‹ Œuvres de Laplace (volume 4)Chapitre 71 sur 303 · LIVRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME

le liquide prend subitement un volume et une force expansivc très-considérables, et il se dissiperait en vapeurs s*il n était pas fortement contenu par les parois du vase ou du tube qui le renferme. C'est à cet état de gaz très-comprimé que M. Cagniard- Latour a réduit Teau, Talcool, Téther, etc. Dans cet état, les deux premières forces sont encore sensibles, mais la densité du fluide ne satisfait point à la loi de Mariote. On verra, dans la suite, que pour y satisfaire, ainsi qu à la loi de MM, Dalton et Gay-Lussac, il est nécessaire que le fluide soit réduit à Tétat aéiiforme, dans lequel la troisième force devient la seule sensible*. Dans cet état, la densité du gaz contenu dans un vase est partout la même, excepté dans les points très-voisins des parois, à une distance égale ou plus petite que le rayon de la sphère d'activité sensible des forces attractives et répulsives.

On doit faire ici une remarque importante. Les phénomènes de chaleur que présentent les passages des corps de l'état solide à l'état liquide, et de l'état liquide à l'état de vapeurs, ont fait distinguer dans les molécules deux espèces de chaleur : l'une libre, ou sensible au thermomètre; l'autre insensible au thermomètre, ou latente. Une quantité considérable de calorique est absorbée dans ces passages et devient latente, mais elle reparaît dans le retour des vapeurs à l'état liquide, et de l'état liquide à l'état solide. Le calorique absolu d'un corps est la somme de son calorique libre et de son calorique latent. C'est uniquement au calorique libre ou qui exerce une action sur le thermomètre, qu'il faut attribuer les résultats dont j'ai parlé. On sait que la température des gaz augmente par leur compression, et Ton con-

* Ne peul-OD pas admettre avec vraisemblance que le calorique des molécules aériennes exerce sur le calorique des molécules d*un corps réduit en parties très-fines une force répulsive d*autant plus grande , que ces molécules se rapprochent plus de la ténuité des molécules de Tair, ce qui doit contribuer à soulever ces parties et à les retenir pendant longtemps dans r atmosphère? N'est-ce pas ainsi que les vapeurs vésiculaires, qui forment les nuages, s*y maintiennent suspendues?

çoît que cela doit être; car le rayonnement d'une molécule de gaz étant, comme on l'a vu, proportionnel au produit de la densité du gaz, par le carré du calorique libre de la molécule, ce rayonnement, et par conséquent la température de l'espace dans lequel la molécule serait en équilibre de température, doit croître avec cette densité. Mais la vitesse observée du son, et les expériences sur le calorique abandonné par l'air sous diverses pressions en se refroidissant, indiquent un accroissement de calorique latent, par le seul eflPet de la compression. Il faut donc ajouter aux suppositions que nous avons faites la considération de la chaleur latente. En modifiant ainsi les hypothèses d'après Texpérience, on peut découvrir la loi générale des phénomènes et la soumettre au calcul.

Dans le mélange de divers gaz qui n'exercent point d'action d'affinité les uns sur les autres, leurs molécules finissent par être mêlées de manière que la plus petite portion du mélange renferme chacun de ces gaz dans la même proportion que le mélange entier. Chaque molécule de gaz étant suspendue dans l'espace par Faction répulsive du calorique des molécules environnantes sur son propre calorique, et cette action étant alors égale dans tous les sens, elle est dans un état stable d'équilibre. Je donne l'expression analytique de la pression que le gaz composé exerce sur les parois de l'espace qui le contient, et celle du rayonnement de chaque molécule de gaz. Il en résulte qu'à températures égales la pression de ce mélange est, comme pour un gaz simple, proportionnelle à sa densité. Il en résulte encore que l'accroissement de son volume par un accroissement de température, la pression restant la même, est égala celui d'un gaz simple. Enfin, la pression que le mélange exerce sur les parois est, à températures égales, la somme des pressions que chacun des gaz exercerait séparément s'il existait seul dans le même espace. On peut donc concevoir le mélange comme un gaz simple dont chaque molécule serait un groupe

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