LIVRE CINQUIÈME
des systèmes, a souvent attendu que l'observation et l'expérience lui aient fait connaître d'importantes vérités, que le simple raisonnement eût pu faire découvrir. C'est ainsi que l'invention des lunettes astronomiques a suivi, de plus de trois siècles, celle des verres lenticulaires, et n'a même été due qu'au hasard.
En 1745, Bradley reconnut, par l'observation, la nutation de l'axe terrestre et ses lois. Dans toutes ces variations apparentes des étoiles, observées avec un soin extraordinaire, il n'aperçut rien qui indiquât une parallaxe sensible. On doit encore à ce grand astronome le premier aperçu des principales inégalités des satellites de Jupiter, que W argentin ensuite a développées avec étendue. Enfin il a laissé un recueil immense d'observations de tous les phénomènes que le ciel a présentés vers le milieu du dernier siècle, pendant plus de dix années consécutives. Le grand nombre de ces observations, et la précision qui les distingue, font de ce recueil l'un des principaux fondements de l'astronomie moderne, et l'époque d'où l'on doit partir maintenant, dans les recherches délicates de la science. 11 a servi de modèle à plusieurs recueils semblables, qui, successivement perfectionnés par les progrès des arts, sont autant de jalons placés sur la route des corps célestes, pour en marquer les changements périodiques et séculaires.
A la même époque, fleurirent La Caille, en France, et Tobie Mayer, en Allemagne : observateurs infatigables et laborieux calculateurs, ils ont perfectionné les théories et les tables astronomiques, et ils ont formé, sur leurs propres obsei'vations, des catalogues d'étoiles qui, comparés à celui de Bradley, fixent avec une grande exactitude l'état du ciel au milieu du dernier siècle.
Les mesures des degrés des méridiens terrestres et du pendule, multipliées dans les diverses parties du globe, opération dont la France a donné l'exemple, en mesurant l'arc total du méridien qui la traverse, et en envoyant des académiciens au nord et à l'équateur, pour y observer la grandeur de ces degrés, et Tinten-
site de la pesanteur; Tare du méridien compris entre Dunkerque et Fermentera, déterminé par des observations très-précises, et servant de base au système de mesures le plus naturel et le plus simple; les voyages entrepris pour observer les deux passages de Vénus sur le soleil, en 1761 et 1769, et la connaissance très-approchée des dimensions du système solaire, fruit de ces voyages; Tinvention des lunettes achromatiques, des montres marines, de l'octant, et du cercle répétiteur trouvé par Mayer et perfectionné par Borda; la formation, par Mayer, de Tables lunaires assez exactes pour servir à la détermination des longitudes à la mer; la découverte de la planète Uranus, faite par Herschel, en 1781; celle de ses satellites, et de deux nouveaux satellites de Saturne, due au même observateur; telles sont, avec les découvertes de Bradley, les principales observations dont l'astronomie est redevable au siècle précédent.
Le siècle actuel a commencé de la manière la plus heureuse pour l'astronomie : son premier jour est remarquable par la découverte de la planète Cérès, faite par Piazzi, à Palerme; et cette découverte a bientôt été suivie de celles des deux planètes Pallas et Vesta, par Olbers, et de la planète Junon, par Harding.