LIVRE PREMJER
à différents points de ce disque dont ils lui voient décrire des cordes plus ou moins longues. Dans le passage qui eut lieu en 1 769, la diflférence des durées observées à Otaïti, dans la mer du Sud, et à Cajanebourg, dans la Laponie suédoise, surpassa quinze minutes. Ces durées pouvant être déterminées avec une grande précision , leurs différences donnent fort exactement la parallaxe de Vénus , et par conséquent sa distance à la terre au moment de sa conjonction. Une loi remarquable, que nous exposerons à la suite des découvertes qui font fait connaître, lie cette parallaxe à celle du soleil et de toutes les planètes ; ce qui donne à Inobservation de ces passages une grande importance dans fastronomie. Après s'être succédé dans fintervalle de huit ans, ils ne reviennent qu'après plus d'un siècle, pour se succéder encore dans le court intervalle de huit années, et ainsi de suite. Les deux derniers passages sont arrivés le 5 juin 1761, et le 3 juin 1769. Les astronomes se sont répandus dans les lieux où il était le plus avantageux de les observer, et c'est de l'ensemble de leurs observations que l'on a conclu la parallaxe du soleil de 2 6", 5 4 dans sa moyenne distance à la terre. Les deux prochains passages auront lieu le 8 décembre 1874 et le 6 décembre 1882.
Les grandes variations du diamètre apparent de Vénus nous prouvent que sa distance à la terre est très-variable. Cette distance est la plus petite, au moment de ses passages sur le soleil, et le diamètre apparent est alors d'environ 189'': la grandeur moyenne de ce diamètre est, suivant M. Arago, de 52^l73.
Le mouvement de quelques taches observées sur cette planète avait fait reconnaître à Dominique Cassini sa rotation dans l'intervalle d'un peu moins d'un jour. Schroëter, par l'observation suivie des variations de ses cornes , et par celle de quelques points lumineux vers les bords de sa partie non éclairée, a confirmé ce résultat, sur lequel on avait élevé des doutes. Il a fixé à 0^,973 la durée de la rotation, et il a trouvé, comme Cassini, que féquateur
de Vénus forme un angle considérable avec l'écliptique. Enfin il a conclu de ses observations l'existence de très-hautes montagnes à sa surface; et, par la loi de la dégradation de la lumière dans le passage de sa partie obscure à sa partie éclairée, il a jugé la planète environnée d'une atmosphère étendue, dont la force réfractive est peu différente de celle de l'atmosphère terrestre. L'extrême difficulté d'apercevoir ces phénomènes dans les plus forts télescopes en rend l'observation très-délicate dans nos climats : ils méritent toute l'attention des observateurs placés au midi, sous un ciel favorable. Mais il est bien important , lorsque les impressions sont aussi légères, de se garantir des effets de l'imagination, qui peut avoir sur elles une grande influence ; car alors les images intérieures qu'elle fait naître modifient et transforment souvent celles que produit la vue des objets.
Vénus surpasse en clarté les autres planètes et les étoiles ; elle est quelquefois si brillante qu'on la voit en plein jour, à la vue simple. Ce phénomène, qui dépend du retour de la planète à sa même position par rapport au soleil, revient dans l'intervalle de dix-neuf mois à peu près , et son plus grand éclat se reproduit tous les huit ans. Quoique assez fréquent, il ne manque jamais d'exciter la surprise du vulgaire qui, dans sa crédule ignorance, le suppose toujours lié aux événements contemporains les plus remarquables.