Tous trois membres du Gouvernement provisoire
5. Bastide, directeur du National, dans les bureaux duquel Ledru-Rollin avait constitué le Gouvernement, Il devint plus tard membre de l’Assemblée constituante et ministre des Affaires étrangères en remplacement de Lamartine,
tants buttent leurs épaules contre ce fragile rempart, pour soutenir l'assaut et le poids des assaillants.
À peine ces précautions désespérées étaient-elles prises, qu’on entend le tumulte, les vociférations, le cliquetis des armes, les interpellations, les imprécations, les pas, les élans sourds de la colonne dans le corridor extérieur. Ceux qui le défendent sont écartés ou foulés aux pieds ; les crosses de fusil, les pommeaux de sabre, les coups de poing retentissent contre la première porte ; les vitres dont elle est surmontée dans sa partie supérieure frémissent, éclatent, tintent sur les dalles, dans le couloir, entre les deux battants. Les craquements du bois révèlent l’indomptable pression de la foule. La première cède et vole en éclats ; la seconde va être enfoncée de même. Un dialogue sourd et pressé s'établit entre les assaillants et les membres du Gouvernement. Marie, Crémieux, Garnier-Pagès, leurs collègues, leurs amis, refusent avec obstination d’obéir aux injonctions des envahisseurs. Une sorte de capitulation s'établit ; on retire à demi les meubles. Ernest Grégoire, connu des deux camps, entr’ouvre la porte : il annonce que Lamartine va s’aboucher avec le peuple, qu'il va sortir le haranguer et le convaincre des intentions du Gouvernement.
Au nom de Lamartine, prestigieux alors sur le peuple, les imprécations se changent en acclamations de confiance et d'amour. Lamartine se glisse sur les pas de Grégoire, de Payer, et se livre, à demi étouffé par la foule, au flux et au reflux de cette multitude. Elle s’apaise et suspend de proche en proche ses convulsions devant lui. Sa taille élevée lui permet de la dominer de la tête ; son visage serein l’apaise ; sa voix, son geste, la font s’ou-
vrir ou reculer. Un contre-courant s'établit et l'emporte, à tra-
vers le dédale obscur et inconnu des corridors et des degrés, jusqu’à l’entrée de la salle des délibérations populaires. Le Gouvernement provisoire, ainsi momentanément délivré, referme ses portes, place des postes et des sentinelles, et se fortifie contre de nouveaux assauts, incertain toutefois si Lamartine remontera vainqueur ou restera vaincu dans sa lutte entre les deux peuples et les deux Gouvernements.
La salle regorgeait de foule et de tumulte. Une lueur sinistre, des bouffées de chaleur humaine, émanation de cette fournaise d'hommes, des clameurs tantôt étouffées, tantôt stridentes, en sortaient. Il fallut longtemps à Lamartine et au groupe qui l’accompagnait pour y pénétrer!.