hymne de paroles sur la victoire si soudaine, si complète, si inespérée même des républicains les plus ambitieux de liberté. Il prit Dieu et les hommes à témoin de l’admirable modération et de la religieuse humanité que la masse de ce peuple avait montrées jusque dans le combat et dans le triomphe ; il fit ressortir cet instinct sublime qui avait jeté la veille ce peuple encore armé, mais déjà obéissant et discipliné, entre les bras de quelques hommes? voués à la calomnie, à l'épuisement et à la mort pour le salut de tous.
A ces tableaux la foule commençait à s’admirer elle-même, à verser des larmes d’attendrissement sur les vertus du peuple ;
3, Les membres du Gouvernement provisoire.
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l'enthousiasme l’éleva bientôt au-dessus de ses soupçons, de sa, vengeance et de ses anarchies. S
« Voilà ce qu’a vu le soleil d’hier, citoyens ! continua Lamartine. Et que verrait le soleil d'aujourd’huit? Il verrait un autre peuple, d'autant plus furieux qu'il a moins d’ennemis à combattre, se défier des mêmes hommes qu'il a élevés hier audessus de lui ; les contraindre dans leur liberté, les avilir dans leur dignité, les méconnaître dans leur autorité qui n’est que la vôtre ; substituer une révolution de vengeances et de supplices à une révolution d’unanimité et de fraternité ; et commander à son Gouvernement d’arborer en signe de concorde. l’étendard de combat à mort, entre les citoyens d’une même patrie : ce drapeau rouge qu’on a pu élever quelquefois quand le sang coulait, comme un épouvantail contre des ennemis qu'on doit abattre aussitôt après le combat, en signification de réconcilia-
tion et de paix ! J'aimerais mieux le drapeau noir qu'on fait flotter quelquefois dans une ville assiégée comme un linceul, pour désigner à la bombe les édifices neutres consacrés à l’humanité et dont le boulet et la bombe même des ennemis doivent s’écarter. Voulez-vous donc que le drapeau de votre République soit plus menaçant et plus sinistre que celui d’une ville bombardée ?
— Non, non! s’écrièrent quelques-uns des spectateurs ; Lamartine a raison : mes amis, ne gardons pas ce drapeau d’effroi pour les citoyens ! — Si, sil s’écriaient les autres ; c'est le nôtre, c’est celui du peuple, c'est celui avec lequel nous avons vaincu. Pourquoi donc ne garderions-nous pas après la victoire le signe que nous avons teint de notre sang ?
— Citoyens, reprit Lamartine après avoir combattu par toutes les raisons les plus frappantes pour l'imagination du peuple le changement de drapeau et comme se repliant sur sa conscience personnelle pour dernière raison, intimidant ainsi le peuple, qui l’aimait, par la menace de sa retraite ; citoyens, vous pouvez faire violence au Gouvernement, vous pouvez lui commander de changer le drapeau de la nation et le nom de la France. Si vous êtes assez mal inspirés et assez obstinés dans votre erreur pour lui imposer une République de parti et un pavillon de terreur, le Gouvernement, je le sais, est aussi décidé que moi-même à mourir plutôt que de se déshonorer en vous obéissant. Quant à moi, jamais ma main ne signera ce décret !
1. Dans ses Lectures pour Tous (1854), Lamartine a reproduit cette harangue sous le titre: « Improvisation devant le Peuple », et avec quelques variantes dont nous signalons ici les
principales,
Je repousserai jusqu’à la mort ce drapeau de sang, et vous devriez le répudier plus que moi, car le drapeau rouge que vous nous rapportez n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple en 911 et en 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie?!»
À ces derniers mots, Lamartine, interrompu par des cris d'enthousiasme presque unanimes, tomba de la chaise qui lui servait de tribune dans les bras tendus de tous côtés vers lui ! La cause de la République nouvelle l’emportait sur les sanglants souvenirs qu’on voulait lui substituer.
