LIVRE CINQUIÈME
que celui d'un vieillard, illustre par une longue vie consacrée tout entière à l'étude de la nature, abjurant à genoux, contre le témoignage de sa conscience, la vérité qu'il avait prouvée avec évidence! Emprisonné, pour un temps illimité, par un décret de l'inquisition , il fut redevable de son élargissement aux sollicitations du grand-duc ; mais , pour l'empêcher de se soustraire au pouvoir de l'inquisition, on lui défendit de sortir du territoire de Florence. Galilée, né à Pise en i564, annonça de bonne heure les grands talents qu'il développa dans la suite. La mécanique lui doit plusieurs découvertes , dont la plus importante est sa théorie du mouvement des graves : elle est le plus beau monument de son génie. Il était occupé de la libration de la lune lorsqu'il perdit la vue. Trois ans après, en 1642 , il mourut -à Arcetri, regretté de l'Europe entière, éclairée par ses travaux et indignée du jugement porté contre un si grand homme par un odieux tribunal.
Pendant que ces choses se passaient en Italie, Kepler dévoilait, en Allemagne, les lois des mouvements planétaires. Mais, avant que d'exposer ses découvertes, il convient de remonter plus haut, et de faire connaître les progrès de l'astronomie dans le nord de l'Europe, depuis la mort de Copernic.
L'histoire de cette science nous offre, à cette époque, un grand nombre d'excellents observateurs. L'un des plus illustres fut Guillaume IV, landgrave de Hesse-Gassel. Il fit bâtir à Cassel un observatoire, qu'il munit d'instruments travaillés avec soin, et avec lesquels il observa longtemps lui-même. Il s'attacha deux astronomes distingués, Rothman et Juste Byrge; et Tycho fut redevable à ses pressantes sollicitations des avantages que lui procura Frédéric, roi de Danemarck.
Tycho- Brahé, l'un des plus grands observateurs qui aient existé, naquit, à la fin de 1 546, à Knudsturp en Scanie. Son goût pour l'astronomie se manifesta dès l'âge de quatorze ans , à loccasion d'une éclipse arrivée en i56o. A cet âge, où il est si
rare de réfléchir, la justesse du calcui par lequel on avait prédit ce phénomène lui inspira le vif désir d'en connaître les principes; et ce désir s'accrut encore par les oppositions qu'il éprouva de la part de son gouverneur et de sa famille. 11 voyagea en Allemagne, où il contracta des liaisons de correspondance et d'amitié avec les savants et les amateurs les plus distingués de l'astronomie, et particulièrement avec le landgrave de Hesse-Cassel, qui le reçut de la manière la plus flatteuse. De retour dans sa patrie, il y fut fixé par Frédéric, son souverain, qui lui donna la petite île d'Huène, à l'entrée de la mer Baltique. Tycho y fit bâtir un observatoire, célèbre sous le nom d' Uranibourg : là, pendant un séjour de vingt et un ans, il fit un nombre prodigieux d'observations et plusieurs découvertes importantes. A la mort de Frédéric, l'envie, déchaînée contre Tycho, le força d'abandonner sa retraite. Son retour à Copenhague n'assouvit point la rage de ses persécuteurs : un ministre (son nom, comme celui de tous les hommes qui ont abusé du pouvoir pour arrêter le progrès de la raison, doit être livré au mépris de tous les âges), Walchendorp, lui fit défendre de continuer ses observations. Heureusement Tycho retrouva un protecteur puissant dans l'empereur Rodolphe II , qui se l'attacha par une pension considérable, et lui donna un observatoire à Prague. Une mort imprévue l'enleva dans cette ville, le 24 octobre 1601, au milieu de ses travaux, et dans un âge où il pouvait encore rendre à l'astronomie de grands services.
De nouveaux instruments inventés, et des perfections nouvelles ajoutées aux anciens; une précision beaucoup plus grande dans les observations ; un catalogue d'étoiles fort supérieur à ceux d'Hipparque et d'Ulugh-Beigh; la découverte de l'inégalité de la lune , qu'il nomma variation ; celle des inégalités du mouvement des nœuds et de l'inclinaison de l'orbe lunaire; la remarque importante que les comètes se meuvent fort au delà de cet orbe; une connaissance plus parfaite des réfractions astronomiques;