‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 227 sur 265 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

mon; il la trouva de 365J,2 42 82, la même, à très-peu près, que celle de Copernic. Pendant quHolagu-Ilecoukan faisait fleurir l'astronomie en Perse, son frère Cobilai, fondateur, en 1271, de la dynastie des Yuen, lui accordait la même protection à la Chine; il nomma chef du tribunal des mathématiques Co-cheou-king, le premier des astronomes chinois. Ce grand observateur fit construire des instruments beaucoup plus exacts que ceux dont on avait fait usage jusqu'alors : le plus précieux de tous était un gnomon de quarante pieds chinois, terminé par une plaque de cuivre verticale, et percée par un trou du diamètre d'une aiguille. C'est du centre de cette ouverture que Co-cheou-king comptait la hauteur du gnomon; il mesurait l'ombre jusqu'au centre de l'image du soleil. «Jusqu'ici, dit-il, on n'observait que le bord supérieur «du soleil, et l'on avait de la peine à distinguer le terme de « l'ombre : d'ailleurs, le gnomon de huit pieds, dont on s'est cons- « tamment servi , est trop court. Ces motifs m'ont porté à faire « usage d'un gnomon de quarante pieds et à prendre le centre de «l'image. » Gaubil, dont nous tenons ces détails, nous a communiqué plusieurs de ces observations faites depuis 1277 jusqu'en 1 280; elles sont précieuses par leur exactitude, et prouvent, d'une manière incontestable, les diminutions de l'obliquité de l'écliptique et de l'excentricité de l'orbe terrestre, depuis cette époque jusqu'à nos jours. Co-cheou-king détermina , avec une précision remarquable, la position du solstice d'hiver par rapport aux étoiles en 1280; il le faisait coïncider avec l'apogée du soleil, ce qui avait eu lieu trente ans auparavant : la grandeur qu'il supposait à l'année est exactement celle de notre année grégorienne. Les méthodes chinoises pour le calcul des éclipses sont inférieures à celles des Arabes et des Perses. Les Chinois n'ont point profité des connaissances acquises par ces peuples, malgré leurs communications fréquentes avec eux; ils ont étendu à l'astronomie elle-même rattachement constant qu'ils portent à leurs anciens usages.

L'histoire de l'Amérique, avant sa conquête par les Espagnols, nous offre quelques vestiges d'astronomie; car les notions les plus élémentaires de cette science ont été chez tous les peuples les premiers fruits de leur civilisation. Les Mexicains avaient, au lieu de la semaine, une petite période de cinq jours; leurs mois étaient chacun de vingt jours , et dix-huit de ces mois formaient leur année, qui commençait au solstice d'hiver, et à laquelle ils ajoutaient cinq jours complémentaires. H y a lieu de penser qu'ils composaient, de la réunion de cent quatre ans, un grand cycle dans lequel ils intercalaient vingt-cinq jours : cela suppose une durée de l'année tropique plus exacte que celle d'Hipparque; et, ce qui est remarquable, elle est la même, à très-peu près, que l'année des astronomes d'Almamon. Les Péruviens et les Mexicains observaient avec soin les ombres du gnomon aux solstices et aux équinoxes ; ils avaient même élevé , pour cet objet , des colonnes et des pyramides. Cependant, quand on considère la difficulté de parvenir à une détermination aussi exacte de la longueur de l'année , on est porté à croire qu'elle n'est pas leur ouvrage , et qu'elle leur est venue de l'ancien continent. Mais de quel peuple et par quels moyens l'ont-ils reçue .5 Pourquoi, si elle leur a été transmise par le nord de l'Asie, ont-ils une division du temps si différente de celles qui ont été en usage dans cette partie du monde ? Ce sont des questions qu'il paraît impossible de résoudre.

11 existe, dans les nombreux manuscrits que renferment nos bibliothèques, beaucoup d'observations anciennes encore inconnues qui répandraient un grand jour sur l'astronomie, et spécialement sur les inégalités séculaires des mouvements célestes. Leur recherche doit fixer l'attention des savants versés dans les langues orientales ; car les grandes variations du système du monde ne sont pas moins intéressantes à connaître que les révolutions des empires. La postérité, qui pourra comparer une longue suite d'observations très-exactes à la théorie de la pesanteur universelle,

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