Un ébranlement général, secondé par les gestes de Lamartine et par l'impulsion des bons citoyens, fit refluer l’attroupement qui remplissait la salle jusque sur le palier du grand escalier, aux cris de: « Vive Lamartine ! Vive le drapeau tricolore ! »
Mais là, cette foule, entraînée par les paroles qu’elle venait d'entendre, rencontra la tête d’une nouvelle colonne qui n’avait pu pénétrer dans l’enceinte ni participer à l'émotion des discours. Cette bande montait plus animée et plus implacable que tous les attroupements jusqu'alors contenus ou dissipés. Un choc en sens inverse eut lieu sous le porche et sur les derniers degrés de la rampe entre ces deux foules dont chacune voulait entraîner l’autre dans son impulsion, ceux-ci pour le drapeau rouge, ceux-là pour le drapeau reconquis par les paroles de Lamartine. Des colloques menaçants, des vociférations ardentes, des gestes d’obstination forcenée, des cris d’étouffements, deux ou trois coups de feu partis du pied de l'escalier, des lambeaux de drapeau rouge, des armes nues agitées sur les têtes, faisaient de cette mêlée une des scènes les plus sinistres de la Révolution.
Lamartine se précipita entre les deux partis.
« C’est Lamartine ! place à Lamartine ! écoutez Lamartine ! » crièrent les citoyens qui l’avaient une première fois entendu.
« Non, non, non ! À bas Lamartine ! Mort à Lamartine ! Point :
de transaction, point de paroles ! le décret ! le décret ! ou le gou-
vernement des traîtres à la lanterne ! » hurlaient les assaiïllants. Ces cris ne firent ni hésiter, ni reculer, ni pâlir Lamartine. On était parvenu à traîner jusque sur le palier, derrière lui,
la chaise brisée sur laquelle il était monté tout à l’heure ; il y 1. Allusion au massacre du 17 juillet 1797.
2. Réminiscence du mot de La Fayette: « Je vous apporte une cocarde qui fera le tour du monde.»
monte adossé au chambranle de la grande porte gothique labourée la veille et le matin de balles. À son aspect, la fureur des assaillants, au lieu de s’apaiser, éclate en imprécations, en clameurs, en gesticulations menaçantes. Des canons de [fusil, dirigés de loin sur les degrés les plus éloignés de lui, semblaient viser la porte. Un groupe plus rapproché d’une vingtaine d'hommes, aux visages abrutis par l'ivresse, brandissait des baïonnettes, des sabres nus. En avant d’eux et touchant presque à ses pieds, huit à dix forcenés, le sabre à la main, se lançaient la tête en avant comme pour enfoncer des coups d’un bélier le faible groupe qui entourait Lamartine. Parmi les premiers, deux ou trois paraissaient hors de sens. Leurs bras avinés dardaient en aveugles leurs armes nues que des citoyens courageux embrassaient et relevaient en faisceaux comme des faucheurs relèvent la gerbe. Les pointes agitées des sabres montaient par moments jusqu'à la hauteur de la figure de l’orateur, dont la main fut légèrement effleurée. Le moment était suprême, le triomphe indécis ; un hasard le décida. Lamartine ne pouvait pas être entendu et ne voulait pas descendre. Une hésitation eût tout perdu. Les bons citoyens étaient consternés. Lamartine s'attendait à être renversé et foulé aux pieds de la multitude.
A ce moment, un homme se détacha d’un groupe sur la droite. 11 fendit la foule ; il se hissa sur le socle d’un jambage de la porte, presque à la hauteur de Lamartine et en vue du peuple. C'était un homme d’une taille colossale et doué d’une voix forte comme le rugissement d’une émeute. Son costume seul l'aurait fait, regarder d’une multitude. Il portait une redingote de toile écrue usée, tachée, déchirée, comme les restes du vêtement d’un mendiant. Un pantalon large flottant à mi-jambe laissait à nu ses pieds sans chaussures ; ses longues et larges mains sortaient avec la moitié de ses bras amaïgris de ses manches trop courtes. Sa chemise débraillée laissait compter les côtes et les muscles de sa poitrine. Son col était nu, sa tête aussi ; ses cheveux bruns, longs, entremêlés de paille et de poussière, flottaient à droite et à gauche de son visage. Ses yeux étaient bleus, lumineux, humides de tendresse et de bonté; sa physionomie ouverte respiraît l'enthousiasme jusqu’au délire et jusqu'aux larmes, mais l'enthousiasme de l'espérance et de l'amour. Véritable apparition du peuple dans ses moments de grandeur, à la fois misérable, terrible et bon.
