LIVRE CINQUIEME
vers ie commencement du xvii* siècle; et elles la durent principalement aux travaux et aux malheurs de Galilée.
Un heureux hasard venait de faire trouver le plus merveilleux instrument que l'industrie humaine ait découvert, et qui, en donnant aux observations astronomiques une étendue et une précision inespérées, a fait apercevoir dans les cieux des inégalités nouvelles et de nouveaux mondes. Galilée eut à peine connaissance des premiers essais sur le télescope, qu'il s'attacha à le perfectionner. En le dirigeant vers les astres, il découvrit les quatre satellites de Jupiter, qui lui montrèrent une nouvelle analogie de la terre avec les planètes : il reconnut ensuite les phases de Vénus, et dès lors il ne douta plus de son mouvement autour du soleil. La voie lactée lui offrit un nombre infini de petites étoiles que l'irradiation confond, à la vue simple, dans une lumière blanche et continue : les points lumineux qu'il aperçut au delà de la ligne qui sépare la partie éclairée de la partie obscure de la lune lui firent connaître l'existence et la hauteur de ses montagnes. Enfin, il observa les taches et la rotation du soleil, et les apparences singulières occasionnées par l'anneau de Saturne. En publiant ces découvertes, il fit voir qu'elles démontraient le mouvement de la terre; mais la pensée de ce mouvement fut déclarée contraire aux dogmes religieux, par une congrégation de cardinaux; et Galilée, son plus célèbre défenseur en Italie, fut cité au tribunal de l'inquisition, et forcé de se rétracter, pour échapper à une prison rigoureuse.
Une des plus fortes passions est l'amour de la vérité dans l'homme de génie. Plein de l'enthousiasme qu'une grande découverte hii inspire, il^brûle de la répandre; et les obstacles que lui opposent l'ignorance et la superstition armées du pouvoir ne font que l'irriter et accroître son énergie. D'ailleurs, il s'agissait d'une vérité qui, pour nous, est du plus haut intérêt, par le rang qu*elle assigne au globe que nous habitons. S'il est en effet immobile au
milieu de Funivers, l'homme a le droit de se regarder comme le principal objet des soins de la nature : toutes les opinions fondées sur cette prérogative méritent son examen; il peut raisonnablement chercher à découvrir les rapports que les astres ont avec sa destinée. Mais si la terre n'est qu'une des planètes qui circulent autour du soleil , cette terre, déjà si petite dans le système solaire, disparaît entièrement dans l'immensité des cieux , dont ce système, tout vaste qu'il nous semble, n'est qu'une partie insensible. Galilée, convaincu de plus en plus, par ses observations, du mouvement de la terre, médita longtemps un nouvel ouvrage, dans lequel il se proposait d'en développer les preuves. Mais, pour se dérober à la persécution dont il avait failli être victime, il imagina de les présenter sous la forme de dialogues entre trois interlocuteurs, dont l'un défendait le système de Copernic, combattu par un péripatéticien. On sent que tout l'avantage restait au défenseur de ce système; mais Galilée, ne prononçant point entre eux, et faisant valoir, autant qu'il était possible, les objections des partisans de Ptolémée, devait s'attendre à jouir de la tranquillité que lui méritaient ses travaux et son grand âge. Le succès de ces dialogues, et la manière triomphante avec laquelle toutes les difficultés contre le mouvement de la terre y étaient résolues, réveillèrent l'inquisition. Galilée, à l'âge de soixante et dix ans, fut de nouveau cité à ce tribunal. La protection du grand-duc de Toscane ne put empêcher qu'il y comparût. On l'enferma dans une prison, où l'on exigea de lui un second désaveu de ses sentiments, avec menace de la peine de relaps s'il continuait d'enseigner la même doctrine. On lui fit signer cette formule d'abjuration : « Moi, « Galilée, à la soixante et dixième année de mon âge, constitué per- *« sonnellement en justice, étant à genoux, et ayant devant les yeux «les saints Evangiles, que je touche de mes propres mains, d'un « cœur et d'une foi sincères, j'abjure, je maudis et je déteste l'er- « reur, l'hérésie du mouvement de la terre, etc. » Quel spectacle