‹ Œuvres de Lamartine en sept volumesChapitre 78 sur 88 · Dans son Génic du Christianisme · texte numérisé non relu

Dans son Génic du Christianisme

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Camoëns et Milton ne sont que des échos magnifiques, l’un de Virgile, l’autre de Moïse, qu’on peut lire après leurs modèles en les élevant au même niveau.

Racine lui-même, notre plus grand poète, n’est que le plus mélodieux des symphonistes, qu’on peut entendre au théâtre, ou qu’on peut lire comme on écoute, dans le silence de l’âme,

la musique des langues.

Mais Job, vous pouvez le lire devant Dieu lui-même, sans vous distraire de la majesté et de la terreur divines ; car ses vers semblent écrits sur la page avec la majesté, la terreur et l’ombre même visible de Jéhovah. Enfin vous pouvez le lire devant la mort, au chevet de sueurs de l’agonie; devant la pierre déjà levée du sépulcre où vous allez dormir votre sommeil, car l'agonie n’a pas plus de frissons, la mort n’a pas plus d’horreurs, le sépulcre n’a pas plus de ténèbres que son livre. Quel poète que celui qui n’a pas une chose mortelle ou immortelle à laquelle il ne soit égal ! Quel livre que celui qui peut passer dans votre main de la vie cu néant, du soleil sous la terre, du temps à l'éternité, sans pâlir à vos yeux, et qu'on peut lire des deux côtés de la tombe sans changer de feuillet ! Si on lit dans le sépulcre et dans l'éternité, soyez sûrs qu'on y lira ce livre. C'est le livre des deux mondes.

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Job est le poète du désert ; c’est apparemment pour cela qu'il est le plus grand de tous. Je prends ici le mot grand dans son acception la plus matérielle comme dans son acception la plus métaphysique à la fois. L'âme de l'homme, selon moi, est incontestablement un principe immatériel ; je ne saurais pas le prouver, mais je le sens et je le crois ; c'est la meilleure des preuves. L'homme n’est sûr que de ce qu'il croit.

Job, nous le répétons encore, c’est le poète du désert, Or, qu'est-ce que le désert ? C’est l'espace ; et de quoi l’espace est-il l’image ? de l'infini. |

En meilleurs termes, Job est donc le poète de l'infini.

Le désert lui fournit son sujet, son immensité, ses couleurs, ses images, son style. L’infini concentré et répercuté dans le creux de la poitrine d’un homme, voilà bien Job.

Qu'est-ce que Job ?

Personne n'en sait rien.

.… Non, personne ne sait qui fut ce premier, et selon moi, ce plus sublime de tous les poètes ; personne ne connaît le véritable auteur de ce poème en quelque sorte surhumain.….

.… Quant à nous, voici franchement et hardiment ce que nous pensons de l'auteur et du poème.

Job, selon moi, était évidemment un de ces fils de la famille patriarcale et pastorale de l’Idumée, plus imbu que ses contemporains des traditions et des vérités de souvenir de la race primitive, et parlant aux hommes, on ne sait combien d’années après le déluge, la langue philosophique, théologique et poétique que nos premiers ancêtres avaient comprise et parlée avant le cataclysme physique et moral de l'humanité. Je ne puis m'expliquer autrement cette fulguration de lumière, de divinité, de science, de sagesse, et même de langage, dans une si complète obscurité de la terre ! Job est pour moi un Platon de cette philosophie tronquée, mais surhumaine, que j’appellerai la philosophie antédiluvienne.

Qu'on en pense ce qu'on voudra, c’est mon idée ; il m'est impossible d’en avoir une autre en trouvant ce diamant si divinement taillé dans ce sable sans traces du désert de Hus. Et cette idée, elle n’est pas en moi d'aujourd'hui, car voici ce que j'écrivais sur Job à une autre époque et dans une étude moins approfondie que celle-ci :

« J'ai lu aujourd'hui le livre entier de Job. Ce n'est pas la voix d'un homme, c'est la voix d’un temps. L'accent vient du plus profond des siècles. On dit qu’à l’époque où l’homme s'exprimait ainsi le monde était dans son enfance ; cependant tout indique, dans cette épopée de l’âme, dans ce drame de pensées, dans cette philosophie lyrique, dans ce gémissement élégiaque, la sagesse et la mélancolie des jours avancés. Pendant combien d’années ou de siècles ne fallait-il pas que l’humanité eût accumulé, remué, scruté ses pensées en elle-même, pour arriver à de telles conclusions métaphysiques sur les misères de sa destinée et sur les mystères de la Providence divine ! Quoi ! du premier coup, du premier vagissement de son âme, l'homme aurait parlé à la fois comme homme et comme Dieu ! Ce premier cri du cœur

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