Une des balles tirées d'en bas tout à l'heure venait de lui
cffleurer le sommet du nez tout près des yeux; son sang, qu'il étanchait par moments, coulait en deux filets sur ses joues et sur ses lèvres. Il ne semblait pas penser à sa blessure ; il tendait ses deux bras vers Lamartine, il l’invoquait des yeux et du geste, il l’appelait le conseil, la lumière, le frère, le père, le Dieu du peuple. « Que je le voie, que je le touche, que je lui baise seulement les mains! s’écriait-il. Écoutez-le ! ajoutait-il en se retournant vers ses camarades, suivez ses conseils, tombez dans ses bras, frappez-moi avant de l'atteindre. Je mourrai mille fois pour conserver ce bon citoyen à mon pays ! »
A ces mots, se précipitant sur Lamartine, cet homme l’embrassait convulsivement, le couvrait de son sang, le tenait longtemps dans ses bras. Lamartine lui tendait la main et la joue, et s’attendrissait sur cette magnanime personnification de la multitude.
À cette vue, le peuple étonné et ému s’attendrit lui-même. L'amour qu’un homme du peuple,un blessé, un prolétaire inondé de sang, un indigent portant sur ses membres nus tous les stigmates, tous les haïllons, toutes les misères du prolétariat, témoignait à Lamartine, était aux yeux de la foule un gage visible et irrécusable de la confiance qu’elle pouvait prendre elle-même dans les intentions de ce modérateur inconnu, de la foi qu’elle devait avoir dans les paroles de l'organe du Gouvernement. Lamartine, apercevant cette impression et cette hésitation dans les regards et dans les mouvements de la multitude, en profita pour porter les derniers coups au cœur mobile de ce peuple ému. Un long tumulte bruissait à ses pieds entre ceux qui voulaient l'écouter et ceux qui s’obstinaient à ne rien entendre. Toujours assisté du mendiant, qui d’une main étanchait le sang de sa blessure au visage et de l’autre main faisait le signe
- du silence imposé au peuple :
« Eh quoi ! citoyens, leur dit-il, si on vous avait dit il y a trois jours que vous auriez renversé le trône, détruit l’oligarchie, obtenu le suffrage universel au nom du titre d'homme, conquis tous les droits du citoyen, fondé enfin la République, cette République, le rêve lointain de ceux mêmes qui sentaient son nom caché dans les derniers replis de leur conscience comme un crime ! Et quelle république ? non plus une république comme celle de la Grèce ou de Rome, renfermant des aristocrates et des plébéiens, des maîtres et des esclaves ; non pas une république
1, Tout ce qui suit ici ne figure pas dans les textes des Lectures pour Tous,
comme les républiques aristocratiques des temps modernes, renfermant des citoyens et des prolétaires, des grands et des petits devant la loi, un peuple et un patriciat ; mais une république égalitaire où il n’y a plus ni aristocratie, ni oligarchie, ni grands, ni petits, ni praticiens, ni plébéiens, ni maîtres, ni ilotes devant la loi ; où il n’y a qu’un seul peuple composé de l’universalité des citoyens, et où le droit et le pouvoir public ne se composent que du droit et du vote de chaque individu dont la nation est formée, venant se résumer en un seul pouvoir collectif appelé le Gouvernement de la République et retournant en lois, en institutions populaires, en bienfaits à ce peuple d’où il est émané. |
« Si l’on vous avait dit tout cela, il y a trois jours, vous auriez refusé de le croire ! Trois jours ? auriez-vous dit, il faut trois siècles pour accomplir une œuvre pareille au profit de l’humanité. {Acclamations.)
« Eh bien ! ce que vous avez déclaré impossible est accompli ! Voilà notre œuvre, au milieu de ce tumulte, de ces armes, de ces cadavres de vos martyrs, et vous murmurez contre Dieu et contre nous ? >
— Non, non, s’écrièrent plusieurs voix.
— Ah! vous seriez indignes de ces efforts, reprend Lamartine si vous ne saviez pas les contempler et les reconnaître.
« Que vous demandons-nous pour achever notre œuvre ? Sont-ce des années ? non ; des mois ? non ; des semaines ? non; des jours seulement ! Encore deux ou trois jours, et votre victoire sera écrite, acceptée, assurée, organisée de manière à ce qu'aucune tyrannie, excepté la tyrannie de vos propres impatiences, ne puisse l’arracher de vos mains ! Et vous nous refuseriez ces jours, ces heures, ce calme, ces minutes |! et vous étoufferiez la République née de votre sang dans son berceau !
