LIVRE DOUZIÈME
chaleur de Tair et des gaz. 11 en résulte que ma formule de la vitesse du son s'étend à toutes les élévations au-dessus du niveau de la mer, et c est ce que confirme l'expérience de cette vitesse faîte par les savants français et espagnols envoyés au Pérou en 1740, pour y mesurer un degré du méridien. Ils ont trouvé à Quito, élevé de 2800 mètres au-dessus du niveau de la mer, la vitesse du son que l'on a déterminée à ce niveau.
Si l'on suppose le rapport des deux chaleurs spécifiques des gaz rigoureusement constant, on obtient la chaleur absolue de leurs molécules exprimée par une fonction arbitraire dont la forme la plus simple est une constante, plus une autre constante divisée par la densité du gaz, et multipliée par sa pression élevée à une puissance égale au rapport de la chaleur spécifique de ce gaz sous un volume constant, à sa chaleur spécifique sous une pression constante. Cette expression fort simple satisfait à trèspeu près aux diverses expériences que Ton a faites jusqu'à présent sur les phénomènes de chaleur des gaz, dans leur compression et dans leur refroidissement, et des vapeurs en passant à l'état liquide.
Les principes précédents appliqués aux atmosphères donnent les lois de leur équilibre et de leur pression aux diverses hauteurs, ainsi que la vitesse du son dans toutes les directions. Les molécules atmosphériques sont contenues par l'attraction du corps qu'elles environnent. Elles s'étendent au-dessus de sa surface jusqu'à une limite qu'il est impossible d'assigner, et qui dépend du poids de chaque molécule, de la force répulsive de son calorique, et du décroissement de la température. Mais on conçoit facilement l'existence de cette limite. Si l'on considère la lumière du soleil comme produite par les vibrations qu'il excite dans une atmosphère qui l'entoure, mes formules donnent sa vitesse, qui n'est pas un sept-centième de celle que Ton observe. Il faut donc, si la lumière consiste dans les vibrations d'un fluide éthéré, que
ce fluide soit comprimé dans les espaces célestes par des forces bien supérieures à celles qui retiennent les atmosphères. Nous ne voyons rien dans ces espaces qui puisse produire une semblable compression.
Les physiciens qui se sont occupés avec le plus de succès de la théorie de la chaleur ont admis l'émission du calorique par les molécules des corps. Us ont expliqué par là, d'une manière heureuse, l'égalité de température dans tous les points d*un espace dont toutes les parties de l'enveloppe sont à la même température, et la réflexion du froid par les miroirs concaves. Us ont déterminé les lois de la propagation de la chaleur dans les corps solides. Les phénomènes les ont conduits à distinguer deux espèces de chaleur, l'une libre et l'autre latente. La théorie précédente ajoute à ces suppositions celle du calorique retenu dans chaque molécule par l'attraction de cette molécule, et celle de la répulsion de ce calorique par le calorique des molécules environnantes. Ces deux suppositions me paraissent évidemment indiquées par la force répulsive des gaz et par l'augmentation que cette force reçoit d'un accroissement de température. Ma théorie étend aux molécules des gaz le rayonnement admis par les physiciens. Mais pour satisfaire aux lois de Mariote et de MM. Dalton et Gay- Lussac, ce rayonnement doit être proportionnel à la compression que le calorique libre d'une molécule de gaz éprouve de la force répulsive du calorique libre des molécules qui l'environnent. Il paraît donc naturel d'admettre, conlbrmément à ma théorie, cette force répulsive comme la cause du rayonnement des molécules des corps. Au moyen de ces suppositions, les phénomènes de l'expansion de la chaleur et des vibrations des gaz sont ramenés à des forces attractives et répulsives qui ne sont sensibles qu'à des distances imperceptibles. Dans ma théorie de l'action capillaire, j'ai ramené à de semblables forces les eflets de la capillarité. Tous les phénomènes terrestres dépendent de ce genre de forces comme