‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 226 sur 265 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

digieux. Ils étaient parvenus à reconnaître l'inexactitude des observations de Ptolémée sur les équinoxes; et en comparant leurs observations, soit entre elles, soit avec celles d'Hipparque, ils avaient fixé avec une grande précision la longueur de Tannée : celle d'Ebn-Iounis n'excède pas de treize secondes la nôtre , qu elle devait surpasser de cinq secondes. Il paraît, par son ouvrage et par les titres de plusieurs manuscrits existant dans nos bibliothèques , que les Arabes s'étaient spécialement occupés de la perfection des instruments astronomiques; les traités qu'ils ont laissés sur cet objet prouvent l'importance qu'ils y attachaient, et cette importance garantit la justesse de leurs observations. Ils donnèrent encore une attention particulière à la mesure du temps, par des clepsydres, par d'immenses cadrans solaires, et même par les vibrations du pendule. Malgré cela , leurs observations d'éclipsés présentent presque autant d'incertitude que celles des Chaldéens et des Grecs; et leurs observations du soleil et de la lune sont loin d'avoir sur celles d'Hipparque une supériorité qui puisse compenser l'avantage de la distance qui nous sépare de ce grand observateur. L'activité des astronomes arabes, bornée aux observations, ne s'est point étendue à la recherche de nouvelles inégalités; et, sur ce point, ils n'ont rien ajouté aux hypothèses de Ptolémée. Cette vive curiosité qui nous attache aux phénomènes , jusqu'à ce que4es lois et la cause en soient parfaitement connues, caractérise les savants de l'Europe moderne.

Les Perses, soumis longtemps aux mêmes souverains que les Arabes, et professant la même religion, secouèrent, vers le miheu du XI® siècle, le joug des caHfes. A cette époque, leur calendrier reçut, par les soins de l'astronome Omar-Cheyan, une forme nouvelle fondée sur l'intercalation ingénieuse de huit années bissextiles en trente-trois ans, intercalation que Dominique Cassini, à la fin de l'avant-dernier siècle, proposa comme plus exacte et plus simple que l'intercalation grégorienne, ignorant que les

Perses la connaissaient depuis longtemps. Dans le xiii*" siècle, Holagu-Uecoukan , un de leurs souverains, rassembla les astronomes les plus instruits à Maraglia, où il fit construire un magnifique observatoire, dont il confia la direction à Nassir-eddin. Mais aucun prince de cette nation ne se distingua plus par son zèle pour l'astronomie qu Ulugh-Beigh, que Ton doit mettre au rang des plus grands observateurs. 11 dressa lui-même à Samarcande, capitale de ses états, un nouveau catalogue d'étoiles, et les meilleures tables astronomiques que Ton ait eues avant Tycho-Brahé. Il mesura en lASy, avec un grand instrument, l'obliquité de l'éclip tique; et son résultat, corrigé de la réfraction et de la fausse parallaxe qu'il avait employée, donne cette obliquité plus grande qu'au commencement de ce siècle; ce qui confirme sa diminution successive.

Les annales de la Chine nous ont offert les plus anciennes observations astronomiques; elle nous présentent encore, vingtquatre siècles après , les observations les plus précises que Ton ait faites avant le renouvellement de l'astronomie, et même avant l'application du télescope au quart de cercle. On a vu que l'année astronomique des Chinois commençait au solstice d'hiver, et que, pour en fixer l'origine, on observa dans tous les temps les ombres méridiennes du gnomon vers les solstices. Gaubil, l'un des plus savants et des plus judicieux missionnaires jésuites envoyés dans cet empire , nous a fait connaître une suite d'observations de ce genre, qui s'étendent depuis l'an i loo avant notre ère, jusqu'en 1 280 après; elles indiquent avec évidence la diminution de l'obliquité de l'écliptique , qui, dans ce long intervalle, a été d'un millième de la circonférence. Tsou-tchong, l'un des plus habiles astronomes chinois, comparant les observations qu'il fit à Nankin, en 46 1, avec celles que l'on avait faites à Lo-yang, dans Tannée 173, détermina la grandeur de l'année tropique plus exactement que ne l'avaient fait les Grecs, et même les astronomes d'Alma-

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