— Non, non, non, s’écrièrent de nouveau cent voix, confiance, confiance ! Allons rassurer et éclairer nos frères ! Vive le Gouvernement provisoire! vive la République! vive Lamartine!
— Citoyens1, poursuivit-il de nouveau, je vous ai parlé en citoyen, tout à l'heure, eh bien ! maintenant écoutez en moi votre ministre des Affaires étrangères. Si vous m'enlevez le drapeau tricolore, sachez-le bien, vous m’enlevez la moitié de la force extérieure de la France! car l’Europe ne connaît que le drapeau de ses défaites et de nos victoires, — c’est le drapeau de
1. « Peuples ! — reprennent ici les Lectures pour Tous — je vous ai parlé en citoyen « jusqu'ici: eh bien, laissez-moi, puisque vous aimez la patrie, vous parler en homme e d'État et en patriote à présent. Si-vous m'’enlevez, etc... »
la République et de l'Empire. En voyant le drapeau rouge, elle ne croira voir que le drapeau d’un parti ! — C'est le drapeau de la France, c'est le drapeau de nos armées victorieuses, c'est le drapeau de nos triomphes qu'il faut relever devant l’Europe. La France et le drapeau tricolore, c'est une même pensée, un même prestige, une même terreur, au besoin, pour nos ennemis, « O ‘peuple souffrant et patient dans sa misère, reprit-il, peuple qui vient de montrer par l’action de ce brave et indigent prolétaire (en embrassant le mendiant du bras droit) ce qu'il y a de désintéressement de tes propres blessures, de magnanimité et de raison dans ton âme ! Ah ! oui, embrassons-nous, aimonsnous, fraternisons comme une seule famille de condition à condition, de classe à classe, d'opulence à indigence. Bien ingrat serait un gouvernement que vous fondez qui oublierait que c’est aux plus malheureux qu'il doit sa première sollicitude ! Quant à moi, je ne l’oublierai jamais. J'aime l’ordre; j'y dévoue, comme vous voyez, ma vie; j'exècre l’anarchie, parce qu’elle est le démembrement de la société civilisée ; j'abhorre la démagogie, parce qu'elle est la honte du peuple et le scandale de la liberté ; mais, quoique né dans une région sociale plus favorisée, plus heureuse que vous, mes amis ! que dis-je ? précisément peutêtre parce que j'y suis né, parce que j'ai moins travaillé, moins souffert que vous, parce qu'il m'est resté plus de loisir et de réflexion pour contempler vos détresses et pour y compatir de plus loin’, j'ai toujours aspiré à un gouvernement plus fraternel, plus pénétré dans ses lois de cette charité qui nous associe en ce moment, dans ces entretiens, dans ces larmes, dans ces embrassements d'amour dont vous me donnez de tels témoignages et dont je me sens inondé par vous... »
Au moment où Lamartine allait continuer et ouvrait ses bras pour y appeler les groupes les plus rapprochés de lui, il s'arrêta tout à coup, la parole suspendue sur les lèvres, le geste pétrifié, le regard fixe et comme attaché sur un objet invisibie au reste de la multitude.
1. VARIANTE des Lectures pour Tous: une même terreur, au besoin, contre les ennemis «de la patrie ! Abattez ce drapeau rouge, ou répudiez la gloire et la force de la France!
(On applaudit et on menace tour à tour l’orateur de la pointe des sabres et des piques.)
« Vous ne me ferez pas reculer, vous ne me ferez pas taire tant que j'aurai un souffle de « vie sur les lèvres, J'aime l’ordre, etc... »
2. Var, des Lectures pour Tous:«.. pour y compatir de plus haut, ayez confiance dans mes «conseils, repoussez ce drapeau de sang ! abolissez la peine de mort, et relevez le dra- «peau de l’ordre, de la victoire et de l’humanité !»
C'est qu'en effet il voyait confusément uepuis quelques minutes, à travers cette espèce de nuage que l'improvisation jette sur les yeux de l’orateur, s’avancer vers lui une figure fantastique dont il ne pouvait se rendre compte à lui-même et qu'il prenait pour un jeu d’optique ou pour un vertige d’imagination.
