‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 18 sur 265 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

quelles sont plus élevées, ces rayons, en y pénétrant, s'infléchissent de plus en plus, et décrivent une courbe concave vers sa surface. Un observateur placé sur la lune ne cesserait donc de voir un astre que lorsqu'il serait placé au-dessous de son horizon, d'un angle que l'on nomme réfraction horizontale. Les rayons émanés de cet astre vu à l'horizon, après avoir rasé la surface de la lune, continuent leur route en décrivant une courbe semblable à celle par laquelle ils y sont parvenus. Ainsi un second observateur placé derrière la lune, relativement à l'astre, l'apercevrait encore, en vertu de l'inflexion de ses rayons dans l'atmosphère lunaire. Le diamètre de la lune n'est point sensiblement augmenté par la réfraction de son atmosphère; une étoile éclipsée par cet astre l'est donc plus tard que si cette asmosphère n'existait point, et par la même raison elle cesse plus tôt d'être éclipsée; en sorte que l'influence de l'atmosphère lunaire est principalement sensible sur la durée des éclipses du soleil et des étoiles par la lune. Des observations précises et multipliées ont fait à peine soupçonner cette influence; et l'on s'est assuré qu'à la surface de la lune la réfraction horizontale n'excède pas cinq secondes. Cette réfraction sur la terre est au moins mille fois plus grande : l'atmosphère lunaire, si elle existe, est donc d'une rareté extrême et supérieure à celle du vide que nous formons dans nos meilleures machines pneumatiques. De là nous devons conclure qu'aucun des animaux terrestres ne pourrait respirer et vivre sur la lune, et que si elle est habitée, ce ne peut être que par des animaux d'une autre espèce. Il y a lieu de penser que tout est solide à sa surface, car les grands télescopes nous la présentent comme une masse aride' sur laquelle on a cru remarquer les efiets et même l'explosion des volcans.

Bouguer a trouvé, par l'expérience, que la lumière de ïa pleine lune est environ trois cent mille fois plus faible que celle du soleil : c'est la raison pour laquelle cette lumière rassemblée au

foyer des plus grands miroirs, ne produit point d'effet sensible sur le thermomètre.

On distingue, surtout près des nouvelles lunes, la partie du disque lunaire qui n'est point éclairée par le soleil. Cette faible clarté, que l'on nomme lumière cendrée, est due, au moins en grande partie, à la lumière que l'hémisphère éclairé de la terre réfléchit sur la lune; et ce qui le prouve, c'est qu'elle est plus sensible vers la nouvelle lune, quand une plus grande partie de cet hémisphère est dirigée vers cet astre. En eflét, il est visible que la terre offrirait à un observateur j)lacé sur la lune , des phases semblables à celles que la lune nous présente, mais accompagnées d'une plus forte lumière, à raison de la plus grande étendue de la surface terrestre.

Le disque lunaire présente un grand nombre de taches invariables que l'on a obseï vées et décrites avec soin. Elles nous montrent que cet astre dirige toujours vers nous à peu près le même hémisphère; il tourne donc sur lui-même, dans un temps égal à celui de sa révolution autour de la terre; car si l'on imagine un observateur placé au centre de la lune supposée transparente, il verra la terre et son rayon visuel se mouvoir autour de lui; et comme ce rayon traverse toujours au même point, à peu près, la surface lunaire, il est évident que ce point doit tourner en même temps, et dans le même sens que la terre, autour de l'observateur.

Cependant robser\ation suivie du disque lunaire fait apercevoir de légères variétés dans ses apparences : on voit les taches s'approcher et s'éloigner alternativement de ses bords. Celles qui en sont très-voisines disparaissent et reparaissent successivement , en faisant des oscillations périodiques que l'on a désignées sous le nom de libralion de la lune. Pour se former une juste idée des causes principales de ce phénomène, il faut considérer que le disque de la lune, vu du centre de la terre, est terminé par la

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