TOME VI
aux inégalités^culaires de son mouvement de révolution et dirige constamment le même hémisphère vers la terre. La même théorie doit être étendue à tous les satellites dans lesquels on a observé Tégalité des mouvements de rotation et de révolution autour de leur planète.
Le phénomène singulier de la coïncidence des nœuds de Téquateur de la lune, avec ceux de son orbite, est encore une suite de l'attraction terrestre. C'est ce que Lagrange a fait voir le premier, par une très-belle analyse qui Ta conduit à rexf^cation complète de tous les mouvements observés dans le sphéroïde lunaire. Les plans de Téquateur et de Torbite de la lune, et le plan mené par son centre parallèlement à Técliptique, ont toujours, à fort peu près, la même intersection : j'ai reconnu que les mouvements séculaires de l'écliptique n'altèrent ni la coïncidence des nœuds de ces trois plans, ni leur inclinaison moyenne, que l'attraction de la terre maintient constamment la même.
Observons ici que les phénomènes précédents ne peuvent pas subsister avec l'hypothèse dans laquelle la lune, primitivement fluide et formée de couches de densités quelconques, aurait pris la figure qui convient à leur équilibre : ils indiquent entre les axes du sphéroïde lunaire de plus grandes différences que celles qui ont lieu dans cette hypothèse. Les hautes montagnes que l'on observe à la surface de la lune ont sans doute sur ces phénomènes une influence très-sensible et d'autant plus grande que son aplatissement est fort petit et sa masse peu considérable.
Quand la nature assujettit les moyens mouvements célestes à des conditions déterminées, ils sont toujours accompagnés d'oscillations dont l'étendue est arbitraire : ainsi l'égalité des moyens mouvements de rotation et de révolution de la lune est accompagnée d'une libration réelle de ce satellite. Pareillement, la coïncidence des nœuds moyens de l'équateur et de l'orbite lunaire est accompagnée d'une libration des nœuds de cet équateur au-
tour de ceux de l'orbite, iibration très-petite, puisqu'elle a échappé jusquici aux observations. On a vu que la Iibration réelle du grand axe de la lune est insensible, et nous avons observé, dans le chapitre vi, que la Iibration des trois premiers satellites de Jupiter est pareillement insensible. Il est très-remarquable que ces librations, dont l'étendue est arbitraire et pourrait être considérable, soient cependant fort petites, ce que l'on peut attribuer aux mêmes causes qui, dans l'origine, ont établi les conditions dont elles dépendent. Mais, relativement aux arbitraires qui tiennent au mouvement initial de rotation des corps célestes, il est naturel de penser que , sans les attractions étrangères , toutes leurs parties, en vertu des frottements et des résistances qu'elles opposent à leurs mouvements réciproques, auraient pris à la longue un état constant d'équilibre, qui ne peut exister qu'avec un mouvement de rotation uniforme autour d'un axe invariable, en sorte que les observations ne doivent plus olFrir, dans ce mouvement, que les inégalités dues à ces attractions. C'est ce qui a lieu pour la terre, comme on s'en est assuré par les observations les plus précises : le même résultat s'étend à la lune et probablement à tous les corps célestes.
Si la lune a été rencontrée par quelque comète (ce qui, suivant la théorie des chances, a dû arriver dans l'immensité des temps), leurs masses ont dû être d'une petitesse extrême; car le choc d'une comète qui ne serait qu'un cent-millième de la terre eût suffi pour rendre sensible la Iibration réelle de ce satellite, qui cependant n'a pu être aperçue par les observations. Cette considération, jointe à celles que nous avons présentées dans le chapitre iv, doit rassurer les astronomes qui peuvent craindre que les éléments de leurs tables ne soient changés par l'action de ces corps.
L'égalité des mouvements de rotation et de révolution de la lune fournit à l'astronome qui veut en décrire la surface un méridien universel donné par la nature, et facile à retrouver dans tous les
temps, avantage que n a point la géographie dans la description de la terre. Ce méridien est celui qui passe par les pôles de la lune et par l'extrémité de son grand axe toujours à fort peu près dirigé vers nous. Quoique cette extrémité ne soit distinguée par aucune tache, cependant on peut en fixer la position à chaque instant, en considérant qu elle coïncide avec la ligne des nœuds moyens de l'orbite lunaire, quand cette ligne coïncide elle-même avec le lieu moyen de la lune. La situation des principales taches de sa surface a ainsi été déterminée aussi exactement que celle de beaucoup de lieux remarquables de la terre.