‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 158 sur 265 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

d'énoncer, s'étend à leurs mouvements de rotation, si, comme les observations l'indiquent, ces mouvements sont égaux à ceux de révolution. L'attraction de Jupiter maintient alors cette inégalité, en donnant aux mouvements de rotation les mêmes équations séculaires qui afTectent les mouvements de révolution. Ainsi les trois premiers satellites de Jupiter forment un système de corps liés entre eux par les inégalités et par les rapports précédents, que leur action mutuelle maintiendra sans cesse, à moins qu'une cause étrangère ne vienne déranger brusquement leurs mouvements et leurs positions respectives. Telle serait une comète qui, traversant ce système, comme la première comète de 1 770 paraît l'avoir fait, choquerait l'un de ces corps. Il est' vraisemblable que de pareilles rencontres ont eu lieu dans l'immensité des siècles écoulés depuis l'origine du système planétaire : le choc d'une comète dont la masse eût été seulement la cent-millième partie de celle de la terre aurait suffi pour rendre sensible la libration des satellites. Cette inégalité n'ayant point été reconnue, malgré tous les soins que Delambre a pris pour la démêler dans les observations, on doit en conclure que les masses des comètes qui peuvent avoir rencontré l'un des trois satellites de Jupiter sont extrêmement petites, ce qui confirme ce que nous avons déjà observé sur la petitesse des masses des comètes.

Les orbes des satellites éprouvent des changements analogues aux grandes variations des orbes planétaires; leurs mouvements sont pareillement assujettis à des équations séculaires semblables à cèle de la lune. Le développement de toutes ces inégalités par la suite des temps fournira les données les plus avantageuses pour la détermination des masses des satellites, et de l'aplatissement de Jupiter. L'influence considérable de ce dernier élément, sur les mouvements des nœuds, fixe sa valeur avec autant de précision que les mesures directes. On trouve par ce moyen le rapport du petit axe ée Jupiter an diamètre de son équateur, égal à 0,9868,

ce qui diffère très-peu du rapport de seize à dix-sept, que donnent par un milieu les mesures les plus précises de Taplalissemcnt de cette planète. Cet accord est une nouvelle preuve que la pesanteur des satellites vers la planète principale se compose des attractions de toutes ses molécules.

L'un des plus curieux résultats de la théorie des satellites de Jupiter est la connaissance de leurs masses, connaissance que leur petitesse extrême et l'impossibilité de mesurer leurs diamètres semblaient nous interdire. J'ai choisi pour cet objet les données qui, dans l'état actuel de l'astronomie, m'ont paru les plus avantageuses; et j'ai lieu de penser que les valeurs suivantes que j'en ai conclues sont fort approchées.

Masses des satellites de Jupiter, celle de )a planète étant prise pour unité.

Page 1