LIVRE CINQUIÈME
Féquateur en douze signes immobiles et en vingt-huit constellations, dans lesquelles ils déterminaient avec soin la position des solstices. Les Chinois avaient au lieu du siècle, un cycle de soixante ans, et un cycle de soixante jours au lieu de la semaine ; mais ce petit cycle de sept jours, en usage dans tout l'Orient, leur était connu depuis les temps les plus reculés. La division de la circonférence fut toujours en Chine subordonnée à la longueur de l'année, de manière que le soleil décrivît exactement un degré par jour; mais les divisions du degré, du jour, des poids et de toutes les mesures linéaires étaient décimales; et cet exemple donné, depuis quatre mille ans au moins, par la plus nombreuse nation de la terre, prouve que ces divisions, qui d'ailleurs offrent tant d'avantages, peuvent devenir par l'usage extrêmement populaires.
Les premières observations utiles à l'astronomie sont de Tcheoukong, dont la mémoire est encore en vénération à la Chine, comme celle de l'un des meilleurs princes qui l'aient gouvernée. Frère de Ou-ouang, fondateur de la dynastie des Tcheou, il régit l'empire après sa mort, pendant la minorité de son neveu, depuis l'an 1 io4 jusqu'à l'an 1098 avant notre ère. Confucius, dans le Chouking, le livre le plus révéré des Chinois, fait adresser par ce grand prince à son pupille les plus sages maximes du gouvernement et de la morale. Tcheou-kong fit par lui-même et par ses astronomes un grand nombre d'observations, dont trois nous sont heureusement parvenues, et sont précieuses par leur haute antiquité. Deux d'entre elles sont des longueurs méridiennes du gnomon, observées avec un grand soin aux solstices d'hiver et d'été dans la ville de Lo-yang : elles donnent pour l'obliquité de l'écliptique à cette ancienne époque un résultat conforme à la théorie de la pesanteur universelle. L'autre observation est relative à la position du solstice d'hiver dans le ciel à la même époque. Elle s'accorde pareillement avec la théorie, autant que le comportent les moyens employés alors pour déterminer un élément aussi délicat. Cet
accord remarquable ne permet pas de douter de Tauthenticité de ces observations.
L'incendie des livres chinois, ordonné par l'empereur Ghihoanti vers l'an 2i3 avant notre ère, fit disparaître les vestiges des anciennes méthodes du calcul des éclipses et beaucoup d'observations intéressantes ; pour en retrouver qui puissent être utiles à l'astronomie, ii faut descendre d'environ quatre siècles depuis Tcheou-kong, et se transporter en Ghaldée. Ptolémée nous en a transmis plusieurs : les plus anciennes sont trois éclipses de lune, observées à Babylone dans les années 7 19 et 720 avant notre ère, et dont il a fait usage pour déterminer les mouvements de la lune. Sans doute Hipparque et lui n'en avaient point de plus anciennes, qui fussent assez précises pour servir à ces déterminations, dont l'exactitude est en raison de l'intervalle qui sépare les observations extrêmes. Cette considération doit diminuer nos regrets de la perte des observations chaldéennes qu'Aristote, si l'on en croit Porphyre cité par Simplicius, se fit communiquer par l'entremise de Callisthène, et qui remontaient jusqu'à dix-neuf siècles avant Alexandre. Mais les Chaldéens n'ont pu découvrir que par une longue suite d'observations la période de 6585 jours y, pendant lesquels la lune fait 323 révolutions à l'égard du soleil, 3 89 révolutions anomalistiques et 2 4i révolutions par rapport à ses nœuds. Ils ajoutaient y^ de la circonférence pour avoir le mouvement sidéral du soleil dans cet intervalle, ce qui suppose l'année sidérale de 365 jours y. Ptolémée, en rapportant cette période, l'attribue aux plus anciens mathématiciens; mais l'astronome Géminus, contemporain de Sylia, désigne les Chaldéens comme inventeurs de cette période , et il explique la manière dont ils en ont conclu le mouvement diurne de la lune, et la méthode par laquelle ils calculaient l'anomalie lunaire. Son témoignage ne doit laisser aucun doute, si l'on considère que le saros chaldéen, de 2 2 3 mois lunaires, qui ramène la lune à la même position à l'égard de ses nœuds, de