LIVRE QUATRIÈME
par conséquent ils sont doués d'une force attractive proportionnelle aux masses et réciproque au carré des distances. Par le même principe, les satellites attirent les planètes et le soleil, suivant la même loi ; cette propriété attractive est donc commune à tous les corps célestes.
Elle ne trouble point le mouvement elliptique d'une planète autour du soleil, lorsque Ton ne considère que leur action mutuelle. En effet, le mouvement relatif des corps d'un système ne change point quand on leur donne une vitesse commune; en imprimant donc en sens contraire, au soleil et à la planète, le mouvement du premier de ces deux corps, et faction qu'il éprouve de la part du second, le soleil pourra être regardé comme immobile; mais alors la planète sera sollicitée vers lui par une force réciproque au carré des distances, et proportionnelle à la somme de leurs masses ; son mouvement autour du soleil sera donc eUiptique, et Ton voit par le même raisonnement qu'il le serait encore, en supposant le système de la planète et du soleil emporté d'un mouvement commun dans fespace. 11 est pareillement visible que le mouvement elliptique d'un satellite n'est point troublé par le mouvement de translation de sa planète, et qu'il ne le serait point par l'action du soleil, si cette action était exactement la même sur la planète et sur le satellite.
Cependant, l'action d'une planète sur le soleil influe sur la durée de sa révolution, qui devient plus courte quand la planète est plus considérable; en sorte que le rapport du cube du grand axe de l'orbite, au carré du temps de la révolution, est proportionnel à la somme des masses du soleil et de la planète. Mais puisque ce rapport est à très-peu près le même pour toutes les planètes, leurs masses doivent être fort petites eu égard à celle du soleil; ce qui est également vrai pour les satellites comparés à leur planète principale : c'est ce que confirment les volumes de ces différents corps.
La propriété attractive des corps célestes ne leur appartient pas seulement en masse, mais elle est propre à chacune de leurs molécules. Si le soleil n'agissait que sur le centre de la terre, sans attirer chacune de ses parties, il en résulterait dans l'Océan des oscillations incomparablement plus grandes et très-différentes de celles qu'on y observe; la pesanteur de la terre vers le soleil est donc le résultat des pesanteurs de toutes ses molécules, qui, par conséquent, attirent le soleil en raison de leurs masses respectives. D'ailleurs, chaque corps sur la terre pèse, vers le centre de cette planète, proportionnellement à sa masse; il réagit donc sur elle et l'attire suivant le même rapport : si cela n était pas et si une partie de la terre, quelque petite qu'on la suppose, n'attirait pas l'autre partie, comme elle en est attirée, le centre de gravité de la terre serait mû dans l'espace en vertu de la pesanteur, ce qui est inadmissible.
Les phénomènes célestes, comparés aux lois du mouvement, nous conduisent donc à ce grand principe de la nature, savoir, que toutes les molécules de la matière s'attirent mutuellement, en raison des masses, et réciprocjuement au carré des distances. Déjà l'on entrevoit dans cette gravitation universelle la cause perturbatrice des mouvements elliptiques; car les planètes et les comètes étant soumises à leur action réciproque, elles doivent s'écarter un peu des lois de ce mouvement qu'elles suivraient exactement, si elles n'obéissaient qu'à l'action du soleil. Les satellites, troublés dans leurs mouvements autour de leurs planètes par leur attraction mutuelle et par celle du soleil, s'écartent pareillement de ces lois. On voit encore que les molécules de chaque corps céleste, réunies par leur attraction, doivent former une masse à peu près sphérique, et que la résultante de leur action à la surface du corps doit y produire tous les phénomènes de la pesanteur. On voit pareillement que le mouvement de rotation des corps célestes doit altérer un peu la sphéricité de leur figure et l'aplatir aux pôles.