‹ Œuvres de Laplace (volume 3)Chapitre 105 sur 281 · PREMIÈRE PARTIE, LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, LIVRE DEUXIÈME

iâ cause. En général , on verra dans le cours de cet otuvrage que la loi de la gravitation réciproque au carré des distances représente avec une extrême précision toutes les inégalités observées des mouvements célestes : cet accord , joint à la simplicité de cette loi, nous autorise à penser qu elle est rigoureusement celle de la nature.

La gravitation est proportionnelle aux masses, car il résulte du n® 3 que les planètes et les comètes étant supposées à la même distance du soleil, et abandonnées à leur gravité vers cet astre, elles tomberaient, en temps égal, d*une égale hauteur, en sorte que leur pesanteur serait proportionnelle à leur masse. Les mouvements presque circulaires des satellites autour de leurs planètes nous prouvent qu'ils pèsent comme ces planètes, vers le soleil, en raison de leur masse; la plus légère différence à cet égard serait sensible dans le mouvement des satellites, et les observations n'ont fait découvrir aucune inégalité dépendante de cette cause. On voit donc que les comètes, les planètes, et leurs satellites, placés à la même distance du soleil, pèseraient vers cet . astre en raison de leurs masses; d'où il suit, en vertu de l'égalité de Faction à la réaction , qu'ils attireraient dans la même raison le soleil, et qu'ainsi leur action sur cet astre est proportionnelle à leurs masses divisées par le carré de leurs distances à son centre.

La même loi s'observe sur la terre : on s'est assuré par des expériences très-précises faites au moyen du pendule, que sans la résistance de Tair tous les corps se précipiteraient vers son centre avec une égale vitesse; les corps terrestres pèsent donc sur la terre en raison de leurs masses, ainsi que les planètes pèsent "vers le soleil , et les satellites vers leurs planètes. Cette conformité de la nature avec elle-même, sur la terre et dans l'immensité des cieux, nous montre de la manière la plus frappante que la pesanteur observée ici-bas n'est qu'un cas particulier d'une loi générale répandue dans l'univers.

La propriété attractive dés corps célestes ne leur appartient pas seulement en masse, mais elle est propre à chacune de leurs molécules. Si le soleil n'agissait que sur le centre de la terre, sans attirer particulièrement chacune de ses parties, il en résulterait dans rOcéan des oscillations incomparablement plus grandes et très-différentes de celles que Ton y observe; la pesanteur de la terre vers le soleil est donc le résultat des pesanteurs de toutes ses molécules, qui par conséquent attirent le soleil en raison de leurs masses respectives. D'ailleurs, chaque corps sur la terre pèse vers son centre, proportionnellement à sa masse; il réagit donc sur elle, et l'attire suivant le même rapport. Si cela n'était pas, et si une partie quelconque de la terre, quelque petite qu'on la suppose, n'attirait pas l'autre partie comme elle en est attirée, le centre de gravité de la terre serait mû dans l'espace en vertu de la pesanteur, ce qui est impossible.

Les phénomènes célestes, comparés aux lois du mouvement, nous conduisent donc à ce grand principe de la nature, savoir que toutes les molécules de la matière s'attirent mutuellement en raison des masses, et réciproquement au carré des distances. Déjà l'on entrevoit dans cette gravitation universelle la cause des perturbations que les corps célestes éprouvent ; car les planètes et les comètes étant soumises à leur action réciproque, elles doivent s'écarter un peu des lois du mouvement elliptique, qu elles suivraient exactement si elles n'obéissaient qu'à l'action du soleil. Les satellites, troublés dans leurs mouvements autour de leurs planètes, par leur attraction mutuelle et par celle du soleil, s'écartent pareillement de ces lois. On voit encore que les molécules de chaque corps céleste, réunies par leur attraction, doivent former une masse à peu près sphérique , et que la résultante de leur action à la surface du corps doit y produire tous les phénomènes de la pesanteur. On voit pareillement que le mouvement de rotation des corps célestes doit altérer un peu la sphéricité de leur

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