C'était un buste de jeune homme, vêtu de bleu, dominant un peu la foule et s’approchant de lui sans marcher, comme ces fantômes qui glissent sur le sol, sans aucun balancement de pas. Plus la figure s’avançait ainsi, plus le regard de Lamartine s'étonnait, et plus sa parole semblait hésiter sur ses lèvres. A la fin il reconnut dans ce buste le visage de Louis Blanci. Ce visage était coloré, mais les yeux ouverts étaient immobiles comme dans un évanouissement passager. C'était, en effet, Louis Blanc, que l'épuisement et la chaleur avaient fait apparemment évanouir dans l’étage inférieur, et qu’un groupe de ses amis apportait silencieusement et lentement à travers la masse du peuple attentif. Au même moment, le blessé qui avait embrassé et sauvé Lamartine tomba épuisé, et entraîna la chaise en tombant. Lamartine fut soutenu par les mains de quelques hommes du peuple. Louis Blanc reprit ses sens à l’air des fenétres. Ce tumulte inter: ompit le discours, mais n’en détruisit pas l'effet”.
Malgré cette diversion, le peuple, sensible aux reproches sur son impatience, et enlevé comme la première fois par le fanatisme de sa propre gloire répudiée par lui avec son drapeau, s’impressionna surtout par cette espèce de confidence qu’un ministre des Affaires étrangères lui faisait à haute voix dans l'intérêt de
1. il était alors secrétaire, et fut bientôt membre en titre du Gouvernement provisoire. Né en 1813, Louis Blanc avait alors trente-cinq ans; «il était de toute petite taille et d’aspect enfantin.v (DANIEL STERN.)
2.Dans les Lectures pour Tous cet incident est omis, ainsi que la dramatique intervention du mendiant blessé, qui précède, Après l’injonction : « Relevez le drapeau de l’ordre !...» fe récit continue ainsi:
«… Le peuple obéit à ces paroles, le drapeau rouge descend des fenêtres et tombe des mains du peuple ; l’orateur se présente à la fin du discours sur les marches du palais, et barangue la multitude apaisée :
« Vous avez montré aujourd’hui à Dieu et aux hommes qu’il n’y a rien qu’on ne puisse « obtenir d’un tel peuple en s’adressant à ses vertus. Ce jour sera inscrit dans votre histoire « au niveau des plus grandes journées de votre vie nationale ; car la gloire que vous y avez « conquise n’appellera pas sur vous les malédictions des victimes ou les ressentiments des « peuples, mais les bénédictions de la postérité. Vous avez arraché le drapeau de Ja Terreur « des mains de la seconde République ! Vousavez aboli l’échafaud ! C'est assez pour deux « jours ! Allez rassurer vos femmes et vos enfants dans leurs demeures, et dites-leur que « vous avez bien mérité, non seulement de l’histoire, mais du cœur humain et de Dieu,»
cette patrie que le peuple adore. Il se retourna pour ainsi dire contre lui-même ; il se précipita, en écartant les fusils et en abaissant les sabres de ceux qui étaient plus près, pour embrasser les genoux et toucher les mains de l’orateur. Des larmes roulaient dans tous les yeux. Le mendiant en versait lui-même ; ces larmes se mêlaient sur sa joue à son noble sang.
Cet homme avait sauvé le drapeau tricolore et sauvé la République d’un 93 plus que la voix de Lamartine et la fermeté du Gouvernement. Après son triomphe, il se perdit confondu dans la foule qui redescendit pour la dernière fois sur la place. Lamartine ne connut pas même son nom et ne le revit jamais depuis. II lui doit la vie, et la France lui doit son drapeau.
(Mémoires politiques, Livre XII, xxvI-XXxI1.)
Manifeste aux Puissances (4 mars 1848).
Devant cette nouvelle effervescence révolutionnaire, les puissances européennes prirent peur et redoutèrent une nouvelle contagion, comme en 1793. Lamartine, ministre des Affaires étrangères, se hâta de les rassurer, par une Circulaire adressée, le 4 mars,« aux agents diplomatiques de la République française », et dans laquelle il exposait à l’Europe les principes et les intentions du Gouvernement de Paris :